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LE NUMÉRO DU SPECTRE ET DE LA COURONNE

La prison ou 
la castration

Une île perdue dans l'océan Pacifique a promulgué une loi en faveur de la castration chimique des délinquants sexuels.
15.1.16

Illustration de Ole Tillmann

Cet article est extrait du numéro du Sceptre et de la Couronne

En septembre dernier, l'île de Guam, perdue dans l'océan Pacifique, a promulgué une loi en faveur de la castration chimique des délinquants sexuels. Ainsi, pendant une période d'essai de quatre ans, sera mis en place un programme qui leur permettra de rester libres s'ils se soumettent à un traitement anti-androgène aux nombreux effets secondaires qui inhibera leurs pulsions sexuelles – et qu'ils devront payer de leur poche.

Certes, l'idée d'un territoire rattaché aux États-Unis qui castrerait chimiquement des dizaines de citoyens peut sonner comme barbare. Cependant, après le rétablissement de la pratique par la Californie en 1996, huit autres États américains l'ont expérimentée.

Néanmoins, la banalisation de la castration chimique ne signifie pas qu'elle fonctionne forcément pour empêcher les agressions sexuelles. Ainsi, si les responsables guamaniens affirment que leur politique réduira drastiquement les récidives, ils oublient que le Sénat ne recommande la pratique que pour quelques individus dont les crimes sont purement sexuels, et non pour ceux qui ont la violence dans le sang.

« Ils ressemblent à des législateurs qui feraient de la médecine sans avoir de diplôme », explique le docteur Frank Berlin. Pionnier dans le domaine des traitements anti-androgènes, Berlin pense que ces médicaments devraient être rendus plus accessibles à ceux qui cherchent à se les procurer et qui en ont besoin. Il rejette néanmoins les projets comme celui de Guam, qu'il conçoit plus comme une réaction tapageuse aux agressions sexuelles – comme le montrent les chiffres de 2013 publiés par le FBI, Guam a le deuxième taux le plus élevé de viols des États-Unis après l'Alaska – que comme une politique saine.

Les critiques du projet espèrent un débat qui mettra le projet entre parenthèses. Mais pour le moment, tant que rien n'aura évolué, les délinquants sexuels de l'île devront se préparer à subir un traitement castrateur probablement inefficace, inutile et capable d'abattre un cheval. À coup sûr, cela les aidera dans leur réinsertion.