Païen Pain Halloween
Pain traditionnel de la Samain au romarin. Toutes les photos sont de l'auteur.

Pourquoi les païens font du pain à Halloween

La fête de la Samain marque le début de l’hiver et celui d'un festin composé de pain maison et d'hydromel.
29.10.18

Pour la plupart des gens, Halloween est juste un prétexte. L’occasion de se foutre un peu la trouille en enchaînant les marathons de films d’horreur, de se mettre une grosse mite ou de s’habiller avec des fringues qu’on n’aurait jamais touchées avec un bâton à tout autre moment de l’année.

Mais dans la petite ville anglaise de Glastonbury, la fête a une signification qui dépasse les costumes de sorcières « sexoche » et le punch couleur citrouille. Notamment parce que, sur Glastonbury High Street, on trouve The Goddess & The Green Man, une boutique qui se targue de relancer les vieilles traditions païennes occidentales et un « mode de vie historique ».

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Glastonbury, Angleterre.

« Ce qu’on essaie de faire ici, c'est de ramener certaines coutumes à la vie. Il y a des choses qui ont été perdues avec le temps », explique Debs Summers-Cooper. Debs habite à Glastonbury depuis 16 ans. Elle occupe le poste officiel d’enchanteresse du magasin – en plus de la caisse.

« Si on considère le paganisme comme un très grand arbre, il y a des tonnes de branches qui en partent. Et certaines sont plus récentes que d’autres. » Summers-Cooper a été païenne toute sa vie. Plutôt versée dans la protection, elle suit le courant « magie blanche » de la religion : « Si vous devez absolument mettre une étiquette dessus », rigole-t-elle.

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Selon les données du recensement de 2011, il y a plus de 50 000 païens en Angleterre qui pratiquent des rituels remontant à perpet'. Glastonbury compte un peu moins de 9 000 habitants. Pourtant, mon hôte m'assure que la ville fourmille d'activités païennes. « Il y a une grosse communauté ici. Des gens qui vivent là ou qui viennent régulièrement », dit-elle.

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À l'intérieur du The Goddess & The Green Man.

Je suis à Glastonbury pour en savoir plus sur la Samain, une fête qui marque le début de l'hiver. « C’est une manière de célébrer la fin de la dernière récolte », explique Summers-Cooper, un panier rempli d’ingrédients à la main. « 'Lammas' ou 'Lughnasadh' est la première des récoltes, pendant laquelle le blé est fauché dans les champs. »

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Debs Summers-Cooper devant The Goddess & The Green Man.

La seconde, baptisée Mabon, correspond à l'équinoxe d'automne. C’est la récolte des fruits et le moment où l’on rend grâce. « Et puis, il y a Samain, la troisième récolte, cette fois de noix et de baies », poursuit-elle.

Pour Summers-Cooper, la Samain est la fête la plus importante de la roue de l'année. Elle est célébré le même jour qu’Halloween. Mais comme l'explique le professeur Ronald Hutton, historien spécialisé dans les traditions païennes, elle s’en distingue.

« Tout d'abord, c'est une fête joyeuse. C'est une période de l'année où il y a une abondance de nourriture, conséquence de la récolte et de l'abattage du bétail qu’on ne peut pas nourrir pendant l'hiver », souligne-t-il. « C'est un moment de profusion. »

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Mais la Samain a aussi un côté plus sombre puisque les célébrations marquent le début de la saison la plus dure de l’année : l’hiver. Pour les païens, la fête est aussi synonyme de « froid, privation, obscurité, ennui et claustrophobie ».

Les païens se tournent alors vers l'avenir en se servant de la divination et de la cartomancie pour tenter de prédire comment va se dérouler la traversée de ces mois rigoureux (voire si elle va se faire tout court).

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Et la fête en elle-même ? « Tout commence la nuit précédente, le 30 octobre. On boit de l'hydromel et on cuit le pain de la Samain », sourit Summers-Cooper qui précise que beaucoup de rituels païens s'articulent autour de la fameuse boisson fermentée.

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Le matin du 31 octobre, alors que la plupart des gens tentent désespérément de trouver un costume original avant de se mettre une caisse, la communauté païenne de Glastonbury se rend sur la Tor, une colline de 158 mètres située à la périphérie de la ville.

« La colline a une réputation un peu… mythique, faute d'un meilleur mot pour la décrire », déclare Summers-Cooper. « Il y a un labyrinthe et une vraie énergie là-haut. » Le site est doté d’une importance spirituelle au moins depuis la préhistoire. C’est sur cette colline qu’a été érigée une église en bois au XIe siècle – détruite a posteriori par un tremblement de terre.

Le soir, après une journée de récits sur la Tor et la traditionnelle collecte de noix, c'est le temps de la fête. « À la Samain, la frontière entre les mondes devient extrêmement fine. Le temps est venu d'honorer les ancêtres », sourit Summers-Cooper.

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La Samain s'enchaîne ensuite avec un repas pendant lequel on partage le pain mystique. Une place supplémentaire est prévue, mais reste inoccupée. C’est un espace réservé aux esprits. « Cette place représente les personnes que l’on a connues et perdues. C’est une manière de les honorer et de rendre grâce », explique Summers-Cooper. « Cela fait partie de la fête. »

Le pain a toute son importance. Alors que Summers-Cooper déballe le premier des trois qu'elle a cuisinés pour l’occasion – chacun est une variation d'une recette traditionnelle transmise de génération en génération – je lui demande ce qu'il faut d'autre pour faire un vrai festin de la Samain.

« Avant le dîner, on procède au rituel de la porte », explique-t-elle, alors qu'une bouffée de romarin remplit l'air et que le premier pain apparaît sur la table. « J'y ai placé cinq lanternes, une pour chaque point du pentagramme. J'ai mis aussi une pomme, du pain de la Samain, de l'hydromel et de l'eau. »

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La tradition païenne consiste à allumer les bougies avant de rendre grâce. Puis vient le temps de manger. Le premier pain que Summers-Cooper a délicatement exhumé a été confectionné avec du seigle et du romarin – ce qui explique l’odeur.

« J'utilise le romarin comme symbole du souvenir », explique Summers-Cooper. En plus de la farine blanche et du bicarbonate de soude utilisés dans la fabrication du pain, Summers-Cooper y incorpore du seigle, du cumin et du babeurre, tous les ingrédients associés à cette période de l'année.

« Si vous ne pouvez pas vous procurer du babeurre, un cidre bien pétillant marche aussi », rassure-t-elle alors que je me sers une tranche . Avant de manger le pain, la coutume veut qu’on prenne le temps de se concentrer sur sa création. On la tourne trois fois dans ses mains en récitant ; Depuis les champs et à travers les pierres, dans le feu et tandis que la roue tourne, que le pain de la Samain vous nourrisse. Et que la Déesse vous bénisse.

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Pain de Samain au babeurre.

J’attaque le pain suivant – recouvert de miel local et blindé de raisins secs et d’épices – je suis surpris de voir la quantité d’énergie mise en cuisine. Les païens ont-ils besoin d’autant de bouffe pour leurs célébrations?

« Oh, en fait, on n’en utilise qu’une petite partie pour le rituel », explique Summers-Cooper. « Le reste c’est pour les amis ! »


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

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