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Vice Blog

Le Connard de la semaine : l'Iran

1.6.11

Javad Shamaqdari, connard en chef

Parfois un artiste de génie connu pour ses œuvres totalement « excentriques » se retrouve submergé par sa côte de popularité sur Netflix et ses maintes récompenses remportées dans les festivals. Il pensera soudain que les blagues Nazi et antisémites sont « drôles ». Il se dira cependant que son talent hors-pair, son excentricité et son statut de réalisateur de films indépendants européens lui offrent une certaine crédibilité. Il sera à mille lieues d’imaginer qu’il risque de passer pour une pipe et qu’on puisse jamais le traiter comme un paria. Von Trier est mal à l’aise en public. Alors quand on regarde cette scandaleuse vidéo, on comprend tout de suite que son cerveau a buggé et qu’il n’a pas su gérer cette situation plutôt embarrassante et inattendue. D’un point de vue sémantique, on ne peut que pardonner von Trier pour sa mauvaise traduction de l’argot danois. Peut-être avait-il opté pour le substantif Nazi pour parler de ses origines germaniques.

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Du coup, von Trier a été banni à jamais du Festival de Cannes. Mais il a gentiment accepté son statut de persona non grata. Deux semaines plus tard, une fois que tout le monde est passé à autre chose, le ministre iranien de la Culture a pris le soin d’écrire une lettre dans laquelle il s'insurge contre le bannissement de von Trier au festival de Cannes. Javad Shamaqdari, le ministre adjoint à la Culture a également écrit qu’il « fallait peut-être changer la définition de la liberté d’expression dans le dictionnaire » et que « le festival de Cannes laissait derrière lui un des épisodes les plus sombres de son histoire. » Malheureusement, en prononçant ces paroles, au lieu d'avoir l'air de joyeux drilles progressistes, ils passent simplement pour des connards. Pas juste des trouducs ordinaires comme von Trier, mais de vrais trous du cul suintants, hypocrites et méprisables.

C’est également en Iran que les réalisateurs Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont été condamnés à la prison. Ils avaient présenté leurs films à Cannes et par la suite, ils ont dû purger une peine de six ans. On leur a également interdit de réaliser des films pendant vingt ans. Ils étaient accusés de faire de la propagande contre le gouvernement. Les deux réalisateurs ont fait appel mais ils n’ont pas le droit de quitter le territoire. Le film de Panahi, This Is Not a Film a dû être distribué clandestinement en France. Evidemment, je parle des mêmes connards qui ont buté et emprisonné leurs propres citoyens après une tentative de révolte en 2009—époque durant laquelle les leaders de l’opposition avaient insufflé un vent de rébellion dans le pays entier après avoir annoncé que les élections étaient truquées ; ils sont désormais placés en résidence surveillée. Ce sont aussi les mêmes trouduc qui font part de leurs principes démocratiques alors qu’ils font en sorte que leurs dirigeants politiques, le Président Mahmoud Ahmadinejad, leader élu « démocratiquement » et l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême—le mec qui détient tous les pouvoirs et qui est accessoirement l'un des pires fils de pute sur cette Terre—se foutent sur la gueule. Là-bas, Khamenei est un peu comme le Pape. Il sera ayatollah jusqu’à sa mort, et il tient absolument à conserver son statut de tyran despotique.

Tout le monde sait que le régime iranien dispose d’un système informatique de surveillance qui filtre méticuleusement l’information, donc on imagine que cette fameuse lettre n’a pas été diffusée innocemment.

Alors c’est décidé, en vertu de leur hypocrisie ridiculement assumée, de leur conception de la justice qui se résume à emprisonner tout le monde, et de la supercherie diplomatique qu’ils ont instaurée, le gouvernement iranien et, le ministre iranien de la Culture en particulier, sont élus à la majorité absolue les connards de cette semaine.

ZACH PONTZ