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Une chronologie des femmes tueuses en France

Poison, scie, hache : un historique de toutes les fois où des femmes ont décidé de supprimer leur mari.

par Sandrine Issartel
31 Mai 2016, 5:00am

Il y a des femmes qui ne se sont pas faites pour la vie de couple. En tout cas pas trop longtemps. Quelques-unes sont parvenues à se débarrasser de leur époux encombrant ou de leur conjoint infidèle, bouleversant par-là même les codes sociaux attribués aux femmes.

S'il était un temps admis de penser que les femmes étaient prédisposées à la pratique de l'empoisonnement à l'aide de produits domestiques, l'histoire de la criminalité féminine démontre qu'elles sont tout aussi capables de manier l'arme à feu, le couteau de cuisine, la hache ou la meuleuse. Et ce, sans pour autant être contrainte d'y recourir pour se protéger ou se défendre.

Certes, les femmes ne représentaient, en septembre 2015, que 3,2 % de la population carcérale française. Néanmoins, quelque 16 % d'entre elles étaient placées en détention pour avoir commis un assassinat prémédité – contre 7 % des hommes.

Car les femmes dont il est question ici sont des criminelles. D'authentiques tueuses qui n'ont rien d'une Alexandra Lange – acquittée pour le meurtre de son mari violent –, ni d'une Jacqueline Sauvage ou d'une Sylvie Leclerc, condamnées respectivement à 10 ans à deux reprises et 9 ans d'emprisonnement, pour avoir abattu leur mari et conjoint dont elles disaient être « les victimes ».

S'il apparaît que les victimes des criminelles féminines se trouvent plus souvent dans le cercle des proches que celles des hommes, on voit aussi qu'aucune distinction concernant les mobiles ou les modes opératoires entre hommes et femmes ne tient réellement la route. En effet, une femme peut délibérément abattre un homme. A fortiori, lorsqu'il s'agit de son mari, de son conjoint, de son amant ou de son ex, aussi bien par vengeance, par lassitude que par appât du gain. J'ai essayé de dresser un état des lieux de ces amantes sanguinaires.

Marie Lafarge : arsenic et lait caillé

Marie Lafarge avait toutes les raisons du monde de s'en prendre à son époux corrézien qui s'était, par le biais d'une agence matrimoniale, présenté sous son meilleur jour pour obtenir la main – et surtout la dot – de cette jeune orpheline descendant d'une grande famille. Quelle ne fut la déception de la jeune femme de 23 ans lorsqu'elle découvrit, au lendemain de son mariage en août 1839, que le château que son époux lui avait fait miroiter n'était en fait qu'une demeure délabrée, infestée de rats et que l'on disait hantée. La belle avait toutes les raisons de le faire payer très cher à son mari qui, en outre, avait refusé de la laisser partir, mais, en jeune fille bien élevée, elle avait fini par se résigner et se consacrer à la dératisation de sa maison. Allant même jusqu'à faire envoyer à son désormais cher et tendre des choux à la crème lorsqu'il est en voyage d'affaires à Paris. Le malheureux décède quelques jours après les avoir dégustés. Aussitôt la famille du défunt accuse Marie d'empoisonnement. De l'arsenic est découvert partout dans la maison, y compris dans le corps du défunt. Marie Lafarge est condamnée aux travaux forcés à perpétuité sans même qu'on lui accorde que l'arsenic trouvé au domicile eut pu être acheté pour se débarrasser des rats et que consommer des gâteaux au lait non pasteurisé ayant voyagé 4 jours dans une soute à bagage puisse être fatal.

