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On a interviewé Axel Toupane, le petit dernier des Français de NBA

Arrivé sur la pointe des pieds chez les Denver Nuggets au mois de mars après s'être fait remarquer en D-League, le Français voudrait bien continuer à vivre son rêve NBA.

Nous sommes en 2013. Après deux saisons à Strasbourg, Axel Toupane tente sa chance à la draft dans l'espoir de rejoindre la quintessence du basket-ball, l'élite de l'élite, la National Basketball Association. Le sort en décidera autrement, mais le natif de Mulhouse n'est pas du genre à se laisser abattre. Une Leaders Cup et une Coupe de France plus tard, remportées avec Strasbourg, l'ailier traverse l'Atlantique. Direction Toronto et ses Raptors. La Summer League et un training camp pour enfin vivre son rêve américain ? Pas pour tout de suite puisque la franchise canadienne décide finalement de s'en séparer.

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Plutôt que de revenir en Pro A, Axel rejoint la D-League, l'antichambre de la NBA, dans l'espoir de progresser et surtout de se faire repérer. Après quatre mois passés dans la bien nommée ligue de développement, celui qui tournait à 14,6 points de moyenne avec les Raptors 905, club affilié aux Toronto Raptors, a enfin atteint son objectif : il a signé un contrat de 10 jours avec les Denver Nuggets. À force de travail, de volonté et de talent, Axel Toupane convainc le club du Colorado de lui offrir un nouveau bail de 10 jours qui sera suivi d'un contrat partiellement garanti. 21 matchs et un record personnel de 14 points suffisent au bonheur de la « pépite » (traduction de nugget, ndlr) de 23 ans, qui revient pour VICE Sports sur son parcours et ses débuts en NBA.

VICE Sports : Salut Axel. La saison régulière vient de se terminer, quel bilan tires-tu de ton expérience en NBA ?
Axel Toupane : Écoute, je suis particulièrement satisfait. J'ai réalisé un objectif que j'avais depuis longtemps, à savoir intégrer le meilleur championnat du monde. Depuis mon arrivée, ça se passe super bien pour moi. J'ai réussi à engranger du temps de jeu et à réaliser de bonnes prestations. Il n'y a que du positif à retenir !

Deux contrats de 10 jours, puis un contrat partiellement garanti (une seule année sur les deux est garantie, ndlr). Est-ce difficile de vivre dans l'expectative ?
Difficile oui et non. Évidemment, j'aurais préféré décrocher un contrat longue durée dès mon arrivée, mais ces contrats courts m'évitent de me reposer sur mes lauriers. C'est un gage de motivation en quelque sorte, je dois constamment faire mes preuves. Maintenant, j'ai rapidement eu des garanties jusqu'à la fin de saison, ce qui est déjà appréciable.

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Quelle est la suite te concernant ?
Tu sais, je crois qu'il n'y a rien de plus imprévisible que la NBA, surtout qu'il n'y a pas encore eu de draft, ni de free agency. Mon contrat actuel me laisse malgré tout le temps de voir venir pour les quatre, cinq prochains mois. Personne peut vraiment savoir ce qui va se passer par la suite. On avisera au moment venu.

Retour en 2013, tu tentes ta chance à la draft, sans succès. Dans quel état d'esprit étais-tu à ce moment-là ?
J'étais particulièrement déçu, mais les échecs font partie de la vie d'un sportif. Il fallait simplement se remettre au boulot et garder espoir. Il ne faut pas dénigrer la Pro A pour autant. Ça reste un championnat professionnel qui m'a beaucoup apporté. J'ai débuté dans l'élite française vers 18, 19 ans et j'ai pu me frotter à de nombreux joueurs confirmés, dont des Américains. J'ai engrangé de l'expérience, qui ne pouvait qu'être utile pour ma progression.

