FYI.

This story is over 5 years old.

Vice Blog

LONDRES - LA VIE RAVEE DE GAVIN WATSON

1.9.09

En 1989, Gavin Watson est passé du statut de pro de la culture skinhead à celui de seul mec au monde capable d'utiliser un appareil photo dans le nuage d'extas qui a enveloppé l'Angleterre cette année-là. On a parlé à Gavin de cette époque bénie où tu pouvais danser toute la nuit avec une seule pilule, des photos qu'il avait prises, et qui sont rassemblées dans son nouveau bouquin, Raving '89.

Vice : Comment t'as découvert les raves, à l'époque ?

Publicité

Gavin Watson : Tout le délire skin commençait à s'essouffler. La majorité d'entre nous n'avait pas vraiment d'autre choix que de se marier et avoir des enfants. Mais on se sentait toujours assez jeunes pour ne pas vouloir mener une vie rangée, mature. Les raves sont apparues à ce moment-là. Tous nos potes allaient à des raves, et ceux qui n'y allaient pas, on les a abandonnés en cours de route.

À quoi ressemblait l'ambiance dans ces soirées, la première fois que tu y es allé ?

Tous les skinheads venaient ensemble aux premières raves. Mon frère Neville a résisté un moment. Il avait de l'influence au sein du gang, mais au bout d'un moment, on tenait plus compte de son avis et on y allait quand même. On lui disait : « désolé mec, mais on va à la soirée ». Il a résisté quelques mois. C'était complètement nouveau, on était sur le cul. C'était comme une révolution. Il y avait un sentiment d'urgence. Tout le monde était impliqué. C'était important – on a manifesté à Londres et on a fait changer les lois sur la vente d'alcool. Si ç'avait été un truc purement issu des classes populaires, ils nous auraient défoncés. Mais c'était pas le cas, il y avait des gens issus des classes moyennes et même des putain de nobles qui allaient à ces raves. Tout le monde était impliqué, ils ne pouvaient pas nous arrêter. La police ne comprenait pas. Ils n'avaient jamais eu à faire à des centaines de personnes, qui passaient un bon moment dans un champ.

Publicité

Ils devaient savoir que des drogues circulaient.

On savait peu de choses à propos de l'ecstasy avant cette déferlante, c'était même pas illégal. Très vite, toutes les règles ont changé. Mais à l'époque, c'était une drogue destinée aux psychothérapeutes. C'était pas comme l'héroïne, où on peut voir les dégâts. Les flics pensaient tous qu'on était sous acides. C'était des moments bizarres. Il y avait ces mecs qui bossaient comme des chiens pour que les raves aient lieu, et je leur étais très reconnaissant.

Est-ce que tu étais autant impliqué dans les raves que tu l'étais dans le mouvement skinhead ?

Je suis vraiment une personne enthousiaste, mais je n'étais pas à fond dans le truc pour autant. C'était vraiment un soulagement. Ça ne coûtait pas grand-chose d'y aller, mais c'est pas comme si j'avais décidé tout d'un coup de mettre un t-shirt avec un smiley et un bandana pour « devenir un raver ». C'est juste arrivé, le reste m'est tombé dessus avec. On avait toujours nos potes skinheads, mais tout avait changé, vraiment. Ça n'a pas été très compliqué de faire la transition.

Quel était le mauvais côté ?

C'était facile pour nous tous, parce qu'on était déjà hors de la société. En fait, se rendre à des raves nous a même fait devenir plus mainstream. Mais parmi les mecs avec lesquels je suis allé à l'école, certains s'étaient mariés à 18 ans et avaient des enfants, et quand tout ce truc des raves a émergé, ils ont pété un câble. Ils ont perdu leur maison, sacrifié leur mariage, leurs vies se sont effondrées. Les mecs ne savaient pas quand la fête était finie. Les drogues avaient pris le dessus.

Publicité

Raving'89 est sorti le mois dernier chez DJhistory.com

Je suis allé à l'école avec ces mecs. Ils étaient à fond dans le reggae, mais c'était un peu comme les skinheads : tout le monde a mis sa loyauté de côté pour aller s'amuser. Dans son ensemble, le mouvement a vraiment mis en avant le fait que les gouvernements détestaient la liberté, ou n'importe quelle forme d'expression. C'était rien de plus que des mecs en train de danser dans un champ, sans boire d'alcool et le gouvernement ne pouvait pas supporter ça, ils ne savaient pas comment gérer le truc. Je pense que le fait qu'il n'y ait pas d'alcool était la chose qui les effrayait le plus.

Les taz qu'on prenait coûtaient dans les 30 € l'unité – il y avait pas tout ce délire débile de prendre 80 cachets dans la même soirée. On en prenait juste un bien puissant, et on était bons pour la nuit. Il y avait très peu de dégâts, les mecs ne perdaient pas leur bras à cause d'une héroïne de merde, ou ce genre de choses. Les journaux de l'époque sont devenus fous en parlant de ces soirées. Mais le mieux, c'est qu'ils avaient tout faux. Ils voulaient tellement trouver le maximum de choses à dire qu'ils parlaient même des papiers dont on se servait pour emballer l'ecsta quand ils en trouvaient. Pourtant, pas la peine de préciser que personne ne prenait d'acide aux raves « acid house ».

Pour la plupart des flics, ces soirées étaient une aubaine. Ils ont vidé les centre-villes de tous les problèmes, du coup, ils nous disaient souvent où étaient les raves, juste pour être sûrs qu'on se casse et que leurs villages ne soient pas envahis de voitures et de mecs paumés. Mais au bout d'un moment, les lois ont changé et ils ont eu le droit de confisquer l'équipement et tout le reste. Enfin, toutes les soirées qui étaient annulées l'étaient sans aucune violence. En général, les flics faisaient ça presque en s'excusant, du moins au début. INTERVIEW DE BRUNO BAYLEY PHOTOS DE GAVIN WATSON