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Sexe

Dessiner des Tortues Ninja en plein coït m’a valu des menaces de poursuite judiciaire

Depuis qu'il a intégré des tortues lubriques dans son fanzine, l'artiste James Unsworth a la Viacom Inc. sur le dos.
26.11.14

En 30 jours, s'il se concentre bien, l'être humain peut lire un très grand nombre de pages. Même si l'on vous file depuis presque une décennie quelque chose comme 100 pages à dévorer chaque mois, il s'avère qu'il existe aussi beaucoup d'autres magazines que VICE de par le monde. Cette nouvelle colonne, Ink Spots, vous dit quels magazines vous devriez lire lorsque vous n'êtes pas penchés sur le nôtre. Dessin tiré de la nouvelle publication de James Unsworth, Dead Boys.

Basé à Liverpool, l'artiste James Unsworth passe la majorité de son temps libre à dessiner des choses auxquelles les gens préfèrent ne pas penser, comme la vie sexuelle de leurs personnages de dessins animés préférés. Ses illustrations ressemblent à une sorte d'hallucination fiévreuse et freudienne – un mélange de sexe, de mort et de désir, avec une petite dose de pop-culture kitsch des années 1990.

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À ce jour, l'une des réussites les plus scabreuses de James est son livre Ninja Turtle Sex Museum, un hommage aux héros du dessin animé éponyme qui met en scène des personnages ressemblant à Michelangelo, Donatello, Leonardo et Raphael en train d'éjaculer dans la bouche de têtes décapitées. Au départ, James voulait juste s'amuser un peu. Mais Viacom Inc. – l'entreprise qui possède les droits des Tortues Ninja – n'a pas décelé le côté marrant de la chose et a tenté de le poursuivre en justice. J'ai appelé James pour en savoir plus sur cette histoire et son travail en général.

VICE : Comment as-tu commencé les illustrations ?
James Unsworth : Je ne sais pas trop, j'ai toujours dessiné. Quand mes amis étaient dehors en train de faire du sport ou peu importe, je restais chez moi dessiner. Je dessinais des îles désertes, des zoos et des parcs aquatiques – ce genre de choses. J'ai toujours vu le dessin comme une échappatoire à la réalité et un divertissement. C'est très cliché à dire, mais j'avais des problèmes à l'école parce que je dessinais sur les manuels scolaires et je ne suivais pas trop les cours, donc j'ai fini dans une école d'art. J'ai été diplômé du Royal College en 2006 et je fais des expositions depuis.

La couverture de Ninja Turtle Sex Museum

Quand est-ce-que Ninja Turtle Sex Museum a commencé ?
Ninja Turtle Sex Museum était une exposition que j'ai montée en 2010. Je fais beaucoup de recherches sur l'histoire de l'imagerie populaire et c'est quelque chose qui m'intéresse énormément. Un des thèmes récurrents de l'imagerie populaire était le grotesque ou l'inversion. Le grotesque combine habituellement de l'horreur et de l'humour qui ne vont pas nécessairement ensemble. C'est ce genre qui m'intéresse. Combiner les Tortues Ninja avec des aspects pornos très graphiques était une façon unique de regrouper toutes ces idées.

C'est quoi cette histoire avec Viacom Inc ? J'ai entendu dire qu'ils n'étaient pas très heureux que tu dessines leurs Tortues Ninja de cette manière.
Je ne suis pas sûr. Ils m'ont demandé de tout retirer du net et de leur remettre tous les dessins et la marchandise. Je leur ai simplement dit que je n'avais rien de tel en ma possession et j'ai tout enlevé. Ma chaîne YouTube a été supprimée de toute façon. Je devais avoir un million de vues dessus, et ils l'ont tout simplement fermée.

C'était juste à cause de cet incident ?
Eh bien, ma chaîne YouTube a été fermée deux semaines avant que je reçoive ma première ordonnance de cessation et d'abstention de la part de Viacom Inc – c'est peut être lié, je ne sais pas vraiment. Mais YouTube a effacé toutes les vidéos une par une. Je ne peux plus les retrouver. J'avais des milliers d'abonnés.