J'imagine que ton père (Jean-Aimé Toupane, ancien joueur et entraîneur de basket, ndlr) a eu un rôle important dans ta carrière ?
Super important même ! Il a vraiment un rôle de conseiller au quotidien. On échange tous les jours, que ce soit à propos du basket ou non. Forcément, comme il connait bien le milieu, ayant été professionnel, ses mots sont d'autant plus légitimes. Tout mon entourage, que ce soit ma famille ou mes amis proches, a été derrière moi pour m'encourager depuis le début. J'essaie à mon tour de leur rendre la pareille autant que possible.

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Avec un père dans le milieu, ça tournait beaucoup autour du basket, mais y a-t-il un autre sport que tu apprécies ?
J'adore le foot ! Avec mes frères, depuis qu'on est tout petit, on supporte le Paris Saint-Germain. J'essaie de regarder leurs rencontres dès que possible, mais avec le décalage horaire, ce n'est pas évident, on est souvent dans l'avion aux horaires de matches. Jusqu'à il y a peu, je jouais pas mal à FIFA aussi !

L'année dernière, tu touches du bout des doigts ton rêve en signant chez les Raptors. Finalement, tu n'es pas conservé et signes en D-League. Quelle image avais-tu de ce championnat ?
Très honnêtement, je ne connaissais pas trop. Mon jugement était un peu faussé puisque la D-League, méconnue en France, est souvent critiquée. Sans doute la faute à quelques joueurs américains passés par là, qui arrivent ensuite en France à reculons et dont le niveau laisse à désirer. On rejette la faute sur la D-League, qu'on juge moyenne, alors que c'est tout le contraire !

Agréablement surpris donc ?
Plus que ça même ! Collectivement, ce n'est pas forcément la folie, mais individuellement, c'est très fort, l'objectif étant avant tout de se montrer pour rejoindre définitivement la NBA. Quand tu y regardes de plus près, beaucoup de jeunes y ont fait un passage pour s'aguerrir avant de jouer en NBA. De grands noms ont aussi évolué en D-League. L'exposition médiatique est immense. Ce n'est pas un hasard si les franchises NBA ou de grosses écuries européennes signent des joueurs issus de ce championnat.

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Raconte nous comment tu as appris que tu allais signer en NBA.
Tout au long de l'année, il y a de nombreux échanges entre les agents, les coachs… On entend pas mal de choses. Je savais qu'il y avait des contacts me concernant. Tout le monde surveille tout le monde à ce niveau-là. J'espérais que ça arrive rapidement. Concrètement, j'ai appris la nouvelle alors que j'étais au restaurant avec des amis. Mon agent m'a appelé pour me dire que les Denver Nuggets me voulaient et que je devais prendre le premier avion le lendemain matin. Comme je te l'ai dit, tout va très vite en NBA.

Maintenant que tu es un joueur NBA, ça ressemble à quoi une journée type pour toi ?
Déjà, il faut savoir qu'en termes d'infrastructures, de prise en charge de l'équipe, d'organisation des déplacements, c'est vraiment le top du top, il n'y a aucun équivalent dans le monde. Une journée type ? Après une bonne nuit de sommeil, direction la salle, où on peut prendre le petit-déjeuner - on est traité comme des rois - le coach est à disposition donc je viens régulièrement plus tôt pour échanger avec lui et travailler individuellement. On enchaine avec une séance vidéo, puis l'entraînement en lui-même. On reste régulièrement shooter après. Enfin, je rentre généralement faire une sieste avant de rester tranquille chez moi ou de voir Joffrey.

Justement ! Signe du destin improbable, tu te retrouves aux Denver Nuggets avec un certain Joffrey Lauvergne, ton ami d'enfance, un rêve de gosse j'imagine ?
C'est clair ! Avec Joffrey, on se connait depuis qu'on a 4, 5 ans. On a commencé ensemble en poussins et on a joué dans la même équipe jusqu'en minimes. À cette époque, on regardait la NBA à la télé, on s'y projetait et espérait un jour y jouer ensemble. Aujourd'hui, c'est le cas, c'est assez incroyable, surtout quand on sait que nos pères jouaient déjà dans la même équipe en France. Notre histoire est inédite, c'est le moins que l'on puisse dire.

