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Crime

Vous aussi vous pouvez désormais fouiller dans les Panama Papers

Tout le monde peut désormais chercher parmi plus de 200 000 noms de sociétés offshores installées dans des paradis fiscaux comme les Seychelles ou les Îles Vierges.

par Tess Owen
10 Mai 2016, 9:45am

Des militants des ONG Oxfam et Transparency International se prennent pour des clients de compagnies offshores lors d'une manifestation à Bruxelles, le 12 avril 2016. (Olivier Hoslet/EPA)

Si vous suspectez votre collègue ou voisin d'avoir une villa de rêve, des voitures de luxe et des millions de dollars cachés sur une île paradisiaque, eh bien c'est peut-être votre jour de chance. Ce lundi, une grande partie des données des Panama Papers ont été rendues publiques.

cela signifie que tout le monde peut désormais fouiller parmi plus de 200 000 noms de sociétés offshores installées dans des paradis fiscaux comme les Seychelles ou les Îles Vierges — tout ça grâce à l'aide de l'entreprise juridique véreuse, Mossack Fonseca, installée au Panama.

Au départ, les 11,5 millions de documents confidentiels avaient été fournis au journal allemand Suddeutsche Zeitung (SZ), puis partagés avec le Consortium international pour le journalisme d'investigation. Une centaine de médias du monde entier s'étaient penchés sur cette masse d'informations pour établir les liens entre ces sociétés écrans et les riches et puissants de ce monde.

Les documents, qui ont été révélés le mois dernier, ont permis de lier des comptes offshores à 72 anciens et actuels chefs d'États et de gouvernement.

S'il existe de nombreuses raisons légitimes et légales pour justifier la création d'une société écran, cette pratique est aussi largement utilisée par ceux qui veulent échapper à des sanctions économiques, blanchir de l'argent et ne pas trop payer d'impôts. Les documents ont permis de montrer que Mossack Fonseca a travaillé pour des spécialistes de la pyramide de Ponzi, des marchands de diamants, des membres de la FIFA, des magnats de l'immobilier, des rois saoudiens, des collectionneurs d'art, des barons de la drogue et des oligarques ukrainiens.

Dans un manifeste publié la semaine dernière par le journal Le Monde et intitulé « La révolution sera numérique », la source anonyme responsable de la fuite des documents a dit qu'il ou elle était prêt(e) « à coopérer avec les autorités » à condition que les gouvernements « mettent en place des protections juridiques pour les lanceurs d'alerte ».

« L'inégalité des revenus est un des marqueurs de notre époque, » écrit le lanceur d'alerte sous le pseudonyme « John Doe », ajoutant que les politiques, les militants et les universitaires ont essayé de comprendre la raison derrière « la soudaine accélération » des inégalités mondiales.

« Les "Panama Papers" fournissent une réponse convaincante à ces questions : une corruption massive et généralisée, » continue John Doe. « Plus qu'un simple rouage dans la machine de la "gestion de fortune", Mossack Fonseca a usé de son influence pour écrire et tordre les lois partout dans le monde en faveur d'intérêts criminels, pendant plusieurs décennies. »

Suite aux révélations, Mossack Fonseca a formellement démenti participer d'une quelconque manière à des activités criminelles, expliquant dans un communiqué, que l'entreprise opère depuis 40 ans « sans aucun reproche de la part des autorités panaméennes et des autres pays dans lesquels nous sommes présents. »

« Notre entreprise n'a jamais été accusée ou reconnue coupable d'une quelconque malversation criminelle, » peut-on lire dans le communiqué.

Les jours qui ont suivi la diffusion des Panama Papers ont été agités. Le Premier ministre islandais, Sigmundur Davio Gunnlaugsson, a démissionné deux jours après que ses comptes aux îles Vierges ont été révélés. Il y cachait près de 4 millions de dollars. En Espagne, José Manuel Soria, le ministre de l'Industrie, de l'Énergie et du Tourisme, a aussi été contraint à la démission suite à l'exposition de la richesse cachée de sa famille. Le Premier ministre britannique David Cameron a été contraint d'admettre qu'il avait une participation dans un compte offshore qui appartenait à son père, aujourd'hui décédé.

Si les scandales concernant les personnalités politiques sont désormais retombés, les enquêtes continuent dans de nombreux pays. Par exemple, le fisc australien a lancé une enquête sur les 800 personnes impliqués dans les révélations. En France, une enquête préliminaire en matière d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent a été lancée. Plus récemment, il est apparu que de nombreux riches Sud-Américains cachaient leur argent en Nouvelle-Zélande — un pays dont le cadre légal, l'exonération de taxes et les strictes lois en matière de vie privée en font la destination parfaire pour tout ceux qui veulent échapper au fisc. Le Premier ministre néozélandais, John Key, se retrouve ainsi sous pression pour faire quelque chose. Son gouvernement s'est engagé à examiner les lois qui encadrent cette pratique.

Un rapport de l'ONG Oxfam America montre que les 50 plus grosses entreprises des États-Unis ont 1 400 milliards de dollars cachés dans des paradis fiscaux. Oxfam est parvenu à la conclusion que les pratiques de ces entreprises coutaient 111 milliards de dollars aux Américains chaque année et 100 milliards supplémentaires aux pays en développement.

« Dans ce système – notre système – les esclaves n'ont aucune idée de leur propre statut ni de celui de leurs maîtres, qui évoluent dans un monde à part où les chaînes invisibles sont soigneusement dissimulées au milieu de pages et de pages de jargon juridique inaccessible, » écrit John Doe dans son manifeste. « Mais qu'il faille attendre qu'un lanceur d'alerte tire la sonnette d'alarme est encore plus inquiétant. Cela montre que les contrôles démocratiques ont échoué, que l'effondrement est systémique, et qu'une violente instabilité nous guette au coin de la rue. »


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