Y avait quoi dedans ? Des vidéos d'animation ?
Non, j'ai fait quelques films. J'avais quelques acteurs, du gros scotch vert et j'ai fabriqué des costumes de tortues ninja. Bien entendu, j'avais indiqué que ma chaîne était réservée à un public majeur. Le but n'était pas d'exposer des jeunes à des choses qu'ils ne sont pas censés voir.

Donc tu as tout retiré du net et arrêté de vendre tes dessins ?
Oui, j'ai arrêté les ventes immédiatement. J'ai compris pourquoi je devais faire ça, vu que c'était de la contrefaçon. « Teenage Mutant Ninja Turtle Sex Museum » utilise leur marque de fabrique, c'est indéniable. J'ai également dû faire un tri sur les réseaux sociaux et supprimer chaque tweet ou post qui contenait le terme « Ninja Turtle Sex Museum ».

J'ai essayé de m'éloigner de tout ça en changeant le nom. Après la première ordonnance de cessation et d'abstention, j'ai patienté quelques semaines et j'ai remis mon boulot en ligne sous le nom « Martial Arts Turtle Sex Museum ». Mais je pense que ça n'a pas suffi, parce qu'ils m'ont envoyé une deuxième ordonnance de cessation et d'abstention et j'ai dû tout enlever à nouveau.

Tu utilises une iconographie qui provient de beaucoup de souvenirs d'enfance des années 1990. Est-ce-que tu ne te contentes pas de dessiner sur quelque chose qui est une relique culturelle ? D'autres artistes utilisent le même procédé quand ils font du found footage, par exemple. Tu ne penses pas que tu devrais avoir le droit de faire ça ?
Je peux citer des milliers d'éléments issus de la pop culture qui sont détournés de manière similaire. Le problème, c'est que c'est l'aspect sexuel de mon boulot qui ne leur plaît pas. Je peux comprendre que de leur point de vue, ils ne veulent pas être associés à ça. Mais je ne pense pas que ce soit une raison valable pour effacer tout le travail que j'ai fourni pour ce projet.

Ces dessins sont fondés sur mes propres souvenirs d'enfance. Je ne pense pas que que l'on puisse me dire qu'ils n'existent pas et détruire le fichier et la copie papier de chaque dessin. Je peux comprendre le problème qu'ils peuvent avoir avec mon travail, mais je ne crois pas que ça leur donne le droit de l'effacer complètement, comme s'il n'avait jamais existé.

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Certains de tes autres travaux contiennent des scènes assez érotiques, comme dans Dead Boys, ta nouvelle publication…
Dead Boys est basé sur mes souvenirs de la même période – vers 1988. Il y a beaucoup de références aux Crados, et un peu de Beavis et Butthead.

L'histoire qui se cache derrière Dead Boys est celle de mon frère et moi, quand nous allions au vidéo club pour mater toutes les jaquettes de films d'horreur. C'est un thème présent dans mon premier livre, qui traite de la connaissance qui brutalise l'innocence et ce genre de paradoxe où, plus vous en savez sur le monde, plus votre innocence est détruite.

Il y a plutôt pas mal d'imagerie liée au monde gay. Par exemple, un gars qui en sodomise un autre avec son nez. Est-ce-que certaines scènes ou dessins animés gays t'inspirent ?
Ça ne fait pas vraiment partie de mes recherches, mais ces dessins en particulier sont basés sur des compositions provenant de la pornographie gay. Je recouvre ce genre de compositions de mes propres scénarios – c'est une chose que je faisais déjà ado. J'avais l'habitude de prendre de la pornographie hétérosexuelle et de la dessiner d'une manière que j'estimais plus intéressante, donc c'est peut-être dans la continuité de ça. J'ai quand même un coffret DVD de porno gay qui m'inspire pas mal.

Penses-tu que le fait que ton travail soit controversé participe à le faire connaître ?
C'est difficile à dire. Je pense que dessiner dans des galeries d'art n'est pas très à la mode aujourd'hui. J'aimerais que les gens aient leur propre opinion sur mon travail. Si les gens aiment ce que je fais et veulent collaborer avec moi directement, c'est cool – et si les gens n'aiment pas mon travail, ça me va aussi. Mais avec quelque chose d'aussi polarisant que mon travail, ils se font généralement une opinion assez rapidement.

Matez le boulot de James Unsworth sur son site.

@MillyAbraham