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FRANCE

Un des responsables de la logistique de l’ETA condamné à 14 ans de prison à Paris

La justice française a condamné ce mercredi un ancien membre du mouvement séparatiste basque notamment pour avoir fait de faux contrats de location de logements devant servir de planques.
02 juillet 2015, 4:05pm
Image via Flickr

La justice française a condamné ce mercredi en fin de journée un ancien membre du mouvement séparatiste basque ETA (Euskadi Ta Askatasuna, ou « Pays basque et liberté » en français) à purger une peine de 14 ans de prison pour pour avoir fait de faux contrats de location de logements devant servir de planques à l'organisation. Ces logements pouvaient être des lieux par lesquels passaient des armes de guerre. Il a été en revanche acquitté pour d'autres accusations de vol avec violence et séquestration.

Agé de 49 ans, Ibon Goieaskoetxea Arronategi était considéré comme une personne s'occupant du côté « logistique » des actions du mouvement ETA, un groupe qui aurait assassiné près de 823 personnes en France et en Espagne depuis 1968 selon un organisme espagnol représentant les victimes du terrorisme .

La sentence a été rendue en fin de journée mercredi par la Cour d'Assises spéciale de Paris, la seule habilitée à se pencher sur ce genre d'affaires au contexte terroriste. Le jugement s'accompagne d'une interdiction définitive de retourner sur le territoire français. Par conséquent, quand il aura purgé sa peine en France, Ibon Goieaskoetxea Arronategi sera immédiatement transféré en Espagne où il devra répondre d'autres chefs d'accusation. En effet, le basque fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt européen rappelle la presse espagnole.

Son petit frère, Eneko Goieaskoetxea Arronategi, également membre de l'ETA, est suspecté d'avoir essayé d'assassiner le roi Juan Carlos d'Espagne lors de l'inauguration du musée Guggenheim de Bilbao en 1997. Arrêté à Cambridge (Angleterre) en 2011, il est actuellement détenu en Espagne où il devra répondre de quinze chefs d'accusation.

Ibon Goieaskoetxea Arronategi, qui se faisait souvent appeler « Emil », s'occupait de fournir des logements loués sous des noms d'emprunt à des militants du groupe.

Le militant basque avait été arrêté en février 2010 en Normandie (nord-ouest de la France). Déjà jugé en 2013, puis en décembre 2014, il avait été condamné à douze années de prison.

Lors de son premier procès, il s'était vivement défendu en refusant de reconnaître l'autorité de la justice française. « Le seul devant qui nous avons à répondre est le peuple basque » expliquait-il devant la cour, « nous avons été obligés de prendre les armes pour avancer dans la liberté ». Suite à cette déclaration, cinq autres accusés qui étaient sur le banc avec lui avaient repris en coeur « Eusko Gudariak gara ! » (littéralement: « nous sommes les guerriers du peuple basque »).

Une histoire violente

Le pays basque est une région à cheval entre la France et l'Espagne, où vivent près de 3 millions de personnes. La langue basque est parlée par plus d'un million de personnes. Parmi les plus grandes villes de la zone figurent Bilbao, Pampelune ou encore Bayonne du côté français. En 1959, sous la dictature du général Franco (1939-1975), un groupe de jeunes nationalistes y lance un groupe révolutionnaire armé qui a lentement évolué en un mouvement indépendantiste.

À partir des années 1970, le groupe armé souffre de divisions internes et de plus en plus de militants appellent à une division entre les actions militaires (attentats, enlèvements) et les méthodes plus conventionnelles (militantisme politique, création de parti). La réunion des deux courants est plus tard symbolisée par un logo représentant un serpent autour d'une hache.

Assassinats, pose de bombes, enlèvements, les actions violentes imputées au mouvement sont très nombreuses. Parmi elles, on retrouve la tentative d'assassinat du Premier ministre José Maria Aznar en avril 1995, ou encore l'attentat du 30 décembre 2006 contre l'aéroport de Madrid (deux morts).

Le groupe ETA a notamment été ou est toujours considéré comme une organisation terroriste par certains pays comme les États-Unis.

La lutte contre le groupe séparatiste a également été extrêmement violente. Entre 1983 et 1986, les Groupes antiterroristes de libération (GAL) composés d'anciens policiers et militaires français, espagnols ou portugais, ont assassiné 17 militants ETA rien que sur le sol français.

En novembre 2008, celui qui est présenté comme le chef militaire du groupe, Garikoïtz Aspiaru Rubina, alias «Txeroki », est arrêté en France.

Deux ans après son dernier attentat revendiqué en 2009, l'ETA a finalement déclaré son abandon de la lutte armée le 20 octobre 2011.

Un processus de paix

VICE News a contacté le Dr Emmanuel-Pierre Guittet, professeur à l'Université de Manchester et spécialisé dans le terrorisme et la violence politique. Selon lui, la condamnation d'Ibon Goieaskoetxea Arronategi symbolise bien l'évolution du mouvement ces derniers temps.

« C'est une organisation qui n'a plus les moyens de sa clandestinité » explique-t-il, car « il n'y a plus de support logistique comme c'était encore le cas il y a 10 ans ».

Toujours est-il que réseau disposerait encore de nombreuses caches d'armes et de munitions, comme celle découverte le 28 mai 2015 à Biarritz (sud-ouest de la France). Des explosifs et du matériel de camouflage y avaient également été retrouvés. Emmanuel-Pierre Guittet prévient que « d'autres arrestations devraient avoir lieu » car de nombreux anciens membres sont toujours recherchés par les services de police.

« Le mouvement se cherche, il y a des efforts vers la normalisation [NDLR, un militantisme plus classique] mais c'est encore naissant » explique-t-il. « L'ETA n'a plus le choix », faute de moyens, mais aussi parce que l'exemplarité des peines prononcées, notamment en Espagne pourrait dissuader les militants.

En Espagne, les indépendantistes ont souvent eu du mal à s'exprimer en politique. Accusé d'être proche de l'ETA, le parti d'extrême gauche Batasuna (« unité » en basque) a été interdit en 2003 pour finalement se dissoudre dix ans plus tard.

Un autre parti, nommé Sortu (« naître » en basque), est apparu à la même période et évolue depuis de manière légale.

Un Groupe international de contact a été créé en 2010 afin de favoriser le dialogue entre les différentes parties : gouvernements et groupes de l'ETA. Un processus de paix est en cours, avec une conférence humanitaire pour la paix au pays basque qui s'est tenue le 11 juin dernier à l'Assemblée Nationale française, en vue de résoudre ce qui est souvent présenté comme le plus vieux conflit armé en Europe.

Suivez Pierre-Louis Caron sur Twitter :@pierrelouis_c

_Image : Members of ETA declaring in 2011 they cease armed actions. Image _via Flickr.