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politique

« Le FN nous vole nos idées ! »

À la rencontre des petits padawans de Laurent Wauquiez venus applaudir leur idole ce samedi 27 janvier, au congrès des Républicains.
Laurent Wauquiez, Paris, 21 novembre 2017. REUTERS/Philippe Wojazer.

« Les enfants nés de la PMA ne devraient pas exister ». C’est avec cette punchline, publiée dans Libération en décembre dernier, qu’Aurane Reihanian, 24 ans, est sortie de l’anonymat. Même Laurent Wauquiez, son mentor, pourtant lui-même amateur de formule tapageuse, a été choqué. C’est dire. La phrase est loin d’être anodine. Elle montre à quel point les petits padawans de Wauquiez naviguent à la droite-de-la-droite du parti. Alors que se tient ce samedi 27 janvier le premier congrès des Républicains sous la présidence de Laurent Wauquiez, on est allés à la rencontre de ses jeunes fans. Et on n’a pas été déçu du voyage. Attention, ça secoue un peu…

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Pour Antoine Poméon, 21 ans, étudiant en droit fiscal à la fac de Lyon, qu’importe la violence de la phrase d’Aurane Reihanian, il lui restera « fidèle ». Dans son costume sombre, il sirote un jus d’orange face à l’imposant Hôtel de Région Auvergne Rhône-Alpes, à Lyon, où il effectue justement un stage. Il martèle : « Quoi qu’il arrive, je resterai derrière Laurent Wauquiez, et derrière Aurane. Comme je l’ai été avec François Fillon, malgré les affaires ».

La fidélité. C’est l’un des deux mots qui revient le plus souvent dans la bouche des jeunes soutiens de Laurent Wauquiez. Le deuxième, c’est… Nicolas Sarkozy. Car pour eux, Wauquiez est le fils spirituel de l’ancien président – et ça fait toute la différence. Antoine n’avait que 10 ans lors de l’élection de Sarkozy, en 2007. Pourtant, il en a été bouleversé à jamais. Alors que ses copains de CM2 échangeaient des Pokémons et chantaient le dernier album de Mika dans la cour de récré, le petit Antoine, lui, est tombé « en admiration » pour Sarko. « Le personnage m’a tout de suite plu », raconte-t-il. Non sans une certaine émotion, le jeune homme se souvient de son charisme, de sa poigne, de son ambition pour la jeunesse… Traumatisé par son retrait de la vie politique, suite à son échec à la présidentielle de 2012, Antoine s’est naturellement engagé auprès de Laurent Wauquiez qui, à ses yeux, « incarne le parcours et les idées de Nicolas Sarkozy ». Et aussi son « parler cash » - comme on appelle, à droite, le fait de s’exprimer comme un élu FN en fin de banquet.

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« La droite a besoin d’un leader très conservateur, qui insiste sur l’ordre et la sécurité » - Livia Graziani, 21 ans.

C’est aussi l’ancien président qui a « inspiré » Livia Graziani, 21 ans, étudiante en droit à l’institut catholique de Paris. Si elle n’avait que 15 ans lors de la défaite de Sarkozy, la jeune femme originaire de Corse raconte avoir été « touchée » par son discours – comme d’autres par la grâce. Dans la foulée, la lycéenne a pris la décision de s’encarter pour défendre « certaines valeurs » et une « certaine idée de la France ». En 2017, elle a ardemment milité pour le retour de Sarko lors de la primaire, et même piloté son comité de soutien en Haute-Corse. Depuis la débâcle de François Fillon, elle a trouvé son nouveau leader : Laurent Wauquiez. Car lui, plus qu’un autre, incarne la figure du chef de parti, ce capitaine « aux idées très conservatrices qui insiste sur l’ordre et la sécurité ».

Laurent Wauquiez et des lycéens, septembre 2017 (via Instagram).

Pour Livia, la politique est une affaire de personne : « À droite, on a besoin d’un leader. C’est dans notre ADN », affirme-t-elle. Mais derrière ces deux notions – le chef et la fidélité que ses ouailles lui doivent – s’en cache une autre, moins facilement avouable : l’ambition. Autant que Laurent Wauquiez, ces jeunes militants veulent aller loin. Mais sans avoir l’air d’y toucher. « Je ne veux pas faire de la politique mon métier », nous a-t-on juré, à chaque fois, le cœur sur la main. Mais parfois, le mot est lâché : « récompense ». Ce bonbon acidulé qui vient couronner, justement, la fidélité…

« Laurent, si on l’attaque, c’est simplement parce qu’il est bon » - Louise Petit, 19 ans.

Car ils évoquent le parcours de Wauquiez, Antoine, Livia et les autres ont les yeux qui brillent. « Laurent réussit un beau cursus », s’émerveille Louise Petit, 19 ans, étudiante en droit et responsable adjointe des Jeunes Républicains de Lyon. Et la jeune femme s’y reconnaît facilement, elle qui raconte avoir été élevée dans les meilleurs établissements privés de la capitale des Gaules – exactement comme son héros, lyonnais lui aussi. Elle ajoute : « Il est très intelligent, il réfléchit vite. Au fond, si on l’attaque, c’est simplement parce qu’il est bon ». Ah bon ? N’est-ce pas plutôt parce qu’il flirte ouvertement avec l’extrême droite ? « Je ne crois pas », répond Louise. De toute façon, elle-même apprécie ses positions sur l’immigration, par exemple : « En France, on a l’habitude de mettre la poussière sous le tapis. Laurent, lui, lorsqu’il voit un problème, il le traite, il le gère, et il avance ! ».

Même son de cloche chez Jordan, 24 ans, qui travaille au service communication d’une mairie d’Île-de-France qu’il préfère ne pas divulguer : « Les Français peuvent supporter d’entendre la vérité. Il y a en France un vrai problème avec l’immigration, qui bouleverse notre paysage culturel, identitaire démographique… ». Il assure être favorable à « l’assimilation » des populations immigrées, plutôt qu’à leur intégration : « À Rome, fais comme César. C’est tout », ose-t-il, sans rougir. Alors quand Jordan écoute Laurent Wauquiez dérouler un discours très dur en matière d’immigration, il s’y retrouve et applaudit ce qu’il considère comme « un retour aux sources », un come-back à la plus pure « idéologie de droite ». Et il n’est pas le seul à penser cela : « C’est le FN qui vole nos idées ! Pas l’inverse. Eux, au contraire, ils s’adoucissent pour se banaliser », lance Antoine Poméon, qui fustige la « politique centriste » d’un Alain Juppé.

Alors ce premier congrès de l’ère Wauquiez, ils en attendent beaucoup : « on attend que Laurent nous dise ou aller. Et on ira », promettent-ils en chœur. Mais jusqu’où ? Jusque dans les bras du Front National lors d’éventuelles triangulaires aux prochaines législatives ? Dans quatre ans, certains de ces « Jeunes avec Wauquiez » auront parfaitement l’âge de se porter candidat. Ça promet.