Société

Les Sud-Coréennes combattent la pression sociétale avec le mouvement #NoMarriage

Un collectif de femmes rejette le mariage et la maternité malgré les efforts du gouvernement sud-coréen pour résoudre le problème de la baisse du taux de natalité.
13.8.19
corée du sud no marriage

En Corée du Sud, le terme « mi-hon » désigne une femme qui n'est pas encore mariée. Mais de plus en plus de femmes choisissent d'être appelées « bi-hon », qui signifie qu’elles ont fait le choix de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfants. La youtubeuse Baeck Ha-na est l’une de ces femmes. « La société me donne l’impression d’être un échec parce qu’à trente ans je ne suis pas encore une épouse ou une mère. Mais je n’ai pas envie d’appartenir à quelqu’un. J’ai des projets plus ambitieux pour mon avenir », a-t-elle déclaré à Bloomberg.

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Depuis cinq mois, Baeck Ha-na coanime la chaîne Youtube SOLOdarity avec son amie Jung Se-young. Elles y parlent de démanteler le patriarcat en Corée du Sud et de donner aux femmes des espaces pour elles – et juste pour elles. Leur chaîne compte déjà plus de 23 000 abonnés.

Baeck Ha-na est aussi membre du réseau EMIF, un acronyme pour « Elite without Marriage, I am going Forward ». Les femmes du groupe se réunissent pour discuter de leur statut de « bi-hon » et des efforts du gouvernement pour résoudre le problème de la baisse du taux de natalité qui sévit depuis longtemps dans le pays. La plupart d'entre elles ont choisi de rester célibataires. Le hashtag résultant de leur mouvement, #NoMarriage, suscite beaucoup d'attention en Corée du Sud et ailleurs.

Alors que cela survient à un moment où l'économie subit de plein fouet le déclin de la population, Baeck Ha-na et Jung Se-young ont qualifié l'approche du gouvernement pour augmenter les taux de natalité d'« abusive » et de « frustrante ».

« Le plus gros problème du gouvernement, c’est qu'il n'écoute pas les femmes, alors même que ce sont elles qui doivent porter les enfants et les élever » – Kang Han-byul, cofondatrice de l'EMIF

Selon la Banque mondiale, la Corée du Sud a le taux de natalité le plus bas des pays développés. En 2010, 64,7 % des femmes du pays estimaient que le mariage était une nécessité. En 2018, seulement 48,1 % étaient d'accord avec cette réponse.

Plus de 20 % des salles de mariage de la capitale, Séoul, ont fermé leurs portes. Le bureau de l'éducation de la ville a annoncé en 2019 qu'il fermera trois écoles primaires et secondaires en raison d'une pénurie d'élèves. D'autres villes comme Busan ont connu une baisse de 26 % du nombre d'élèves inscrits à l'école primaire.

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Il en va de même pour les collèges et lycées, avec une baisse de 43 % et 40 % respectivement. La main-d'œuvre sud-coréenne, qui s'élève actuellement à 37,6 millions de personnes, devrait diminuer de 52 % au cours des 50 prochaines années.

Le président Moon Jae-in et son administration ont commencé à s'attaquer au problème de la population avec la création du Comité présidentiel sur le vieillissement de la société et la politique démographique en 2017. « Nous devons faire en sorte que le mariage et l'accouchement ne limitent pas la vie des femmes », a-t-il dit lors de l'événement de lancement dudit comité. « C’est notre dernière chance de régler un grave problème de population », a déclaré Moon.

« Le plus gros problème du gouvernement, c’est qu'il n'écoute pas les femmes, alors même que ce sont elles qui doivent porter les enfants et les élever », a déclaré Kang Han-byul, cofondatrice de l'EMIF, à Bloomberg. Elle a ensuite expliqué que le gouvernement ne tenait pas compte des « nombreux non-dits qui arrivent » aux femmes qui se marient et donnent naissance.

Pour l'instant, le gouvernement offre des mesures d’incitation et organise des rencontres pour célibataires partout dans le pays pour faciliter la formation des couples. Selon le rapport de Bloomberg, une ville aurait même demandé aux femmes d’envoyer une candidature avec leur photo, leur taille, leur poids et leurs antécédents professionnels.

Des femmes comme Baeck Ha-na et Kang Han-byul pensent que les politiques actuelles de la Corée du Sud n'apportent aucun soutien concret aux femmes et à ce qu'elles subissent inévitablement après l'accouchement – aussi bien « physiquement que mentalement », déclare Kang Han-byul.

Beaucoup d’entre elles ont peur des conséquences désastreuses que pourraient avoir des enfants sur leur carrière et leurs ambitions, en particulier sur le marché du travail ultra compétitif de la Corée du Sud.

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