politique

Un ancien directeur de The Rebel nommé directeur de campagne au Parti conservateur

Quelqu’un a dit Steve Bannon?
Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer - Crédit photo | La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Après avoir annoncé début août vouloir se distancier du média canadien d'extrême droite The Rebel, la CBC révélait mercredi qu'Andrew Scheer et son parti avaient nommé l'ancien directeur du site, Hamish Marshall, comme directeur de campagne du parti pour 2019.

Ce n'est pas la première fois que M. Marshall contribuera au succès du Parti conservateur. Il a agi comme sondeur interne lors de la campagne électorale de 2008 et gestionnaire de la planification stratégique de Stephen Harper. De plus, lui et l'actuel leader du parti, Andrew Scheer, ont fait leurs débuts sur la colline parlementaire à peu près en même temps et sont amis de longue date.

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Sauf que le chef du Parti conservateur s'est vu obligé de se distancier de The Rebel (et des gens qui y sont associés) après les événements de Charlottesville, en Virginie, à la fin de l'été, où une journaliste du réseau s'est montré complaisante devant les néonazis à la manifestation. Dans sa couverture de la manifestation, Faith Goldy de The Rebel a entre autres affirmé que celle-ci témoignait d'une « conscience de plus en plus éveillée chez les Blancs » et salué le pseudo-manifeste politique d'un des organisateurs, Richard Spencer. Après la mort d'une manifestante antiraciste, la couverture médiatique de The Rebel a été critiquée de toutes parts.

Quelques jours plus tard, Scheer affirmait qu'il n'accorderait plus d'entrevue au réseau « tant que l'équipe rédactionnelle de cette institution en particulier reste telle qu'elle est », ajoutant que les prises de position de The Rebel ne correspondent pas à sa « vision positive » de la politique.

Hamish Marshall s'est par contre défendu lorsque les médias ont souligné son implication dans les activités du Rebel, expliquant qu'il avait annoncé son départ du site en mai, lorsqu'il a accepté le rôle de conseiller dans la campagne de Scheer. Il affirme toutefois que, si son nom n'a pas été retiré de la liste des directeurs jusqu'à tout récemment, c'est qu'il restait « des enjeux commerciaux à régler », ajoutant au passage que son rôle chez The Rebel n'a jamais été éditorial. Une simple recherche permet cependant de constater qu'il a écrit quelques articles pour eux.

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En creusant un peu, on peut aussi facilement constater que les liens entre Hamish Marshall et les groupes d'intérêts de droite remontent à loin, et vont au-delà de son simple poste chez le site web d'extrême droite. Si Andrew Scheer s'est valu le sobriquet de « Harper Lite » dans les médias anglophones, c'est en partie à cause de ses relations avec Marshall et les liens de ce dernier avec l'ancien premier ministre Stephen Harper et son équipe.

Diplômé d'Oxford, Marshall se spécialise dans les technologies. Une de ces compagnies, Go Newclear, abrite le site de l'association EthicalOil, un soi-disant « mouvement populaire » qui se bat pour les intérêts des grandes pétrolières qui exploitent les sables bitumineux des Prairies.

Ethical Oil est avant tout le nom d'un livre pro-sables bitumineux écrit par Ezra Levant, le créateur de The Rebel. Le site a ensuite été transformé en blogue/forum pour promouvoir les idées du livre par Alykhan Velshi, qui fut directeur de planification pour Stephen Harper. Le poste fut ensuite repris par Jamie Ellerton, qui fut l'assistant de Jason Kenney, ancien ministre de l'Immigration sous Harper et bon ami de Levant.

Vous vous demandez sûrement pourquoi ça devrait vous importer qu'Hamish Marshall soit le directeur de campagne des prochaines élections. L'enjeu ici est avant tout éthique : lors de son élection à la chefferie du Parti conservateur, Andrew Scheer a pu compter sur des appuis importants au sein des groupes de chrétiens fondamentaux et l'alt-right canadienne propulsée par The Rebel. Ce n'est pas sans rappeler ce qu'on a pu voir lors de la dernière présidentielle aux États-Unis, où un gestionnaire de médias d'extrême-droite bien éduqué avec toutes les allures d'un puceau devient le conseiller principal d'un candidat avec des propositions si ridicules que personne ne croit qu'il sera en mesure de gagner.

C'est un peu tiré par les cheveux, je vous le concède. Mais ce n'est pas impossible, et c'est surtout pas pas important.

Mise à jour: Une version précédente de cet article mentionnait qu'Andrew Scheer comptait entre autres abolir l'avortement et que les universités se voient retirer leur financement du fédéral si elles refusent, par exemple, d'accueillir un conférencier suprémaciste blanc. Andrew Scheer a affirmé qu'il ne comptait pas rouvrir le débat sur l'avortement et a retiré ses commentaires sur les universités.

Billy Eff est sur internet ici et .