Tout ce qu’on apprend en laissant tomber Dieu

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Société

Tout ce qu’on apprend en laissant tomber Dieu

Après avoir été pentecôtiste pendant toute mon adolescence, aujourd'hui, je ne pense plus qu'à sacrifier des vierges sur l'autel de la mécréance.
06 août 2015, 5:00am

Illustrations de Michael Dockery

Quitter la religion est un gigantesque casse-tête existentiel. Il n'y a pas d'autre manière de le décrire. C'est comme la fin d'une relation, la perte d'un proche et une crise de la quarantaine, le tout réuni – à la différence que vos amis censés vous remonter le moral refuseront de boire avec vous car ils sont pratiquants.

Si vous êtes sur le point d'abandonner la religion – ou si vous êtes curieux de savoir ce qu'il se passe dans la tête d'un fou de Jésus qui commence à douter –, voici ce à quoi vous pouvez vous attendre.

Vous passerez beaucoup de temps à ressasser le passé

J'ai grandi dans une zone semi-rurale de l'État d'Australie-Méridionale. J'étais athée, et heureux. Ma famille et moi allions dans une église luthérienne pour Pâques et Noël, mais aucun d'entre nous ne prenait ça très au sérieux.

Puis, à quinze ans, j'ai trouvé Dieu. Par la force des choses, ma relation avec ma copine de l'époque, une chrétienne pratiquante, s'est transformée en relation longue distance. Une nuit, triste et contrarié par la situation, j'ai ressenti le besoin de prier. Je me souviens avoir dit « Dieu, qui et où que tu sois... » et avoir en retour été empli de chaleur. J'étais convaincu que Dieu avait répondu à ma prière.

Le jour suivant, je suis allé voir la seule amie pratiquante que je connaissais. Elle m'a orienté vers une église qu'elle avait fréquentée – une église pentecôtiste. Ça n'avait pas vraiment de signification pour moi mais je savais qu'en gros, les gens qui y venaient étaient assez tordus. Les quatre années qui ont suivi ont été remplies de visions, de prophéties, de cantiques, de jeûnes et de questionnements. La confusion avait pris le dessus sur moi.

Les chrétiens ne veulent pas entendre parler de doutes

À l'âge de 19 ans, j'ai arrêté de croire. J'ai continué à prier et à espérer que Dieu me sauverait – mais Il ne s'est pas manifesté. Abandonner complètement la religion m'a pris environ un an.

Mes amis chrétiens ne voulaient pas entendre parler de la possibilité que le Nouveau Testament soit un conte ni des failles intellectuelles du concept d'un Dieu tout-puissant et bienfaiteur. On évitait donc le sujet, et je me contentais de les tanner avec mes histoires de débauche. Mais, au bout d'un certain temps, j'ai compris que nous n'avions plus grand chose en commun.

Je me rappelle d'une conversation avec un type super sympa de ma paroisse. Il avait commencé à fréquenter l'église à la trentaine passée. Quand je lui ai dit, tout penaud, que je ne croyais plus en Dieu, il m'a répondu que c'était une « simple phase ». Les croyants ne me comprenaient tout simplement pas.

Les non-croyants aussi ne comprennent pas

Des athées m'ont-ils accueilli à bras ouverts ? Non plus. Ils étaient bien trop occupés à profiter de tous les plaisirs qui m'avaient été défendus par la religion. Si, à mon premier semestre de fac, j'avais plusieurs amis, quand je suis devenu chrétien, la plupart d'entre eux se sont éloignés. Seules quelques personnes ont continué à me soutenir.

À cette époque, je me fichais de perdre des amis. Par la suite, j'ai néanmoins regretté de m'être donné en spectacle. Je me baladais à la fac avec un t-shirt sur lequel j'avais imprimé « J'<3 Jésus ». Je lisais ma Bible dans la cour de la fac et j'annonçais pendant les TD que j'étais chrétien. Une fois, j'ai même repris quelqu'un qui s'est exclamé « Doux Jésus ! » au sujet d'un devoir à rendre.

Par la suite, j'ai eu trop honte d'avouer à qui que ce soit que je ne croyais plus en ces choses-là.

Aucune soirée ne vaut une soirée entre fous de Jésus

Quand j'étais chrétien, j'adorais aller au club des jeunes. Il s'agissait d'un groupe de 15 à 20 personnes réunies dans le hall d'une église. On passait la nuit entière à parler de Dieu, à chanter des cantiques, à prier et à parler en langues. J'adorais « sentir l'Esprit Saint » m'habiter. C'était comme une drogue.

J'ai arrêté d'aller à ces soirées quand je suis devenu athée. Pour compenser, j'ai commencé à suivre religieusement la série Californication. J'ai vu tous les épisodes à plusieurs reprises. J'ai même acheté le coffret DVD avec le string Californication. Je ne l'ai jamais porté, mais je l'aurais sans doute fait si David Duchovny me l'avait demandé. C'était mon héros. Il comprenait les angoisses existentielles et savait les gérer de la manière adéquate – même si son personnage n'avait pas évolué en 6 saisons.

