On a vérifié si les rapports sexuels nuisent vraiment aux performances sportives

Des entraîneurs demandent aux athlètes d’éviter le sexe avant un match important.
26 juin 2018, 3:05pm
Studio Firma/Stocksy

Cet article a initialement été publié par Tonic.

Depuis la Grèce antique, est répandue — en particulier parmi les hommes — l’idée selon laquelle on doit éviter les rapports sexuels avant tout genre de compétition sportive. Cette règle découle de la crainte que les activités sexuelles minent la testostérone et l’énergie, et ainsi plombent les performances physiques.

Aujourd’hui, il est facile de trouver des exemples de boxeurs, de combattants extrêmes, de joueurs de football et de soccer et d’autres athlètes qui observent l’abstinence (souvent à la demande de leur entraîneur) avant des matchs ou des compétitions, comme les Jeux olympiques ou la Coupe du monde.

Manifestement, beaucoup d’hommes croient qu’il que sexe et sport ne font pas bon ménage. Mais ont-ils raison? Est-ce que s’envoyer en l’air les affaiblit? D’après une récente étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine, non, l’idée ne semble pas concorder avec la réalité.

Des chercheurs de l’Université d’État de Californie à San Marcos ont présenté les premières données sur la force musculaire dont disposent les hommes le lendemain d’une relation sexuelle. Pour ce faire, on a testé deux fois la force et l’endurance de douze jeunes hommes (d’en moyenne 25 ans) en bonne santé qui ont pris part à l’étude : premièrement, un jour suivant une relation sexuelle, et deuxièmement, un jour suivant une journée d’abstinence. Les exercices auxquels devaient se soumettre les participants permettaient de mesurer la force des muscles quadriceps et ischiojambiers.

Tout compte fait, que les participants se soient livrés à des ébats (définis dans l’étude comme une relation sexuelle avec orgasme) la veille ou non, on n’a observé aucun effet sur leur puissance moyenne ou maximale. L’auto-évaluation de leur fatigue physique et mentale n’a permis de constater aucune différence non plus. Bref, le sexe ne rend pas les hommes moins forts.

Ces conclusions concordent avec les résultats d’une étude précédente de moindre envergure menée au Canada, selon laquelle les rapports sexuels n’avaient aucune incidence sur la force de poigne ou la hauteur d’un saut vertical le lendemain.

Cependant, la nouvelle étude comporte des lacunes : les effets de la masturbation n’ont pas été évalués, par exemple. Aussi, seuls des hommes ont été évalués, et un très petit nombre. Avec un échantillon aussi faible, on ne peut pas mesurer les effets de certains facteurs, comme le moment où a eu lieu le coït. D’autres études donnent à penser que ce facteur pourrait être très important.

Dans un rapport de 2016 sur la littérature scientifique portant sur le sexe et les performances sportives publié dans la revue Frontiers in Physiology, on a conclu qu’une activité sexuelle dans les deux heures avant une épreuve physique affectait négativement la performance. Si la veille le sexe ne semble pas être un enjeu, il en va donc autrement juste avant une compétition sportive. On a d’ailleurs généralement sommeil après une relation sexuelle.

L’étude, ainsi qu’à peu près toutes les autres dans ce domaine, comporte une autre grande lacune : elle ne se penche pas sur la qualité de la relation sexuelle et de la relation générale entre les deux partenaires. Par exemple, est-ce qu’il y a eu des difficultés (notamment érectiles) pendant la relation sexuelle? Est-ce que la relation avec le partenaire est positive?

Si, après le sexe, on n’est pas satisfait de soi ou si la relation, pour cette raison ou non, est source d’inquiétude, cela peut constituer une distraction qui affecte la performance physique dans une compétition sportive. À l’inverse, si l’on se sent très bien après la relation sexuelle et soutenu dans sa relation, il est très possible que la relation sexuelle induise un état d’esprit qui affecte positivement la performance sportive.

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Ce sont des questions qui requièrent des études approfondies, portant en particulier sur les conditions de la relation sexuelle et leurs effets psychologiques. Il est fort probable qu’en ce domaine, le contexte joue un grand rôle et que les personnes qui vivent des choses différentes obtiennent des résultats différents.

Cela dit, à tout le moins, on peut tirer une conclusion de cette étude, soit qu’une relation sexuelle n’a pas fondamentalement d’effet négatif sur une performance sportive le lendemain. Si c’était le cas, les résultats l’auraient montré, et ils ne le montrent pas. Donc, si l’on conseille d’éviter les rapports sexuels avant une compétition sportive, cela ne repose sur aucune base scientifique.