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Culture

Jasper et Errol de Odd Future font n'importe quoi dans le nouveau show VICELAND

On a discuté avec les vedettes de « Jasper & Errol's First Time », le nouveau projet du mec derrière « Jackass ».

par Drew Schwartz; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
09 Août 2019, 7:43am

On éprouve une joie unique en voyant quelqu'un essayer quelque chose pour la première fois – une combinaison de jubilation, de pitié et de terreur, surtout quand c'est quelque chose d’extrêmement difficile. Grâce à Jasper & Errol's First Time, notre nouveau show VICELAND, vous aurez l'occasion de ressentir ce sentiment encore et encore, alors que Jasper Dolphin et Errol Chatham – amis d’enfance de Tyler, the Creator et membres du collectif de hip-hop Odd Future depuis sa création – entreprennent des dizaines d'activités étranges.

Ces activités vont du relativement inoffensif (cours de tango et de yodel, préparation de sushis et ventriloquie) à la limite du masochisme (rodéo sur un taureau, marche sur le feu, combat de sumos, et ce qu'on appelle la « bee bearding », qui consiste à porter plusieurs milliers d’abeilles sur son visage). On pourrait penser que regarder deux types faire les cons pendant une saison entière peut devenir lassant, mais non, car Jasper et Errol sont hilarants tant ils ne sont pas préparés aux tâches qu'ils tentent d'accomplir, sans parler de leur propension à hurler de peur, à s'insulter mutuellement et à lâcher un nombre infernal de jurons dans des endroits inappropriés.

Si First Time n’est pas sans rappeler Jackass et Wildboyz, c'est parce que l'émission est produite par Jeff Tremaine, qui connaît Jasper et Errol depuis des années. Là où Steve-O se jetterait dans les escaliers, Jasper plonge la tête la première dans un tonneau rempli de raisins. Là où Johnny Knoxville ferait un match de boxe dans un grand magasin, Errol et Jasper font un combat de claques dans un cours de câlins platoniques. Là où Jackass avait Phil, First Time a le père de Jasper, Dark Shark, qui, même après plusieurs séjours en prison, a une peur bleue de toutes les cascades qu'il tente, ce qui en fait les moments les plus drôles de l'émission.

Mais là où First Time se distingue de ses prédécesseurs, c’est qu'il s'agit moins de pure idiotie et d’autodestruction – bien qu'il y ait certainement un peu des deux – que de sortir de sa zone de confort. J'ai discuté avec eux des cascades les plus effrayantes qu'ils ont dû tourner et de leurs moments préférés sur le plateau.

VICE : Pouvez-vous me parler un peu de votre enfance à Los Angeles ? Auriez-vous imaginé arriver là où vous en êtes aujourd’hui ?
Jasper Dolphin : Pour te donner une petite idée, mes potes sont des membres de gangs de Los Angeles, des Crips. Ma mère est une gentille dame noire. Tu sais, la plupart des gens ne sortent pas de Los Angeles. Quand tu es vraiment du quartier, tu restes dans le quartier. Mon père fait partie d'un gang et ma mère est une femme normale, alors c’est dingue que je puisse avoir la chance de faire tout ce que je fais aujourd’hui. Si tu m'avais dit quand j'étais plus jeune : « Tu t’envoleras pour l’Australie et le Japon, et tu monteras un taureau », je t’aurais répondu de la fermer.
Errol Chatham : Ma famille vient du Belize, en Amérique centrale. Un pays du tiers-monde. Je suis un Américain de première génération. Ça a toujours été : Prends ce que tu peux prendre. Ma mère m’a élevé seule. Il y a tant de choses qu’elle n’a pas pu m'apprendre. Et maintenant je fais des choses qu'elle n’a jamais pu faire. Parfois, je me demande : et si j’avais grandi dans un autre milieu, quelle aurait été ma carrière ? Et si j'avais pu être maître sushi ? Et si j’avais pu bosser dans un cirque, sur un putain trapèze ? Ou devenir champion de rodéo ? Je ne sais pas. Je n’ai connu que le basket et le foot. C'est dommage.

Pourquoi dis-tu cela ?
EC : C’est juste que c’était très limité. J’aurais aimé que quelqu’un se dise : « Montrons à ce gamin tout ce que le monde a à offrir. »
JD : Mon père est un homme noir de Los Angeles typique, alors c’est cool de pouvoir l’emmener faire des choses qu’un homme de son âge ne ferait jamais. Parce qu’avec ses potes, ils restent assis dans le quartier toute la journée –
EC : Ils pensent tous qu’il est fou.
JD : Pour eux, le deltaplane, c’est la chose la plus folle au monde. Ils se disent tous : « Je ne ferais jamais ça de ma vie. » Pour lui, c'est plutôt : « Wow, je n'aurais jamais pensé faire ça un jour. J'ai été en prison plein de fois, et voilà que je suis là à déguster du vin, faire du deltaplane ou de la tyrolienne. »
EC : Il a dû redoubler d’efforts à chaque fois. C'est de la folie, parce que je sais qu'il était terrifié.
JD : Terrifié.

Ouais, il hurle à pleins poumons tout au long du vol en deltaplane.
EC : Chaque émotion, chaque cri, chaque grognement que vous entendez dans cette émission vient du fond du cœur.
JD : Du fond du coeur.
EC : À cent pour cent. On a bossé dur.