Vous découvrirez les relations sexuelles

Croire en Dieu et baiser apportent à peu de choses près les mêmes sensations. Une fois devenu athée, trouver une copine a donc été ma nouvelle occupation – il était temps pour moi de cesser de me languir dans ma pauvre carcasse de mortel.

J'avais 19 ans et j'avais honte de mon manque total d'expérience sexuelle. J'ai plongé dedans tête la première. On était bourrés, chez moi. On écoutait de la musique folk. Elle aussi était vierge. Puis j'ai compris pourquoi l'église était à ce point opposée au sexe en dehors du mariage – tout simplement parce que c'est incroyablement bon.

Vous allez rencontrer beaucoup plus de filles

Les femmes non-pratiquantes sont d'une normalité rassurante. Contrairement aux religieuses, elles ne sont pas bloquées vis à vis du sexe et de l'intimité. Elles n'ont pas toutes ces idées pré-programmées au sujet du mariage et de la famille et ne portent pas aussi souvent des polos. Aussi, elles sont beaucoup plus nombreuses.

Vous comprendrez pourquoi les gens boivent

La première fois que j'ai été ivre, j'ai embrassé ma meilleure amie et sa meilleure amie dans une caravane au fond de leur jardin. On venait de se faire des shots de tequila. J'ai perdu connaissance, j'ai vomi, puis j'ai de nouveau perdu connaissance. C'était le paradis.

Vous connaîtrez l'embarras le plus total

Il ne s'agit pas seulement des choses que j'ai faites, mais aussi des choses auxquelles je croyais. Parler en langues ? En gros, il s'agit de s'exprimer en charabia. Je peux toujours le faire – n'importe qui peut le faire. Tout ce qu'on doit faire, c'est se détendre et laisser tous les bruits qui passent par la tête s'échapper par la bouche.

La pire histoire qui m'est arrivée est la suivante : j'étais dans le bus qui traversait les collines d'Adélaïde, dans le sud de l'Australie. Il était quasiment vide – on était peut-être trois ou quatre passagers. Soudain, j'ai entendu Dieu dans ma tête. Il me disait d'aller prêcher la bonne parole à la femme assise devant moi. Évidemment, je n'en avais pas envie mais je me suis dit que, quoique Dieu ait prévu pour moi, ce devait être plus important que mes réticences. Ainsi, je l'ai fait. Je me suis assis à côté d'elle et, de la manière la plus décontractée possible, je lui ai demandé si elle souhaitait découvrir Jésus. Elle m'a répondu négativement. « Vous êtes sûre ? » lui ai-je demandé. « C'est assez important, vous savez. » Après qu'elle ait réitéré son refus, je suis retourné à ma place. Quelle déception ! La seule conclusion que j'ai pu en tirer était soit que les voies du Seigneur m'étaient impénétrables, soit que, d'une manière ou d'une autre, j'avais fait de la merde. Le Seigneur ne s'est pas prononcé sur la question.

Le vide vous brisera

Je ne me suis pas tourné vers la religion pour combler un vide mais, après la religion, il y avait un vide. J'ai longtemps cru que j'allais passer l'éternité avec mon super pote Jésus dans les nuages à parler de la bizarrerie qu'est la Terre.

Plus rien de tout ça n'existait, désormais. Du coup, je suis parti faire le tour de l'Europe. Je me suis baladé dans des villes magnifiques – Paris, Amsterdam et Berlin. J'ai fait beaucoup d'introspection sur moi-même. Je pensais que je pourrais trouver des réponses à mes questions seulement là-bas. Pourtant, ce que je cherchais n'était nulle part. J'ai beaucoup bu et mangé dans des attrape-touristes, puis j'ai fini par rentrer chez moi. Tout était resté identique pendant mon absence. J'ai parfois lutté avec la dépression, et ce pendant des années.

Mais vous finirez par vous en sortir

Certaines personnes se donnent à fond dans leur carrière, d'autres dans leurs relations, dans les jeux vidéo ou dans d'autres hobbies. J'ai tout essayé, mais ces choses étaient pour moi comme des pansements sur une plaie existentielle. À chaque fois, je finissais par me lasser.

La transition prend du temps. Au début, on est pentecôtiste fanatique et on a pour éprouvante mission d'étudier chacune des pages de l'Ancien Testament, puis on commence à douter de sa propre foi, puis on devient agnostique, admettant la possibilité qu'il y ait un Dieu, mais sans en être certain pour autant. Enfin, on finit par se rendre compte que tout ça est complètement ridicule et on se transforme en total hédoniste qui hait la religion et qui a pour seul but de sacrifier des vierges sur l'autel de la mécréance.

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