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Fachosphère

Lyon : comment la capitale de la Résistance est devenue « facholand »

Autopsie d’une ville où les « zids » tabassent les gens parce qu’ils osent passer devant leur bar.

par Thierry Vincent
15 Décembre 2017, 6:16pm

Photo via Facebook

La crise migratoire touche aussi l’extrême droite. Interdits de séjour à Paris pour cause des faits de violence, les membres les plus emblématiques de la mouvance identitaire ont été contraints à l’exil. Et c’est à Lyon qu’ils ont trouvé leur terre d’asile. Derniers arrivés, les gros bras du GUD (Groupe Union Défense). Une dizaine d’entre eux s’y sont installés à l’été 2016, ouvrant deux magasins dans le centre historique du Vieux Lyon - une boutique de fringues et un salon de tatouage - tous deux dirigés par Logan Djian, l’ancien leader du groupe. Une présence de plus en plus visible qui inquiète la population et révolte les antifas. En réponse, les antifas lyonnais avaient prévu une grande manifestation antirarciste ce dimanche 17 décembre. L’initiative a été interdite par la mairie de la ville mais ça ne suffira à faire descendre la colère des antifas pour qui Lyon est devenue une nouvelle terre de combat.

Lyon, fief de l’ultra droite ? À première vue, la métropole bourgeoise, engourdie entre les pentes de la colline de Fourvière et les bords du Rhône, n’est pas ravagée par l’extrémisme. Aux dernières élections, Marine Le Pen n’y a recueilli que 8,8 % des voix - soit deux fois et demie de moins que la moyenne nationale. Et bien avant, la ville a même gagné le surnom de « capitale de la résistance » pendant l’occupation allemande. Les groupes hostiles aux nazis y étaient particulièrement actifs et c’était d’ailleurs à Lyon que sévissait le plus célèbre d’entre eux : Jean Moulin.

La fac de Lyon 3 : terrain de jeu de la droite hard-core

C’est cela qu’a retenu l’histoire. Mais la ville a aussi une face plus sombre, et même franchement brune. « Lyon a une relation particulière à l’extrême droite, explique George Képenekian, le maire de la ville. Certes, c’est la ville de Jean Moulin, mais c’est aussi celle de Paul Touvier ». Chef de la milice locale, ces auxiliaires l’occupant allemand, Paul Touvier était fanatiquement antisémite et d’une cruauté sans égale. Et le patron de ville ajoute, dans un soupir de lassitude : « Et puis, il y a aussi la fac de Lyon 3… ». Effectivement, cette université a longtemps été le terrain de jeu de la droite hard-core. C’était même son ambition originelle : elle a justement été créée en 1973 dans le but affiché d’offrir une terre d’accueil aux enseignants hostiles aux idéaux de Mai 68. Parmi les profs, on trouve ainsi Pierre Vial, (un ancien du FN adepte du « racialisme »), Bruno Gollnisch (ponte du FN et ancien conseiller municipal de la ville) ou encore Bernard Lugan, spécialiste autoproclamé de l’Afrique, vantant bienfaits de la colonisation… Et aussi Robert Faurisson, cet obscur enseignant de littérature qui s’est rendu célèbre en niant l’existence des chambres à gaz nazies dans une tribune dans « Le Monde ». A Lyon 3, Faurrison était une icône pour une extrême droite qui a très vite gangrené la fac. Les étudiants militants au GUD s’y sont installés en masse et la fac est devenue leur place forte. Évidement, les gauchistes venaient les régulièrement les asticoter, et les rixes souvent très violentes ont rythmé la vie du campus dans les années 80-90.

« C’était une militante d’extrême gauche… » : quand Damien Rieu, ex-porte-parole de Génération Identitaire, justifie un acte d’agression

Mais plus récemment, les violences ont dépassé le cadre de l’université pour s’inviter dans le centre de la ville, en particulier dans le Vieux Lyon. Surtout depuis 2011, date du début de la migration des « zids » parisiens vers le Rhône avec, en point d’orgue, l’ouverture du bar « la traboule ». Lieu de recrutement informel, la Traboule est devenue the place to be pour une extrême droite « officielle » cherchant à draguer les petits jeunes. Marine Le Pen ou Robert Ménard, le sulfureux maire de Béziers, par exemple, y sont régulièrement venus boire des coups. Mais les fafs ne se contenter de picoler des bières de fabrication 100% française. Ils ont agi aussi – et violemment. Quelques mois, à peine, après l’ouverture de la Traboule, une dizaine de « zids » passent à tabac quatre militants antifascistes. L’un d’eux a eu la mâchoire fracassée à coups de bâton. L’un des agresseurs, Damien Montant, déjà condamné pour des faits de violence, a écopé de six mois de prison ferme. Quand on le rencontre aujourd’hui, accoudé au bar de la Traboule, il assume sans complexe : « les antifas nous cherchaient, je me suis défendu. Et d’abord, qu’est-ce qu’ils faisaient à côté de la Traboule ? ». Comme si le simple fait de marcher dans la rue était une provocation… Les « zids » ont une rhétorique bien à eux quand il s’agit de justifier la violence. Ainsi, quand Maxime Gaucher, un autre responsable du mouvement identitaire, a été condamné pour avoir frappé une journaliste en marge de la Manif pour Tous, Damien Rieu, à l’époque le porte-parole de Génération Identitaire, avait lancé : « Ce n’était pas une journaliste, mais une militante d’extrême gauche ! » – comme si cela excusait le geste. La liste des agressions (et des condamnations) est longue. Dernier exemple en date : le 22 septembre, l’horloger Philippe Carry, figure du Vieux Lyon et opposant historique à la vague brune, a vu la devanture de sa boutique cassée.

Mais les antifas ne laisseront pas leur ville devenir « facholand » sans réagir. Clairement, la guerre entre les deux jeunesses lyonnaises est déclarée et en coulisses, les deux camps fourbissent leurs armes, affinent leur stratégie et préparent des actions. Lyon est devenu une terre de combat. Et la manifestation de dimanche n’est qu’une première bataille.