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Des migrants ont cousu leurs lèvres pour protester contre la démolition d’une partie de la « Jungle » de Calais

Au troisième jour de la démolition d’une partie de ce campement de fortune des migrants, un groupe d’Iraniens ont cousu leurs lèvres en geste de protestation face à la manière dont les habitants de la « Jungle » sont traités.

par Sally Hayden
03 Mars 2016, 10:45am

(Photo par Michel Spingler/AP)

VICE News regroupe ses articles sur la crise migratoire mondiale sur son blog « Migrants ».


 Un groupe de sept migrants ont cousu leurs bouches ce mercredi pour dénoncer la situation dans la « Jungle », ce campement de fortune occupé par des migrants, situé non loin du port de Calais — alors que les autorités reprenaient la démolition violente d'une large partie de ce site.

Brandissant des pancartes avec des slogans tels que « Représentants des Nations Unies et des droits de l'homme, venez et soyez témoins, nous sommes humains », ou encore « Où est votre démocratie, où est notre liberté ? », ces hommes ont défilé en direction d'un cordon de policiers chargés de superviser le démantèlement de la partie sud de la « Jungle ». 

Photo par Sally Hayden/VICE News

Sarwar, un migrant originaire du nord de l'Irak âgé de 33 ans, a déclaré qu'il ne savait pas où il irait maintenant que le camp était en plein démantèlement.

« J'ai pour projet d'aller au Royaume-Uni, mais comment ? La frontière est fermée. Je ne peux plus vivre dans la Jungle parce que les CRS ne me laissent pas tranquille, ont détruit mon abri, et je ne sais pas où va ma vie », a-t-il dit.

Sarwar, qui a vécu dans ce camp pendant six mois, a indiqué qu'il ne voulait pas aller dans les conteneurs aménagés proposés par les autorités françaises comme alternative à la Jungle.

« Le gouvernement de la France dit d'aller dans le camp mais le conteneur, ce n'est pas assez pour vivre. Et pourquoi je suis content de rester ici ? À cause du manque de liberté. Ce camp, j'en suis sûr à 100 pour cent, c'est une prison. Vous sortez, contrôle d'empreintes, vous entrez, contrôle d'empreintes, la prison est comme ça », nous a-t-il dit. 

Photo par Sally Hayden/VICE News

Plus tôt ce mercredi, le groupe de migrants s'était rassemblé dans un « centre d'information » situé sur place, à quelques mètres de l'église Saint Michel, pour organiser cette action.

« Vous êtes sûrs que c'est une bonne idée ? », a demandé un bénévole. Un autre a demandé si quelqu'un avait des antidouleurs.

Hamid, un adolescent irakien de 17 ans, dit avoir voyagé jusqu'à Calais tout seul, et aurait un frère au Royaume-Uni. Il nous a raconté avoir entendu que la manifestation avait lieu mais qu'il ne pensait pas que cela apporterait la « paix » dans la Jungle.

À lire : Démantèlement en cours d'une partie de la Jungle de Calais : une carte interactive pour comprendre cette crise migratoire

Des migrants ont déjà cousu leurs lèvres pour protester contre le traitement qui leur était réservé à la frontière entre la Grèce et la Macédoine.

Le processus de démolition a commencé ce lundi avec l'évacuation d'une partie du site — qui abrite au total entre 4 000 et 5 500 personnes — après que le gouvernement français a gagné une bataille juridique l'autorisant à forcer le déplacement des migrants vers un complexe de conteneurs situé non loin de là, ou alors vers d'autres centres d'accueil et d'orientation (CAO) ailleurs en France. Le gouvernement souhaiterait réduire la taille maximale du camp à 2 000 résidents.

Des associations actives dans ce camp ont rapporté que des gaz lacrymogènes, des Flash-balls, des canons à eau, des bulldozers, des masses et des tronçonneuses avaient été utilisés, malgré les promesses des autorités qui avaient assuré que l'évacuation serait graduelle et non-violente.

Photo par Daniel Bateman/VICE News

De nombreux réfugiés, la plupart forcés de partir sans leurs affaires, n'ont pas de plan.

« Aujourd'hui, c'est cette zone. Et peut-être que demain, ils viendront dans ma zone », a déclaré un homme originaire d'Irak. « Je n'ai pas de plan, parce que je ne sais pas ce que je peux faire. Si je vais dans le camp, ils vont prendre mes empreintes digitales. Si je ne vais pas dans le camp, sortir est un problème, surtout pour les enfants. Je ne peux pas rester dehors. »

À lire : « Je préférerais mourir » : rencontre avec les migrants menacés d'expulsion de la Jungle de Calais

Un Afghan nous a raconté que le complexe de conteneurs est désormais plein. « À l'heure actuelle, nous vivons à l'intérieur du théâtre et nous n'avons nulle part où nous reposer. Ils n'ont pas assez de place là-bas. Voilà pourquoi nous restons dehors », a-t-il dit.

« Il y a un théâtre qui sert de dortoir là-bas à l'intérieur de la Jungle. Alors on nous a dit que si nous n'avons pas d'endroit où dormir, il faut aller là-bas et dormir ce soir ou peut-être pour deux ou trois jours. Peut-être que nous trouverons une solution à cela », a-t-il ajouté. 

Photo par Daniel Bateman/VICE News

VICE News a parlé avec Jawad Amiri, un homme de 25 ans venu d'Afghanistan avec son petit frère de 6 ans. Il nous a montré les yeux rouges de son jeune frère à cause du gaz lacrymogène tiré par la police française.

Beaucoup d'habitants de la Jungle ne veulent pas s'installer dans le camp officiel du gouvernement français car ils devront fournir leurs empreintes digitales pour obtenir un droit d'accès, et ils croient qu'ils seront ensuite forcés d'effectuer une demande d'asile en France tout en étant surveillés en permanence par des équipes de sécurité.

Certains abris ont été incendiés, l'identité des responsables reste inconnue. (Photo par Sally Hayden/VICE News)

La plupart des migrants de Calais veulent se rendre en Angleterre car les chances d'y obtenir le droit d'asile sont plus élevées qu'en France (41 pour cent contre 25 pour cent), le taux de chômage y est moitié moins élevé (5 pour cent contre 10 pour cent), et beaucoup ont des membres de leur famille qui vivent déjà en Grande-Bretagne.

Certaines associations indiquent que beaucoup de gens sont expulsés de force du camp, leurs affaires détruites, sans nulle part où aller. Ces groupes ont exprimé leurs craintes concernant les centaines de mineurs non-accompagnés qui vivent dans ce camp, mais aussi à propos des enfants exposés au gaz lacrymogène.

À lire : [En photos] Dans le camp de Grande-Synthe, les migrants face à l'hiver.


Avec Reuters.

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