Les messieurs Bricolage du bike polo

Les messieurs Bricolage du bike polo

Retour sur le développement -avec les moyens du bord- d'un sport encore à l'état embryonnaire en France malgré les très bonnes performances des athlètes tricolores.
30.8.17

Après avoir vu le jour dans les années 2000 grâce à des coursiers de Seattle, le bike polo s'est exporté à l'international. Cousin du vélo polo qui se joue sur gazon, le hardcourt bike polo de son nom officiel se pratique sur une surface dure. A ses débuts, la discipline a connu une forte croissance, mais depuis quelques temps, elle rencontre des difficultés à augmenter sa visibilité et voit son nombre d'adhérents stagner. En mai dernier, à l'occasion du championnat de France de bike polo organisé à Tours – seule ville d'Europe disposant de trois terrains indoors – nous sommes allés à la rencontre de ces sportifs, âgés de 19 à 50 ans, venus de France et d'ailleurs pour en découdre pendant trois jours de compétition. Dans une ambiance conviviale et cool, on a pu constater que les joueurs de bike polo étaient passionnés, compétiteurs, mais aussi très bricoleurs.

Souvent comparé au roller derby pour son côté alternatif et son développement similaire, le bike polo n'est affilié à aucune fédération, ce qui ne l'empêche pas d'exister à juste titre. Alors qu'une affiliation à la fédération française de cyclisme, par exemple, lui apporterait plus de visibilité et donc de revenus, la discipline devrait également s'accommoder d'une régulation dont aucun joueur ne veut. Car cet esprit Do It Yourself fait partie intégrante du bike polo, comme nous le dit Remy, président du Tours Bike Polo : « Il y a 4/5 ans, la FFC s'est intéressée à la discipline, car elle trouvait le côté sport de balle dans le vélo assez cool, mais ça faisait vraiment gros poisson dans une petite mare. Ils voulaient seulement profiter du côté cool et nous imposer des règles. Nous on voulait que ça reste dans l'esprit qu'on a toujours prôné : détendu et convivial ». Le sport s'est alors organisé en France autour d'un comité qui essaye de donner une uniformité et un réel poids au bike polo, en étroite collaboration avec les différents « clubs ».

Fabien, secrétaire du club tourangeau, rappelle aussi qu'en étant « affilié à personne, les contraintes sont moindres : administrativement il n'y a pas de bilan comptable à faire par exemple. Il sera obligatoire d'en faire si des demandes de subventions étaient déposées. » Le comité France doit aujourd'hui trouver le compromis qui permettra de professionnaliser le sport pour attirer de nouveaux adhérents tout en gardant les joueurs qui sont là depuis les débuts. « A l'international, le sport n'est reconnu par aucune fédé il me semble. On a créé un nouveau sport, avec ce côté cool », se réjouit Fabien. Les associations et les joueurs de polo sont les piliers de la discipline. Ce sont eux qui mettent tout en œuvre pour organiser les compétitions nationales et européennes. Avec moins de 10 bénévoles, le Tours Bike Polo a organisé seul ce championnat de France. De la buvette à la construction du troisième terrain, en passant par le booking de petite échoppes pour nourrir les troupes ou encore la tombola et la confection des trophées, ils ont tout organisé sans l'aide de quiconque, si ce n'est celle de certains participants venus sur place un jour plus tôt donner un coup de main avant les hostilités.

L'un des principaux soucis que rencontre la discipline est le manque d'infrastructures. En France, le premier vrai terrain de bike polo a vu le jour à Toulouse en 2013. En effet, les terrains de bike polo ne courent pas les rues et, bien souvent, les joueurs disposent de terrains éphémères qu'ils ont aménagés eux-mêmes. Tours est la seule ville d'Europe à disposer de trois terrains indoors. Un peu de bricolage a été nécessaire à l'élaboration du troisième et c'est le Tours Bike Polo qui a entrepris sa construction spécialement pour l'évènement avec l'envie de pourvoir le pérenniser. Autant vous dire que les mecs sont volontaires et savent se servir de leurs mains pour faire autre chose que soulever des demis et bricoler leurs vélos.

