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Behind The Scenes

Oui aux sports de glisse

Aussi étrange que ça puisse paraître à tous ceux qui font référence à « la grande famille de la glisse », il a toujours existé une hiérarchie dans les sports de glisse.
16 mai 2013, 10:00am

Ça fait des années que les mecs avec qui je bosse me vannent chaque hiver parce que j’essaie de passer le plus de temps possible dans les Alpes pour faire du snowboard. Ils m’imaginent probablement dévalant une piste rouge avec un bonnet ridicule et un baggy à carreau ou partageant un jambon-Nutella avec mes bros sur un télésiège tout en vantant la beauté sauvage de la montagne.

La seule personne qui semble comprendre pourquoi je m’évertue à passer des nuits en train pour quelques virages rentre régulièrement en Bretagne faire du bodyboard avec ses potes, ce qui me surprend à chaque fois : aussi étrange que ça puisse paraître à tous ceux qui font référence à « la grande famille de la glisse », il a toujours existé une hiérarchie dans les sports de glisse. Un jour, j’ai entendu le rédacteur en chef d’un magazine de snowboard détailler cette hiérarchie à une directrice d’agence qui tombait des nues. Non, la grande famille de la glisse ne se réunissait pas tous les midis pour d’immenses barbecues au cours desquels tout le monde communiait en écoutant Jack Johnson. Quand on parlait de surf à cette directrice, il fallait lui préciser si on parlait de surf «  des neiges » ou… « normal ».

Photo : Hadrien Picard

Selon lui, le surf ne sera jamais détrôné : en plus d’être le plus ancien, il baigne dans l’aura mystique que le temps et des personnalités comme Eddie Aikau et Bodhi lui ont conféré.
Le fait que le skate se pratique essentiellement dans des zones commerciales périphériques par des jeunes désœuvrés sans aucune hygiène de vie lui confère un statut à part. Même si aujourd’hui les skaters sont « les nouveaux quarterbacks », la plupart d’entre eux sont des marginaux que la perspective de sauter une quinzaine de marche avec un bout de bois sous les pieds enchante.

Je ne sais pas exactement comment le snowboard a accédé au trio de tête. Je pourrais penser qu’il s’agit d’un tropisme personnel sans l’existence de magazines et de marques comme Desillusion, Opium ou Beach Brother et Volcom ou Ashbury. Quand on y réfléchit, c’est sans doute parce que le snowboard représentait un nouveau marché à fort potentiel à une époque où le skate n’intéressait plus les foules. Je ne sais pas si c’est de là que vient le mépris des skaters pour le snowboard ou si c’est lié au fait qu’ils tracent dans ce genre d’environnements pendant que les skaters traînent dans des lieux qui sentent la pisse.

Photo : Hadrien Picard

L’uniformisation de ces trois sports sous l’étiquette de « boardsports » puis la naissance du concept de « sports de glisse » quand la famille s’est élargie au wakeboard, au ski freestyle et au kite-surf et enfin l’expression « sport extrême » sont dues au fait que « la glisse » est apparue comme un marché à fort potentiel, alimenté chaque saison par de nouvelles pratiques. Aujourd’hui, un événement de sports extrêmes - un terme qui a dû naître quelque part entre la première édition des X-Games en 1994 et le cerveau d’un chef de projet - n’aura aucun scrupule à associer snowboard, skate, motoneige, « scooter » (c’est le nouveau nom de la trottinette freestyle) et slackline. Si le grand public voit dans tous ces pratiquants des doux-dingues abonnés aux sensations fortes et accros à l’adrénaline, c’est aussi parce que le seul aspect du sport auquel ils sont confrontés sont les compétitions internationales comme la Poney Session ou le Roxy Pro, dans lesquels s’affrontent des sportifs qui ont basé leur pratique sur la compétition. La plupart d’entre eux ont une hygiène de vie correcte, font du yoga et ont des coachs sportifs.

Photo : Hadrien Picard

Pourtant, une grosse partie des pratiquants ne se cantonne pas aux compétitions, et c’est souvent ceux-ci qui rendent le sport intéressant. La production d’image constitue généralement une partie importante de leur travail, et parfois la seule. Des groupes de skaters, de snowboarders et de surfeurs passent leur saison ou leur année entre deux avions pour remplir les pages des magazines ou obtenir quelques minutes de vidéo dans une production. Les sympathisants non-pratiquants ne comprennent généralement pas l’intérêt de ces films ni la raison pour laquelle des marques envoient de jeunes éphèbes pratiquer leur sport à l’autre bout de la planète et à quelques exceptions près, comme le film de Candide Thovex diffusé au Rex en octobre ou Antipodes, produit par Sosh, les films n’arrivent pas sous les yeux du grand public. Pourtant, c’est dans ce genre de vidéos et de projets comme Think Thank ou Into the thicket que résident les raisons pour lesquelles, la saison prochaine, je me pointerai encore à gare d’Austerlitz, tous les vendredis vers 20 heures 37.

Le film Antipodes sera diffusé au MK2 Quai de Loire le mardi 28 mai.