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FRANCE

Interview : Thomas Dandois et Valentine Bourrat

Les deux journalistes français retenus en détention pendant deux mois en Indonésie ont atterri à Paris mercredi matin.
29.10.14
Photo Virgile Dall'Armellina

Thomas Dandois et Valentine Bourrat risquaient cinq ans de prison pour avoir filmé en Indonésie la région de la Papouasie, marquée par des luttes indépendantistes, sans visa de journalisme.

À lire : Pourquoi deux documentaristes français risquent la prison

VICE News s'est entretenu avec les deux journalistes, mercredi après midi, juste après leur retour en France le matin même. Ils racontent les circonstances de leur arrestation, leurs conditions de détention qui a duré deux mois et demi, ainsi que les raisons de leur libération.

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Pouvez-vous nous décrire votre arrestation?

Thomas Dandois : On a été arrêtés en Papouasie, à Wamena, dans les montagnes. C'était à un moment où on essayait de prendre contact pour rejoindre une rébellion. Un mouvement rebelle composé de bouts de ficelle, de bric et de broc, d'arc et de flèches, de pétoires. C'est la préhistoire de la rébellion. Au moment où on se fait arrêter, on sort d'une maison pour rencontrer des gens qui vont nous emmener jusqu'à l'endroit où sont les rebelles.

Valentine Bourrat : J'ai été arrêtée au même moment que Thomas mais on n'a pas assisté à nos arrestations respectives. Ils l'ont emmené au commissariat, moi j'ai pu rentrer à l'hôtel parce que j'ai embrouillé les policiers. Étant une femme, je ne trempais peut-être pas dans l'affaire pour eux. J'étais totalement hystérique. Je me suis cachée dans une autre chambre d'hôtel pour appeler la production et l'ambassade. Ils m'ont conseillé de retourner à mon hôtel, où la police m'a arrêtée.

Quel est le contexte au moment de votre arrestation?

T.D. : À ce moment-là, tout le monde était sur les nerfs parce qu'il y avait des policiers qui s'étaient fait descendre quelques jours avant. Les autorités étaient super-énervées. Ils ont retrouvé leurs hommes avec le nez et les oreilles coupées. Ils étaient traumatisés. Ils voulaient faire payer quelqu'un, et on est arrivés à ce moment-là. Normalement, dans ce genre de configuration, quand tu es arrêté sans visa [de journaliste] à un endroit, on te garde 48h, puis expulsion, terminé, basta.

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Et pour vous, comment se sont passés les premiers jours?

V.B. : On a passé la nuit au commissariat, et finalement avoué au petit matin que l'on était journalistes. Parce qu'avant on disait que l'on était touristes, que l'on était venus chercher du miel chez le monsieur chez qui on était installés. Quand on a avoué, on a été transférés vers la capitale de la région en avion. Ils ont récupéré très peu de vidéos, sans le son. Ils avaient surtout des témoins et notre matériel de tournage comme preuves.

T.D. : Apparemment plusieurs personnes en contact avec nous étaient sur écoute. Cela a duré parce que l'on n'a rien lâché, aucune source, rien.

V.B. : On était retenus au centre de l'immigration, dans une salle fermée. Deux policiers nous surveillaient en permanence. Je pouvais cuisiner et de temps en temps aller faire des courses de nourriture avec un garde.

Qu'est ce que l'on vous reprochait là-bas?

T.D. : On a été condamnés pour avoir fait des travaux de journalisme avec un visa tourisme. Il faut savoir que les visas de journalisme sont extrêmement rares en Papouasie, cela prend une éternité avant d'en avoir un. La meilleure solution dans ce cas, c'est de se faire passer pour un touriste. Je l'avais déjà fait dans d'autres pays. J'ai d'ailleurs été emprisonné au Niger, à Niamey [ndlr : un mois en prison, durant lequel il risquait la peine de mort]. Partout où il y a des rébellions, les sous-sols sont riches. Au Niger c'était la même problématique. La mine d'or de Papouasie fait partie intégrante du problème. Les richesses de la Papouasie font comme souvent le malheur des autochtones.

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À quoi ressemblait votre détention?

T.D. : Les conditions étaient correctes. Ce qui est le plus dur - encore plus pour Valentine, parce que moi j'ai eu des expériences similaires - c'est de ne pas savoir comment tout cela va tourner. Il y a toujours la possibilité de passer cinq ans de sa vie en prison pour avoir abusé d'un visa de journalisme. C'est du délire. C'est difficile à encaisser, de garder les idées claires.

Pendant deux mois les choses n'ont pas bougé, on est tombé à un mauvais moment. Il y a une transition gouvernementale, le nouveau président arrive avec plein de projets, sur la voie démocratique. Au moment de notre arrestation, tous les ministres allaient être démis de leurs fonctions de toute façon dans les deux mois à venir. Ils ont laissé la situation pourrir. On n'avait pas d'info sur ce que l'on allait devenir.

V.B. : C'est l'ambassade de France qui nous a trouvé notre avocat. L'un des meilleurs d'Indonésie pour l'ambassade. François Hollande et l'Élysée ont joué un grand rôle, leur intervention à New York a porté ses fruits.

T.D. : On a senti un avant et un après rencontre entre François Hollande et l'équipe gouvernementale de l'Indonésie à l'ONU. On s'attendait à ce que le procès dure un mois et demi. Le président du tribunal nous a dit qu'ils feraient en sorte que ça soit terminé en une semaine. Ça a été un signe fort. Tout ça vient de l'impulsion de François Hollande à New York. On se demande souvent à quoi servent les mouvements de soutien pour faire libérer les journalistes. Je peux vous dire que ça vaut de l'or. À la fois d'apprendre en détention que des gens se mobilisent pour vous, et aussi parce que cela provoque l'intervention des gouvernements. C'est un moyen de levier efficace.

Suivez Virgile sur Twitter : @armellina