Sans ces infrastructures, il serait naturellement plus difficile de rallier du monde à la cause. Imaginez un club de foot sans terrain pour s'exprimer ; on se doute bien que le nombre de licenciés n'exploserait pas. A Tours encore, Fabien nous explique que pour « avoir plus de poids à la mairie, il a fallu que le club dépose une demande commune avec le roller hockey pour obtenir des terrains outdoors pour l'été. » Une fois de plus, le manque d'adhérents se fait sentir, mais comment les attirer sans ces infrastructures qui apporteraient un certain sérieux – en plus d'une visibilité - dans ce sport que certains considèrent comme un « faux » sport ? En ce qui concerne le matériel, comme l'admet Fabien, « là aussi au début il fallait bricoler les maillets et les vélos. Maintenant il y a des entreprises spécialisées dans le matériel pour le polo. Pour les vélos il faut toujours bidouiller, mais c'est un avantage. » Alors que beaucoup continuent à associer exclusivement le pignon fixe au bike polo, le sport s'est démocratisé sur ce plan. En effet, il est possible de jouer avec un vélo lambda un peu trafiqué, l'essentiel étant d'être le plus mobile possible. Aujourd'hui, les vélos disposent de roues libres et d'un frein avant. Après chacun pimp son vélo comme bon lui semble en ajoutant, par exemple, des plaques entre les rayons - pour couvrir une zone plus large et donc éviter la balle de passer entre les rayons - un guidon de taille spécifique, des pédales adaptées, etc. Le fait de pouvoir pratiquer avec n'importe quel vélo rend le sport plus accessible, mais c'est aussi perçu comme une forme d'amateurisme par certains.

Un vélo ne suffit pas à jouer au polo bike. Il faut aussi un maillet. Au début, ceux-ci étaient confectionnés à l'aide d'un bâton de ski et d'un tube de PVC. Puis au fil du temps, des entreprises se sont lancées dans la confection de matériel destiné au bike polo. Alejandro est, en plus d'être joueur, un de ces entrepreneurs du bike polo qui, à travers son entreprise Perro Del Mallet, tend à développer son sport. Cependant il reconnait que la période du boom est passée depuis bien longtemps. « Je vends beaucoup en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis mais vu le gabarit des produits que j'envoie, les paniers de commande restent limités car l'envoi coûte très cher. J'ai commencé en 2010. Au début, il y a eu une très forte croissance et depuis ça a beaucoup ralenti. Le sport entre aujourd'hui dans une deuxième phase de croissance ; un peu plus lente, mais plus pérenne. »

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Le marché du polo bike n'est donc pas non plus au top de sa forme, mais grâce à des actions comme celle d'Alejandro, qui s'est lancé dans le business, la discipline appuie ses attitudes de « vrai » sport. « Pour développer le polo, il faut des évènements comme celui-ci, à Tours. Pour ça, il faut des bonnes relations avec les mairies pour mettre en place des journées d'initiations, ce genre de choses. Ça demande du temps, des bénévoles, et quand il n'y a pas d'argent c'est toujours un peu plus difficile de gérer pour que les gens aient envie de continuer. Ca réduit notre visibilité », reconnaît Alejandro. Né au Mexique, le jeune homme habite aujourd'hui à Barcelone et admet volontiers que « la France est le pays le plus compétitif avec les Etats-Unis et le Canada. » Mais ça, les élus de la mairie semblent s'en moquer car très peu, si ce n'est aucun édile n'est venu au pot organisé par le Tours Bike Polo en leur honneur. L'absence de revenus générés par ce sport serait-il à l'origine de ce désintérêt ? En interne en tout cas, l'amateurisme, qui permet de conserver une ambiance à la cool, pèse parfois aux cadors de la discipline. En témoigne la réaction de Morgan, le français MVP des derniers championnats du monde. Lorsqu'on lui demande ce que lui a apporté ce titre, il répond très directement : « Rien, si ce n'est un nouveau vélo ».

Comme dans beaucoup d'autres domaines, ce sont les Etats-Unis qui décident ce qui se passe à l'international. Ce sont eux qui ont établi les « règles » qui régissent le bike polo ; taille de guidon, durée de match, superficie du terrain, tout y est. Mais les différents comités n'en tiennent pas réellement compte et les joueurs non plus. A chaque match, on peut donc se retrouver avec des petites variantes : match plus long, avec un remplaçant, etc. Les règles évoluent selon l'enjeu de la compétition même si bien sûr, il y a tout de même certaines bases à ne pas modifier.

Pendant ces trois jours passés au championnat de France de Bike Polo, en compagnie de ceux qui font ce sport, on s'est rendu compte que, malgré tous les soucis de développement que connait la discipline, le bike polo et ses adhérents représentent tout ce qu'on aime dans le sport : la convivialité, les contacts, la compet', l'entraide, la technique, la tactique, le divertissement et surtout le plaisir partagé.