© Rose Lecat

Traverser les Alpes à tout prix

Les photographes Rose Lecat et Valentina Camu ont traversé la frontière franco-italienne avec des migrants. Leurs clichés sont publiés dans la revue Etats d’urgence dont le numéro 2 sort aujourd'hui.

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nov. 22 2018, 9:35am

© Rose Lecat

S’éloigner du traitement à chaud des actualités ; poser un autre regard sur les urgences qui « traversent la France » et la plombent ; s’immerger au cœur des différentes mobilisations et combats qu’entreprennent certaines populations. Tel est le travail des six photographes qui ont donné naissance à la revue de photographie sociale Etats d’urgence dont le numéro 2 est paru jeudi 22 novembre. aux éditions Libertalia.

« Avec la loi Travail, en 2016, on s’est retrouvé à toute une équipe de photographes à couvrir les manifestations, se souvient Yann Lévy, membre du collectif. On partage les mêmes idées et les mêmes centres d’intérêt et il m’est apparu naturel de proposer ce projets à mes potes de terrain ». En 2017, le premier numéro voit le jour. Les grandes mobilisations de l’année précédente y sont exposées : loi Travail, Notre-Dame-des-Landes, et tous ces visages du cortège de tête dissimulés derrière des masques ou des écharpes.

Cette année, les photographes d’Etats d’urgence ont posé leurs objectifs sur la crise migratoire. De l’Aquarius, jusqu’aux massifs alpins en passant par l’université Paris-8 et Calais, ils ont passé du temps aux côtés des migrants et de celles et ceux qui tentent de les aider. L’humain est bien sûr au centre de leurs travaux.

Rose Lecat et Valentina Camu ont traversé la frontière franco-italienne avec les migrants par la montagne. Cette année, plusieurs milliers de migrants ont tenté la traverser des Alpes pour rejoindre la France. Les choses sont encore plus compliquées depuis l'opération "Defend Europe" lancée par des militants d'extrême droite qui veulent barrer la route aux migrants. Face à cela, des militants de gauche marchent régulièrement à travers la montagne pour aider le plus de migrants possible. Les deux photographes commentent certains de leurs clichés et tentent d'alerter sur cette situation.

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Valentina Camu : Je suis arrivée au village de la Vachette en fin de journée. L'après-midi il y avait eu un pique-nique-manifestation à Montgenèvre à la suite de la découverte du corps d'une jeune femme dans la Durance. La Durance passe par ce petit village au milieu des montagne et un grand nombre de militants s'est rendu sur place pour rendre hommage à la jeune femme qui a perdu la vie pour échapper à un contrôle de police.

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Rose Lecat : Le refuge de Briançon est un des lieux d’accueil dans lequel les réfugiés se reposent après la traversée. Des longs moments d'attente qui durent parfois une quinzaine de jours mais aussi des instants de joie à partager avec tous ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont réussi à rejoindre la France. On y partage un thé un café, une cigarette et on discute du passé et de l'avenir.

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Rose Lecat : C'est la nuit, il fait froid. Ici la France commence. La route conduit au poste de Police aux frontières 1 kilomètre plus loin. Dans le noir juste à coté de la pancarte qui indique la fin de l'Italie et le début de la France, il m'est arrivé de voir des silhouettes descendre d'un camion de police. Des hommes et des femmes sont ramenés à la frontière après avoir été arrêtés dans la montagne.

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Valentina Camu : Un garçon arrive dans la gare de Bardonèche en Italie. On est en plein cœur du mois de janvier, il neige. Le jeune homme s'installe dans la salle d'attente de la gare pour se réchauffer. Des militants italiens lui apportent des vêtements de ski. Lui veut absolument traverser la frontière dans la nuit mais il est très fatigué et il n'a absolument aucune notion du danger et du risque d'avalanches qui rend la traversée très dangereuse. Il boit un thé et parle avec les militants. Il est Guinéen et il veut devenir footballeur.

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Rose Lecat : Au refuge solidaire de Briançon, j'ai rencontré des familles et des femmes seules avec enfants. La situation est particulièrement compliquée quand il y a ces petits. Il ne peuvent pas avoir une vie normale et eux aussi sont dans l'attente. Beaucoup sont traumatisés par le voyage, certains décident de ne plus parler ou de ne plus manger. Je me suis parfois demandé ce que peuvent ressentir ces enfants. Ils sont chouchoutés par les autres réfugiés et par les bénévoles dans les lieux d’accueil où ils apportent eux-même le sourire.

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Rose Lecat : Je me trouve à Montgenèvre quand la jeunesse identitaire décide de mener une action symbolisant le blocage de la frontière franco-italienne au col de l'échelle. Un groupe de militants décide alors spontanément de marcher dans les montagnes, en signe de solidarité avec les réfugiés qui passent le col nuit et jour.

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