Qu'est-ce qui peut bien tuer les « vraies baleines » du Canada ?

Le changement climatique aurait favorisé le développement d'algues toxiques, soupçonnées d’être des tueuses en série de baleines.

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30 juin 2017, 2:14pm

Marine Education, Rehabilitation and Research Institute

Perchés sur leur petit zodiac, les îles de la Madeleine (Canada) en arrière-plan, Tonya Wimmer et une équipe de chercheurs sont arrivés dans le Golfe du Saint-Laurent, la semaine dernière.

Leur destination : une « Eubalaena » (une « vraie baleine » ou « right whale » en anglais) de plus de quinze mètres de long. La créature « absolument colossale » flotte dans l'océan. Elle fait partie de l'une des cinq baleines récemment retrouvées mortes.

Son corps gonflé remplit l'air d'une odeur nauséabonde.

Un vétérinaire de l'équipe grimpe sur le cadavre du cétacé, s'assoit, et commence à découper des échantillons dans la carcasse.

Cette baleine est la nouvelle victime d'une étonnante série de décès – du « jamais-vu » selon les chercheurs. Ces « vraies baleines », toutes retrouvées dans le golfe depuis juin, font partie d'une espèce menacée, alors qu'une longue série « d'incidents mortels anormaux » frappe les baleines depuis quelques années. Les six baleines décédées représentent un pour cent d'une population de seulement 525 « vraies baleines » dans l'Atlantique Nord.

Cette semaine, des chercheurs canadiens et américains vont ramener six cadavres de « vraies baleines » sur les côtes de l'Île-du-Prince-Edouard pour les examiner.

On ne connaît pas encore la cause des décès, mais les vétérinaires et chercheurs vont réaliser des nécropsies (autopsies de baleines) pour essayer de comprendre ce qu'il se passe. Les suspects : les navires qui percutent les baleines, les filets de pêche dans lesquels elles se coincent, ou les algues toxiques.

Plusieurs scientifiques pensent que le réchauffement des océans, causé par le changement climatique, risque de déclencher davantage de floraisons d'algues toxiques qui pourraient nuire aux baleines et à d'autres mammifères marins.

Il y a 20 ans, les mammifères marins ne mourraient que très rarement à cause des algues dangereuses. Mais la cadence des décès s'accélère. Selon une étude datant de 2014, plus de 40 pour cent des mammifères marins échoués sur les plages américaines ces 20 dernières années ont été victimes des toxines dues aux efflorescences algales nuisibles.

Depuis janvier 2016, 44 baleines ont été retrouvées mortes le long de la côte est des États-Unis dans des circonstances qualifiées « d'inhabituelles » par les autorités. Dix des 20 baleines examinées semblaient avoir été percutées par des bateaux. Mais la cause des 34 autres décès reste un mystère.

Et en 2015, près de 60 baleines ont été retrouvées mortes au large des côtes de l'Alaska et de la Colombie-Britannique. La même année, on a constaté une augmentation importante des morts de baleines au large des côtes de l'Alaska : 45 rorquals communs, baleines à bosse, et baleines grises ont été retrouvés morts. Les corps de 14 grandes baleines ont aussi été retrouvés au large de la côte de la Colombie-Britannique cette année-là.

Des scientifiques sont en train d'enquêter sur les circonstances de ces décès et rien ne suggère que ces trois séries de décès soient liées. Cependant, des chercheurs de Colombie-Britannique, qui ont enquêté sur la série de 2015, se sont rendus à l'Île-du-Prince-Edouard pour enquêter sur les morts des six « vraies baleines ».

Elles ont été retrouvées entre le 2 et le 23 juin, éparpillées dans le Golfe du Saint-Laurent. Une de ces baleines était prise dans un filet de pêche, mais pour l'instant, personne ne sait si l'accident s'est passé avant ou après sa mort.

« À ce stade, il y a plusieurs théories sur ce qui a possiblement tué autant d'individus de cette population, mais nous ne savons pas laquelle est la bonne, » confie à VICE News, Wimmer, la directrice de la Marine Animal Response Society. « Ça pourrait être les algues toxiques. Un élément de leur environnement aurait affecté ce qu'elles mangent, et cet élément est souvent une sorte de fleurs d'algue toxique. Mais ces espèces sont aussi fréquemment menacées par les bateaux, et les équipements de pêche. C'est pourquoi il est important de récupérer les animaux. »

Selon le ministère canadien des Pêches et des Océans, les collisions avec des navires, les équipements de pêche et les sons sous-marins sont les plus grands tueurs de « vraies baleines ».

« Nous n'avons jamais observé de série de décès chez les "vraies baleines" telle que celle-ci, où il y a tant d'animaux qui sont morts dans un seul endroit, » dit Wimmer.

Au large de la côte ouest, les chercheurs n'ont pas réussi à trouver la cause de la mort soudaine de 60 baleines en 2015. Mais ils pensent que les morts pourraient être liées à la « goutte chaude », une zone de l'océan Pacifique aux températures plus élevées que la normale et qui pourrait avoir déclenché la floraison d'algues toxiques.

Les chercheurs n'ont pas pu récupérer les corps des baleines échouées en Alaska. Mais ils ont pu réaliser des nécropsies sur 8 des 14 baleines mortes en Colombie-Britannique.

Chez quatre des huit baleines, les chercheurs ont constaté un niveau élevé d'acide domoïque, une neurotoxine sécrétée par les fleurs d'algues nocives. Et deux de ces quatre baleines semblent avoir été percutées par des bateaux.

Selon Paul Cottrell, le coordinateur pour les mammifères marins de la branche de la côte ouest du ministère canadien des Pêches et des Océans, basée à Vancouver, il est possible que la neurotoxine ait modifié le comportement des baleines, les rendant plus susceptibles d'être percutées par des bateaux. Cependant, il a aussi souligné l'absence de preuve tangible et qu'il est impossible d'être certain de la cause des décès.


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