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Pires que les Femen : les masculinistes

Une anatomie des militants les plus bornés de tous les temps.
1.7.14

Illustration de Nick Gazin

Le masculiniste est gentil, et les femmes n'ont jamais voulu des gentils garçons - cela étant dû au fait que la gentillesse soit rarement l'une de leurs qualités. Elles sont bornées, obsédées par leur statut social et matérialistes. Ce qu'elles veulent, ce sont des hommes qui ont une grosse voiture et un énorme pénis - c'est-à-dire des types loin de les comprendre aussi bien que ce gentil garçon. Il suffirait qu'elles lui prêtent attention pour qu'il se rende compte de ce qu'il vaut. Au lieu de ça, elles l'ignorent, trop occupées à regarder leur propre reflet dans le miroir ou à sucer la bite de mecs qui ne valent rien.

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Si elles ne veulent pas du gentil garçon, pourquoi lui les désire-t-il ? La réponse est simple : il pense les mériter. Il est gentil, après tout. Merde, vous savez combien de fois il a fini dans la friendzone ? Essayez d'imaginer la souffrance qu'il a connue et pensez à toutes les fois où il a dû consoler des filles qu'il aimait secrètement après qu'un autre homme les ait fait pleurer. Il mériterait au moins une branlette, histoire de compenser. Mais non, on ne lui donne rien. Pas même une branlette. Et il n'en peut plus.

Il n'en peut plus d'être persécuté parce qu'il a eu le malheur de naître dans un monde de privilèges qu'il ne peut pas changer seul. Il ne peut rien faire, encerclé qu'il est par des hordes de harpies qui le tourmentent et l'accusent d'être le problème. Mérite-t-il ce mépris ? Ce n'est pas lui, le problème ! Bon sang, il est la solution ! Mais personne ne l'écoute. Pourquoi ? Ils ont peur de la vérité, les lâches. Vous n'êtes que des moutons. Réveillez-vous, rumine-t-il en secret.

Oui, ça lui arrive de porter un chapeau à la Indiana Jones. Et alors ? Pourquoi les gens se moquent-ils ? Il a une tête à chapeau, et il l'assume. Et son bouc ? Il y a des gens à qui ça va, d'autres non ; lui, il fait partie de la première catégorie. Quand il se rase, il ressemble à un gamin. Mais avec son bouc, il ressemble à l'homme qu'il est vraiment.

Il n'a pas beaucoup de followers sur Twitter, et il s'en fout. Il ne cherche pas l'attention. Bon, OK, peut-être que si, mais disons qu'il ne cherche pas à attirer l'attention sur sa personne. Il se moque de son paraître en ligne, son pseudo n'est qu'une suite aléatoire de caractères et il n'affiche pas de photo de lui en avatar. Il a compris que son existence en tant qu'individu n'avait pas d'importance : s'il tweete, c'est pour défendre une cause.

Il tweete pour défendre la vérité et la justice. Il tweete pour dire ce qu'on ne cesse d'empêcher les hommes de dire. Par exemple, que [telle fille] est une conne qui ferait mieux de la fermer. Il le tweete directement à la conne en question, parce qu'il est important qu'elle sache qu'elle est conne. Il lui rend un service, après tout : personne d'autre n'a osé le lui dire.

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Il écrit sans relâche au web entier. Il y trouve le même vide infini que celui qui le sépare de l'objet de sa convoitise - à savoir ces connasses inaccessibles qu'il n'a de cesse d'approcher, d'aimer et de tenter de se mettre dans la poche.

Le con de ces connes, voilà le graal inatteignable à l'origine de son amertume et de son ressentiment. Faute de pouvoir en approcher un, il continue à poster des articles sur son blog pour expliquer au monde que les violences domestiques concernent autant les hommes que les femmes, que la culture du viol est un mythe, monté de toutes pièces par des filles inviolables (c'est-à-dire des grosses), que le « plancher de verre » existe et qu'il est bien pire que le plafond de verre, que les hommes sont discriminés dès qu'il s'agit de la garde des enfants après un divorce, etc. Ses articles sont toujours accompagnés de photos trouvées sur des banques d'images gratuites et montrent des hommes et des femmes souriants et respectueux les uns envers les autres. Bref, aucun rapport avec le contenu des articles.

Quand il n'écrit pas, il partage ce que d'autres ont écrit. Lui et ses semblables se retrouvent ensuite sur des pages comme The Red Pill, un forum de discussion sur les relations entre hommes et femmes « dans une société où les hommes ne savent plus à quoi s'identifier ».

Ivre de vérité, il s'adonne à de la philosophie de bas-étage qui le libère autant qu'elle le révolte. Il écrit, écrit, écrit encore et encore, jusqu'à ce que ses poignets lui fassent mal. Il a les yeux ouverts sur notre société, et personne ne pourra les lui fermer. Il a atteint la forme ultime de l'existence. Il voit et sait tout. Un tel savoir et un tel pouvoir sont un lourd fardeau. Parfois, il regrette même cette terrible condition. Néanmoins, ce sentiment s'envole dès qu'il se remet à écrire des choses importantes, des choses vraies, avec ses amis forumeurs. Eux seuls le comprennent.

Matrix est son film préféré. Pour lui, aucune œuvre n'expose mieux la réalité de l'existence et l'ignorance du monde. Ayn Rand elle-même n'a rien écrit de mieux. Certes, c'était une femme, mais elle aussi détestait les femmes - et c'est pour ça qu'il l'adore. En plus, elle écrivait bien. Son seul regret, c'est qu'elle était moche.

Il n'hésitera pas à expliquer à une femme, sans ironie mais avec toute sa condescendance machiste, ce qu'est le féminisme. « Le féminisme, c'est l'égalité, et je ne veux rien d'autre que ça », dira-t-il. Mais il en a marre que les femmes contrôlent tout. Il en a marre d'être diabolisé parce qu'il a eu le malheur de naître homme. Il en a marre d'être incompris. Il en a marre, un point c'est tout.

Il expliquera que les femmes n'ont pas de raisons d'avoir peur de rentrer seules la nuit, que c'est irrationnel. De toute façon, si elles se font violer, que peuvent-elles y faire ? Le viol est une pratique courante dans le règne animal, et nous sommes des animaux. C'est naturel. Quand les hommes violent - et ils le font beaucoup moins que ce qu'on essaye de faire croire -, ils ne le font qu'en raison de leurs instincts les plus primitifs, qui rendent le viol inévitable. Pour lui, le viol est une épreuve comme une autre de la vie.

Il a certainement quelque chose à dire en réponse à ce qu'il vient de lire. Et il va le faire, parce que je n'ai aucun droit de l'en empêcher.

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