Roumanie

Un son ultra puissant a détruit les données d'une banque

Le son assourdissant produit par la libération de gaz inerte a détruit des dizaines de disques durs.

par Andrada Fiscutean
12 Septembre 2016, 9:32am

Image: Jeff Kubina/Flickr.

Le principal centre de données d'ING Bank à Bucarest, en Roumanie, a été sévèrement endommagé ce week-end au cours d'un exercice anti-incendie. Ce qu'il s'est passé est le fruit d'un phénomène extrêmement rare mais pas inconnu : c'est le son extrêmement puissant émis par le gaz inerte libéré par les pompiers qui a détruit des dizaines de disques durs. Le site est actuellement hors service, et la banque s'appuie pour l'heure uniquement sur son centre de données de secours situé à quelques kilomètres de là.

"L'exercice s'est déroulé comme prévu, mais il y a eu des dommages collatéraux", m'a expliqué la porte-parole d'ING en Roumanie, confirmant au passage les problèmes liés à l'utilisation de gaz inerte. Les clients locaux n'ont pas pu retirer d'argent ou réaliser d'opérations en ligne en 13h et 23h samedi en raison du test. "Notre équipe enquête actuellement sur cet incident", a-t-elle ajouté.

Le but de l'exercice était de s'assurer que le système d'extinction des incendies du centre de données fonctionnait correctement. Ces structures misent généralement sur le gaz inerte pour protéger leurs équipement en cas de départ de feu, étant donné que la substance n'endommage pas les systèmes électroniques et que le gaz ne fait que légèrement chuter la température à l'intérieur du centre.

Le gaz est stocké dans des cylindres, et libéré à grande vitesse à travers des tuyaux installés dans l'ensemble du centre. Selon des personnes qui connaissent bien le système, la pression au centre de données d'ING Bank était plus élevée que prévu, ce qui a eu pour effet de produire un son très puissant lorsque le gaz a été libéré rapidement à travers de très petites ouvertures (pour vous faire une idée, imaginez le son émis par une machine à vapeur à pleine vitesse).

La banque a enregistré le son, qui était proprement assourdissant. "Le son dépassait les 130 décibels, il était trop élevé pour les instruments de mesure présents sur place", m'a indiqué une source sur place.

Le son engendre des vibrations, et c'est ce qui a endommagé les disques durs. Ceux-ci ont commencé à vibrer, et les têtes de lecture-écriture ont peu à peu détruit les données stockées sur les disques.

"La procédure de déploiement du gaz inerte a sévèrement et de façon surprenante endommagé plusieurs serveurs, ainsi que notre matériel de stockage", a déclaré ING dans un communiqué de presse.

Pour l'heure, on ne sait pas exactement comment un son peut détruire un disque dur. L'une des premières expériences dans ce domaine a été menée par l'ingénieur Brendan Gregg, en 2008, quand il travaillait pour Sun's Fishworks. Il avait alors enregistré une vidéo expliquant comment le simple fait de crier dans un centre de données pouvait affecter les disques durs.

Dans le cas d'IGN, c'est comme si on avait mis des serveurs juste à côté d'un réacteur d'avion", m'a expliqué une source.

Des chercheurs chez IBM travaillent également en ce moment pour mieux comprendre comment les sons émis par du gaz inerte peuvent endommager des centres de données entiers."Les disques durs ne tolèrent presque aucune vibration lorsqu'ils sont en fonctionnement ; le moindre écart, même infime, est susceptible d'altérer toute l'écriture des données, écrivent les experts Brian P. Rawson et Kent C. Green dans un article. Les disques durs plus anciens étaient moins sensibles aux vibrations du simple fait qu'ils contenaient moins de données et que les pistes étaient plus espacées, ce qui explique sans doute pourquoi le problème n'est apparu que récemment."

Siemens a également publié un livre blanc il y a un an indiquant que les tests réalisés montraient qu'"un bruit excessif peut avoir un impact négatif sur les performances d'un disque dur." Les chercheurs affirment que cet impact négatif peut se produire à des niveaux sonores inférieurs à 110dB.

"Nous pouvons désormais établir avec certitude que les dégâts infligés par la libération de gaz inerte aux systèmes de stockage des données sont dus à un niveau sonore très élevé que les disques durs n'ont pas toléré", selon Siemens.

La banque affirme qu'il lui a fallu 10 heures pour reprendre ses opérations en raison de l'ampleur et de la complexité des dégâts. Il a fallu réinitialiser l'ensemble des systèmes sur le site. "Par ailleurs, pour nous assurer de l'intégrité de nos données, nous avons effectué une copie de l'ensemble de notre base de données avant de restaurer le système", peut-on lire dans le communiqué de presse d'ING.

L'ensemble de l'équipement présent au sein du centre va devoir être examiné au cours des prochaines semaines. Le principal centre de données d'IGN est "en grande partie" endommagé, selon une source sur place.