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Correspondre avec un condamné à mort

Le site ccadp.org rassemble des centaines de profils de condamnés, méticuleusement triés par État d’incarcération – tout en encourageant les gens à échanger des lettres avec eux.

Illustration : Mathieu FreakCity

En mai 1998, un couple de défenseurs des droits de l’homme – Tracy Lamourie et Dave Parkinson – a créé la Canadian Coalition Against Death Penalty (CCADP). En complément de cette initiative destinée à éveiller les consciences des Américains rétrogrades, ils ont lancé l’initiative Death Row Pen Pals. Leur site ccdap.org rassemble des centaines de profils de condamnés à mort, méticuleusement triés par État d’incarcération – tout en encourageant les gens à entretenir une correspondance avec eux.

Chaque profil contient quelques informations basiques, des œuvres d’art et autres détails censés montrer que les prisonniers sont aussi des gens normaux qui peuvent aimer des choses aussi communes que les portraits au fusain, les Los Angeles Lakers et le R&B.

VICE : Ça fait quatorze ans que vous vous occupez du site. Quelles étaient vos intentions au début ?
Tracy : Un peu plus tôt, on était tombés sur un site payant où un détenu avait posté une annonce. Ce qui nous avait le plus frappés, c’était que le prisonnier ne cherchait pas vraiment un correspondant, il expliquait qu’il était innocent et qu’il n’avait aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. On l’a contacté et il nous a raconté comment il s’était retrouvé en prison, condamné pour une fusillade à Philadelphie en 1991. Il s’appelle Jimmy Dennis et, bien qu’il ne cesse de clamer son innocence, il croupit dans le couloir de la mort.

Vous-mêmes avez écrit des lettres à des détenus ?
Dave : On a échangé des lettres avec des dizaines de prisonniers. Le plus troublant, c’est quand on reçoit une dernière lettre, quelques jours après l’exécution, qui nous remercie pour tout ce qu’on a fait.
Tracy : Les condamnés à mort sont enfermés toute la journée. Ils ont seulement le droit de sortir une petite heure dans la cour de la prison. Dans la majorité des États, ils attendent leur injection létale dans des cellules individuelles totalement isolées, privés de tout contact humain à l’exception des gardiens. Entretenir une relation épistolaire avec quelqu’un d’extérieur leur permet de ne pas sombrer dans la démence.

Vous avez déjà reçu des lettres au contenu étrange ?
D : On a dû censurer un prisonnier dont les diatribes antiaméricaines glorifiaient Oussama Ben Laden. Un autre a essayé de justifier ses agressions sur des immigrants à l’aube des attaques du 11 Septembre. On a refusé de poster ces courriers en raison de leur contenu raciste et haineux.

Mais certaines personnes pourraient très bien profiter de ces lettres en les revendant crapuleusement sur Internet – comment contrer ce risque ?
T : On ne soutient en aucun cas le murderabilia. Les écrits et les œuvres des condamnés ont une certaine valeur historique et les monétiser au nom du profit ne fait que saper leur futur statut de reliques de l’époque où la peine capitale était encore pratiquée – une ère dont nous espérons vivre les derniers instants.