Les filles, publier des selfies sur les réseaux sociaux vous mine le moral, dit la science

Une nouvelle étude canadienne établit un lien entre l’anxiété, la déprime et la prise de selfies chez les jeunes femmes.
6.9.18
Photo par Ben Weber via Unsplash

Scénario type : vous vous emmerdez dans un café parce que vos amis sont en retard, comme d’habitude. Pour passer le temps, vous ouvrez la caméra de votre téléphone intelligent, et hop! petite séance photos avec vous-même et votre latte troisième vague. Quelques selfies plus tard, vous publiez votre photo sur Instagram. Subitement, votre moral a changé : vous vous sentez un peu depress et moche. C’est ce sentiment que quatre chercheuses de l’Université de York en Ontario ont étudié, dans la première étude expérimentale au monde qui analyse les liens entre égoportraits et déprime.

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C’est que les jeunes femmes passent un temps monstre à pratiquer cette activité. Selon les informations colligées dans l’étude universitaire, l’action de prendre des selfies et de les publier en ligne occupe 5 heures par semaine chez celles âgées de 16 à 25 ans. Et les femmes, en général, passent plus de temps à prendre des photos, mettre à jour, gérer et maintenir leur profil sur les réseaux sociaux que les hommes. D’autres études ont montré que l’exposition fréquente à internet et aux réseaux sociaux causait une hausse de l’insatisfaction par rapport au poids, à une recherche de la minceur et à la surveillance de l’image corporelle des femmes.

Le lien entre les sentiments négatifs provoqués par les réseaux sociaux est largement documenté, mais aucune étude ne s’était encore penchée sur la démonstration concrète de ces effets.

L’expérience menée par Jennifer S. Mills, Sarah Musto, Lindsay Williams et Marika Tiggemann se déroulait ainsi : 113 étudiantes âgées de 16 à 29 ans ont été séparées en trois groupes. Le premier devait prendre un selfie, sans le modifier, et le publier sur les réseaux sociaux. Le second faisait la même chose, mais avait la possibilité de retoucher le selfie à l’aide d’une application. Le troisième groupe devait naviguer sur internet, mais pas sur les réseaux sociaux.

Le constat qui se détache de cette étude est assez clair : chez les femmes qui publiaient un selfie, avec ou sans retouche, le moral s’en trouvait affecté. Les sentiments de déprime et d’anxiété, une image de soi négative et l’impression de ne pas être attirante étaient pour la plupart renforcés après l’expérience. Chez celles qui ne pouvaient pas retoucher la photo, le moral était légèrement plus négatif que chez les autres qui ont eu la possibilité de retoucher l’image, mais pas assez signifiant pour conclure à une divergence notable.

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Pour les chercheuses, les résultats montrent que « prendre des selfies et les publier en ligne constituent un risque pour la santé mentale des jeunes femmes, surtout celles qui ont des insatisfactions par rapport à leur image corporelle ». Elles rappellent que l’insatisfaction corporelle est l’un des facteurs de risque pour le développement de troubles alimentaires et est liée à une faible estime de soi et à la dépression.

Prudence, donc, avec la prise de selfies : la science le prouve, ce n’est pas bon pour le moral.