Pauline Dubuisson : l'ex-maîtresse qu'il valait mieux ne pas éconduire

La belle Pauline Dubuisson n'a pas tellement bien pris que son amant lui signifie la fin de leur idylle au motif qu'il allait en épouser une autre. Il faut dire que Félix, à force d'être éconduit par sa maîtresse, avait fini par se lasser et trouver réconfort auprès d'une autre. Aussi, ce n'est pas animée des meilleures intentions qu'elle se rend chez lui, le 17 mars 1951, mais armée d'un revolver. « Je lui ai dit que je ne pouvais pas vivre sans lui, ensuite je ne sais plus ce qu'il s'est passé », racontera-t-elle aux enquêteurs. Trois balles abrégeront l'existence du seul homme qui lui ait résisté, tentant ensuite de se suicider en s'enfonçant un tuyau de gaz dans la bouche. Celle que la presse surnomme « l'infâme, l'orgueilleuse sanguinaire », la « Messaline des hôpitaux » – rapport à son goût prononcé pour les médecins, y compris allemands pendant l'Occupation – est condamnée en novembre 1953 aux travaux forcés à perpétuité. Libérée dix ans plus tard, elle part au Maroc où elle travaille comme infirmière, se fait appeler Andrée et rencontre un ingénieur dont elle tombe amoureuse. Lorsqu'elle lui révèle son passé, il la quitte. Désespérée, elle se suicide le 22 septembre à Essaouira.

Simone Weber, condamnée pour le meurtre de son mari. Elle a toujours nié. Photo via Wiki Commons.

Depuis le décès de son mari, Nicole Zawadski est atteinte de fièvre dépensière qu'elle assouvit en dilapidant l'assurance-vie de son défunt mari. Des meubles, des grosses voitures, rien ne semble être trop beau pour consoler cette veuve dont l'époux, Jean-Paul, major de l'armée de l'air, vient de décéder. Celui-ci est parti « de mort naturelle », selon le Dr Trouillard. Puis s'ajoute le fait qu'elle s'affiche très souvent en compagnie du même médecin. C'en est trop : une enquête est ouverte. L'autopsie révèle que Jean-Paul a été empoisonné de manière lente et régulière. Nicole et son amant, le Dr Trouillard sont placés en garde à vue. Le médecin reconnaît avoir mélangé du poison aux médicaments de Jean-Paul pour faire plaisir à celle qui était sa maîtresse depuis sept ans. Nicole nie en bloc. La mise en cause était parvenue à convaincre son amant qu'elle était battue par son mari qui, en outre, la livrait à d'autres militaires pour des parties fines. « J'ai tué un monstre qui battait sa femme », se justifie-t-il. L'enquête prouvera que Nicole était une affabulatrice. En 2001, l'amant prêt à tout sera condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Nicole en sera condamnée à 24.

Rodica Negroiu, « l'Empoisonneuse de Maxéville »

Qu'ont en commun Hermann Golstein, Gérard Helluy et Raymond Jactel ? Rien, si ce n'est d'avoir fréquenté de très près Rodica Negroiu, l'aide-soignante roumaine arrivée en France en 1985, bientôt surnommée « l'empoisonneuse de Maxéville » (près de Nancy, en Meurthe-et-Moselle). Certes Raymond est âgé de 82 ans lorsqu'il décède d'un infarctus en 1990. Ce qui semble plus suspect, c'est qu'il ait vendu sa maison en viager à cette jeune veuve d'à peine 50 ans deux mois avant son décès et surtout, que l'on ait retrouvé des traces de digoxine – un médicament pour le cœur bien qu'il ne soit pas cardiaque – et des barbituriques lors de l'autopsie. Bernard/ Gérard, quant à lui, a épousé Rodica en 1985. Il meurt en 1988, à 68 ans après avoir modifié son testament en faveur de son épouse avec laquelle il ne vivait pas. Or que retrouve-t-on dans les cheveux du corps exhumé pour les besoins de l'enquête ? De la digoxine, encore. Les circonstances du décès de son premier mari, Herman, âgé de 50 ans, en 1982, n'en restent pas moins troubles et de la digoxine est également retrouvée dans sa dépouille. Faute de preuve, l'affaire se soldera par un non-lieu. Néanmoins, l'aide-soignante sera reconnue coupable des meurtres de Gérard Helluy et de Raymond Jactel, et condamnée, en 1999, à 20 ans de réclusion criminelle. Elle continue de clamer son innocence après sa sortie de prison en janvier 2015.