On dirait que pour décompresser après chacune de ces terrifiantes expériences, votre premier réflexe était de fumer un joint. Genre, immédiatement après.
JD : Bien sûr. Avant et après, toujours. Tout ce qu’on a fait, on l’a fait en étant défoncés.

Je ne sais pas comment tu as fait pour être défoncé alors que 10 000 abeilles étaient posées sur ton visage. On dirait un cauchemar.
JD : C’était plutôt cool. Il fallait juste rester calme. Ça chatouillait un peu. Aussi, je ne savais pas si j’étais allergique ou pas.

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Quelle est la chose la plus effrayante que vous ayez dû faire pour First Time ?
JD : Le rodéo. Et la voltige équestre. En gros, tu fais le poirier et d’autres trucs du genre sur un gros cheval. Avant le début de l'émission, je me suis disloqué la cheville et fracturé la jambe. Ma cheville n'est toujours pas complètement remise. Donc, ils voulaient que je monte sur ce cheval, et moi je me disais : « Si je fais une mauvaise chute et que je me blesse à la jambe, je vais être vraiment triste. » Alors, on arrive là-bas et une dame nous fait une démonstration. Et là, elle saute du cheval, se blesse immédiatement à la jambe et se met à boiter. J’étais genre : « OK, pas moyen que je fasse cette merde ! »
EC : Alors que moi, j’étais comme un poisson dans l’eau. Ma place est sur un cheval, je crois.
JD : Mec, ce cheval était énorme.
EC : C’est vrai.
JD : Je ne fais pas confiance aux gros animaux. Tu ne sais pas ce qu'ils pensent. À tout moment, ce cheval peut te piétiner.
EC : Non, non. Je savais exactement à quoi il pensait. Moi, ce qui m’a fait le plus flipper, c'est le trapèze. Je regardais ceux qui en faisaient et j’étais beaucoup plus grand qu’eux. Je me disais : « C'est quoi ce bordel ? »

Vous l’avez bien maîtrisé celui-là. J'ai été impressionné.
Tu connais Tom Cruise ?

Ouais.
JD : J'ai fait mieux que Tom Cruise.
EC : Bien mieux que Tom Cruise.
JD : Je suis le Tom Cruise 2.8. Sur le tournage de Mission Impossible, il a réussi sa cascade au bout de la troisième fois. Il a attrapé le trapèze d'une main. Moi ? Des deux mains, du premier coup. Je dis ça, je dis rien.

Cette émission me fait beaucoup penser à Jackass et Wildboyz. Avez-vous l’impression d’en porter le flambeau ?
JD : J'ai grandi en regardant Jackass et Wildboyz. D’ailleurs, on avait fait un sketch dans Loiter Squad appelé « Blackass » – c’était vraiment du genre « Bois ça et vomis ». Alors que dans First Time, on essaie d’apprendre des choses.

En quoi votre émission est différente de Jackass et Wildboyz ?
JD : Wildboyz, c'était des Blancs qui faisaient des trucs de Blancs. First Time, ce sont des Noirs qui font des trucs que les Noirs ne font pas.

J'aime bien quand vous rencontrez des gens qui ont des passe-temps étranges. Vous plaisantez un peu, mais vous les traitez avec beaucoup de respect, et vous essayez vraiment d'en apprendre davantage. Vous ne vous moquez jamais. Pourquoi était-ce si important pour vous ?
EC : Parce qu’on sait ce que ça fait. Donc on a essayé de faire hyper attention. Quand on s’intéresse à quelque chose, qu'on en parle à quelqu’un et qu'il en rit, c’est hyper vexant.

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Quelles autres prises de conscience avez-vous eu en tournant cette émission ?
JD : Le plus important, c’est la confiance en soi. J'ai réussi tout ce que j'ai entrepris. Même quand on me disait : « Oh, mince, c'est ta première fois ? Tu ne vas pas en être capable », je réussissais. Tout le monde était si heureux. « Regardez ce Noir potelé, aucune chance qu'il puisse rester sur un taureau pendant 5 secondes. » Eh bien si.
EC : Souvent, on doute trop. Il faut se faire confiance. La peur ne t’empêchera pas de faire quelque chose. Ta peur doit être surpassée par ton désir de prouver que quelqu'un avait tort.

Pensez-vous que vous pouvez être une source d’inspiration pour les gamins issus du même milieu que vous ? Beaucoup n'auront peut-être pas la chance de monter un taureau ou de faire du trapèze, mais peut-être que certains s'intéresseront à Odd Future, qu’ils regarderont cette émission et se diront : « Vous savez quoi ? Je vais essayer quelque chose de nouveau. »
JD : J’espère que ça en motivera certains à sortir de leur zone de confort. J’adorerais qu’un gamin noir se lève un matin après avoir regardé l’émission et décide de faire du rodéo pour gagner sa vie. Il faut que les gens sortent de leur petite boîte.

Que voulez-vous que les gens retiennent de l’émission ?
JD : Il ne faut pas juger avant d’avoir essayé. On peut penser que quelque chose ne nous plaira pas et avoir une bonne surprise.
EC : J’aimerais que les gens soient plus ouverts d’esprit. L’important est de tout essayer, pas d’être le meilleur.

C'est le dimanche soir à 22 heures sur VICELAND.

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