Au cœur du système de surveillance de la RDA
All images courtesy the artist and Loop gallery.
SURVEILLANCE

Au cœur du système de surveillance de la RDA

Le photographe Adrian Fish a été autorisé à pénétrer dans l’ancien antre de la Stasi et en est revenu avec des images d’une glaçante banalité.
3.5.17

S'il peut être difficile d'imaginer un gouvernement espionner les moindres faits et gestes de ses citoyens sans l'aide d'Internet, sachez que l'Allemagne de l'est s'en est très bien sortie dans son temps. Les archives de ce qui fut peut-être l'un des systèmes de surveillance gouvernementale les plus aboutis ont été documentées par Adrian Fish, dans sa série photo Deutsche Demokratische Republik : The Stasi Archives.

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Dans le quartier de Friedrichshain, à Berlin, les anciens locaux du Ministère de la Sécurité d'État (Stasi en abrégé allemand) s'étendent sur plusieurs blocs. La Sécurité d'État consistait alors principalement à surveiller et espionner la population d'Allemagne de l'est, tâchant de débusquer les ennemis de classe et les dissidents capitalistes.

Cette surveillance de masse a notamment été possible grâce à un vaste réseau d'informateurs civils. Les gens balançaient leurs propres voisins et toutes les lignes téléphoniques pouvaient être mises sur écoute. Avec plus de 90 000 employés à temps complet et un nombre indéfini d'informateurs officieux — on pouvait compter un indic' pour 6,5 citoyens, selon des estimations —, la Stasi a réussi à rassembler une quantité invraisemblable de données sur la population de RDA.

Toutes ces données n'étaient alors évidemment pas stockées dans des ordinateurs mais remplissaient des pièces entières d'archives. Ces dernières existent toujours, préservées à température contrôlée. Le public lambda n'y a pas accès mais les anciens citoyens de RDA peuvent demander à consulter leur dossier. Les quartiers de la Stasi sont cependant devenus en partie un musée.

Adrian Fish, photographe canadien de son état, s'est intéressé à feu l'Allemagne de l'est suite à une visite à Berlin. Il a réussi à dégoter une autorisation pour photographier les archives de la Stasi ainsi que les bureaux privés et les salles de réunions du musée de la Stasi. « Je m'intéresse beaucoup à l'idée de systèmes et d'états déchus », raconte Fish.

« L'une des choses intéressantes avec la RDA, c'est qu'elle est tombée quasiment du jour au lendemain », continue le photographe. Une des conséquences directes de cette chute brutale réside dans les nombreux bâtiments rescapés de cette époque. Les quartiers de la Stasi, assaillis par une foule en colère au lendemain de la chute du mur, ont été évacués si précipitamment qu'ils paraissent à peine abandonnés.

Fish a photographié ces lieux avec une neutralité crue, les faisant ressembler à n'importe quels bureaux des années 80. Des bureaux où « des bureaucrates prenaient des décisions ordinaires », précise-t-il encore. « Mais ces décisions avaient un impact sur la vie des gens. Elles les détruisaient. » En soulignant la banalité de la nature de cette surveillance, Fish parvient à la rendre d'autant plus réelle.

Deutsche Demokratische Republik : The Stasi Archive est à voir à la galerie Loop, à Toronto, jusqu'au 14 mai 2017. Pour retrouver le travail d'Adrian Fish, rendez-vous sur son site.