Simone Weber, « la diabolique de Nancy »

Son regard pénétrant a hypnotisé la France et son aplomb a médusé le public lors de son procès devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, en février 1991, alors qu'elle était accusée d'avoir tué son ancien amant. En dépit de son allure de petite mamy bien peignée, la presse de l'époque l'avait surnommée la « diabolique de Nancy ». En juillet 1985, un avis de recherche est publié dans l'Est Républicain par la fille de Bernard Hettier, 55 ans, disparu depuis 15 jours. Le quinquagénaire entretenait une relation amoureuse avec Simone Weber, bien que celle-ci conteste aujourd'hui toute implication sentimentalo-sexuelle, expliquant qu'ils n'étaient qu'« amis ». La veille de la disparition de Bernard, Simone a loué une scie sauteuse pour effectuer quelques petits travaux de bricolage. Le soir même, une dispute éclate entre les deux amants-amis. Et plus personne ne reverra Bernard Hettier. Après avoir entendu un bruit sourd, les voisins de Simone, qui ont passé la nuit à regarder dans le couloir à travers le judas de leur porte d'entrée, disent avoir vu leur voisine descendre des sacs-poubelles remplis, toute la nuit. La meuleuse, que Simone prétend s'être fait voler, est retrouvée dans le coffre de sa voiture. Quant à celle de Bernard, rien n'explique qu'elle soit garée à Cannes (Alpes-Maritimes) dans un box loué par Madeleine, la sœur de Simone. Ces éléments rassemblés suffisent à la faire soupçonner et placer en détention provisoire. En septembre 1985, un tronc humain est découvert dans une valise lestée d'un parpaing jetée dans la Marne. Bien qu'en l'absence d'expertise génétique, le tronc ne fut jamais formellement identifié, pour l'accusation, cela ne fait aucun doute : il s'agit de celui du disparu. Simone Weber est reconnue coupable du meurtre de Bernard Hettier, en février 1991, et condamnée à la peine de 20 ans de réclusion criminelle. Libérée, en 1999, l'octogénaire partie vivre près de Cannes avec sa sœur, continue de clamer son innocence. « J'ai la preuve formelle que le tronc retrouvé dans la valise n'est pas celui de Bernard. Dans le rapport d'expertise, il est écrit qu'il a été scié. Or moi, j'avais loué une meuleuse pour effectuer de menus travaux de jardinage et jusqu'à preuve du contraire, une scie, ça ne fait pas le même travail qu'une meuleuse ! »

À Longwy, où rien ne se perd, rien ne se crée et tout se transforme

Dès le départ, l'affaire est intéressante. Dans la nuit du 21 au 22 mai 2014, à Longwy (Meurthe-et-Moselle), un homme de 80 ans est retrouvé mort dans sa petite maison ouvrière, vraisemblablement tué à coups de pilon de mortier à épices, selon les premiers éléments de l'enquête. L'épouse de l'ancien sidérurgiste, une femme de 71 ans, s'était rendue chez une voisine, immédiatement après les faits. Sur place, la police découvre le corps de l'octogénaire, déchiqueté, sur le canapé, baignant dans son sang. L'homme a été tué puis dépecé, éviscéré puis émasculé. Les enquêteurs retrouveront son nez, son cœur et ses organes génitaux en train de mijoter dans une casserole. En garde à vue, la septuagénaire, mère de 10 enfants, n'a pas précisé si elle avait goûté à sa préparation. Manifestement incohérente, elle a été placée en hôpital psychiatrique.