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Tant qu'à faire, c'est lui qui t'offre ton premier panier, un dunk face aux Knicks de New- York.
J'imagine qu'on doit être lié quelque part (sourire). C'est vrai que, pour l'anecdote, c'est plutôt sympa de se dire que c'est Joffrey qui m'a fait l'assist pour mes premiers points en NBA.

Sa présence a forcément aidé ton intégration, non ?
On ne va pas se mentir, c'est toujours plus facile quand t'as quelqu'un qui parle français - c'est aussi le cas d'Emmanuel Mudiay d'ailleurs - ça te permet d'avoir des repères dans le vestiaire. Maintenant, que ce soient les joueurs, le staff ou les employés du club, tous m'ont super bien accueilli. Je m'entends franchement bien avec tout le monde. L'intégration dans le groupe et l'adaptation à la vie américaine ont été plutôt faciles finalement.

Joffrey fait partie du groupe France, espères-tu le rejoindre prochainement ?
C'est évidemment un objectif. Le coach et le staff sélectionnent les joueurs en fonction de leurs performances. À moi de faire en sorte que ça se déroule bien avec Denver et on verra par la suite. Je n'ai pas vraiment de contrôle là-dessus. Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, il n'y a eu aucun contact avec l'Équipe de France.

Revenons sur ton premier match en NBA. T'as bien dormi la nuit d'avant ?
(Rires) J'ai dormi comme un bébé ! Plus sérieusement, je n'ai ressenti aucune appréhension particulière ou quelconque stress. Depuis que j'ai quitté la France pour Toronto, je côtoie régulièrement des joueurs NBA, ce qui m'a non seulement permis de progresser mais également de ne pas être intimidé. J'étais bien préparé. Et puis surtout, je ne réalisais pas encore ce qu'il se passait. Dès qu'on a fait appel à moi, je suis rentré sur le terrain, j'ai essayé de développer mon jeu et j'ai donné tout ce que j'avais, sans réfléchir.

Axel en défense face au King James. Photo Ken Blaze / USA TODAY Sports

Qu'as-tu fait de ton premier maillot ?
Je ne suis pas du genre à encadrer mes maillots pour les accrocher aux murs et en faire une sorte de trophée. Je préfère les offrir à mes proches, à ceux qui me sont cher. Je le donnerais sans doute à mes parents.

Comme à Strasbourg, tu portes le numéro 6 en NBA. A-t-il une signification particulière pour toi ?
Si tu veux tout savoir, à la base, j'évoluais toujours avec le numéro 8 quand j'étais jeune. La raison ? C'était non seulement celui que portait mon père quand il jouait mais également celui de Kobe Bryant, que j'ai toujours admiré. Kobe a ensuite opté pour le 24, à l'origine de mon choix du 6 (2+4). Depuis je conserve ce numéro.

Tu as pris part à une vingtaine de rencontres depuis ta signature chez les Nuggets, quel adversaire t'a le plus impressionné ?
Difficile d'en sortir un du lot… Depuis mes débuts en mars, j'ai rencontré Kevin Durant, Russell Westbrook, Lebron James, John Wall, Dwyane Wade. C'est impressionnant à quel point ces gars-là sont forts. Même contre des franchises un peu moins huppées, l'ambiance et le niveau restent spectaculaires. Maintenant si je ne devais en sortir qu'un, je dirais Kobe. J'ai eu l'honneur de l'affronter lors de sa dernière saison en NBA. J'en parlais avec Evan (Fournier) d'ailleurs récemment, qui me disait qu'en quatre ans, il ne l'a pas joué une seule fois, alors que moi, en deux trois mois, j'ai pu le faire. C'était un moment mémorable.