Germaine Godefroy : à trop manier la hache, on finit sous la guillotine

Albert Leloy et son épouse Germaine sont à la tête d'une petite entreprise de charbon à Baugé (Maine-et-Loire). En réalité, Germaine, dont l'on moque les mœurs et la moralité légères, mène une double vie et nourrit d'autres projets. Elle entend éliminer son mari et reprendre la direction de l'entreprise avec son amant, un employé de l'usine à charbon, Raymond. Début décembre 1947, l'épouse adultère demande à son amant de raccourcir le manche d'une hache et d'en affûter la lame afin que l'outil puisse être facilement dissimulé sous la cuisinière. Le 10 décembre, vers 19 heures, elle confie à Raymond l'intégralité des économies de son ménage et monte trouver son mari qui dort à poings fermés. Elle le tue, lui assénant plusieurs coups de hache au niveau de la tête. À la police dépêchée sur les lieux, elle tente de faire croire qu'elle a été agressée par des cambrioleurs qui lui ont dérobé ses économies et ont assassiné son mari. Les forces de l'ordre sont dubitatives et place l'épouse en garde à vue. Après avoir tenté de faire reposer la responsabilité sur Raymond, Germaine finit par avouer. Le 26 novembre 1948, elle est condamnée à mort, son jeune complice à 10 ans de réclusion criminelle. Le 21 avril 1949, à 5 h 50, lorsque le couperet tombe dans la cour de la prison d'Angers, Germaine Godefroy est la dernière femme guillotinée en France. Les témoins racontent que la condamnée, tirée du sommeil à l'aube, a refusé la cigarette et le verre de rhum, et que l'on a retrouvé quantité d'images pieuses dissimulées dans ses vêtements.

Yvonne Chevallier : ne jamais provoquer une femme armée d'un revolver

Le 12 août 1951, Yvonne vient d'abattre son époux, le maire d'Orléans. Au pied de leur domicile, une foule enragée réclame sa tête. Car la victime n'est pas un quidam : il s'agit de Pierre Chevallier, maire d'Orléans, médecin renommé et héros sous l'Occupation. D'autant que son existence prend tragiquement fin au lendemain de sa nomination au gouvernement comme secrétaire d'État. Fauchée en pleine gloire, l'icône de toute une ville cachait toutefois bien son jeu et son épouse était manifestement la première à en faire les frais. La liaison qu'entretenait Pierre avec une femme plus jeune avait plongé Yvonne dans un profond désarroi au point que celle-ci s'était procuré un revolver pour se supprimer. Le soir des faits, tandis qu'il prépare sa valise, une énième dispute éclate. « Si tu m'abandonnes, je me tue », aurait-elle dit. « Tue-toi donc, c'est ce que tu auras fait de mieux dans ta vie », lui aurait-il répondu avant qu'elle ne lui tire trois balles en pleine poitrine. La Cour d'assises de la Marne a estimé que la responsabilité de l'accusée était atténuée au moment des faits et a, pour cela, prononcé son acquittement, en novembre 1952.

Amélie Rabouillaud : marteau et petits morceaux

« Vraiment, je n'en pouvais plus... Tous ces mauvais traitements... Il me privait de tout », déclarait Amélie Rabillaud, toute petite femme de 53 ans, à la barre de la cour d'assises de Versailles où elle comparaissait pour le meurtre de son époux, Georges. Enfin tout de même ! Était-ce une raison de tuer Georges, un soir de décembre 1949, avec un marteau de maçon sournoisement caché sous le buffet de la cuisine, de le dépecer et de le découper en petits morceaux ? Est-ce parce qu'il était autoritaire, brutal ou avare qu'elle en a jeté les restes dans les égouts et terrains vagues de Savigny-sur-Orge où le couple vivait ? En mars 1952, la Cour d'assises des Yvelines l'a condamnée à 5 ans de réclusion, estimant que la débilité mentale dont elle était atteinte constituait une circonstance atténuante.

Manuela Gonzales, la « Veuve noire de l'Isère »

Quel chien maladroit ! Faire tomber une bougie allumée alors que son maître dort paisiblement, seul à la maison. Quelques semaines avant que son corps ne soit retrouvé à l'arrière de sa voiture carbonisé, le 31 octobre 2008, à Villard-Bonnot (Isère), Daniel Cano, chaudronnier de 58 ans, avait échappé de peu à la mort. Les analyses toxicologiques révèlent la présence de 3 somnifères différents dans son sang. Les soupçons pèsent très vite sur Manuela, son épouse, une ancienne monitrice d'auto-école, âgée de 48 ans, dont les quatre précédents conjoints ont tous été victimes de sévères intoxications médicamenteuses au point que deux en sont morts. Surnommée « la veuve noire de l'Isère », issue d'une famille nombreuse espagnole, celle qui connut son premier mari à l'âge de 17 ans, a été condamnée à 30 ans de réclusion criminelle en avril 2014 pour le meurtre du dernier. Elle sera jugée en appel, cette année, d'ici quelques jours.

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