Comment et pourquoi j’ai renoncé à la foi chrétienne
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Comment et pourquoi j’ai renoncé à la foi chrétienne

L'histoire de ma famille catholique et de ma longue et douloureuse apostasie.
7.7.15

Comme presque un millier de personnes par an en France, j'ai rédigé une demande de débaptisation. Avec celle-ci, je renonce désormais publiquement à une religion. Issue d'une famille catholique, je suis en train de rédiger ma lettre ; la maison chrétienne n'est plus pour moi.

Du grec « se tenir loin de », l'apostasie est l'action de renoncer publiquement à la foi. Évidemment, je ne prends pas autant de risques que Waleed Al-Husseini, ce jeune homme palestinien de 25 ans emprisonné et torturé pour avoir renoncé à l'Islam. Car si l'apostasie est encore considérée par certains comme un péché mortel et condamnée de la peine capitale dans beaucoup de pays, en France la seule conséquence de l'application d'une demande d'apostasie à la religion chrétienne est, selon le droit canonique, canon 1184, « la privation de funérailles chrétiennes ». Je devrais pouvoir m'en remettre.

Si comme moi vous avez été reconnu par l'Église entre 1983 et 2009, il vous est désormais impossible de voir votre patronyme totalement rayé du registre des baptêmes. Seule chose, la mention « radié » figurera à côté de votre nom. Est-ce légal ? Pas vraiment. La loi relative à l'information du 6 janvier 1978 stipule pourtant qu'à la demande de l'individu, toute information détenue à son sujet doit pouvoir être « effacée ». Le droit canon aurait-il plus de pouvoir que le droit civil ? Impossible d'être définitivement radiée de ces registres ?

La question commençait à sérieusement me trotter dans la tête. Après moult appels en vain à la conférence des évêques de France ainsi qu'à l'évêché de la ville où je vis, ma question demeurait sans réponse. J'ai donc été contrainte de surfer sur la vague des queeks de bénitiers. J'ai épluché de nombreux sites de sectes, de propagande religieuse et ai fini par tomber sur une partie de ma réponse sur le site « Cybercuré.fr » : « Le sacrement de Baptême ne s'annule pas, il s'agit d'une réalité spirituelle qui appartient à Dieu dans le cœur duquel votre nom est inscrit. » OK.

La culture chrétienne, j'ai grandi dedans. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne peux pas l'oublier, et je ne veux pas la renier car elle fait partie des traditions de ma famille. Baptisée à un an, j'ai fait mes classes sur les bancs du catéchisme. Je suis même allée jusqu'à la profession de foi. Pourquoi ? Parce que c'était « comme ça dans la famille », comme on m'a toujours dit. Sans poser de question, mes frères, mes cousins, mes cousines, avons tous suivi ce modèle. Je ne fais pourtant pas partie d'une famille très catholique mais disons, catholique de tradition. Les messes en famille c'est pour les mariages, les enterrements – et les baptêmes.

En faisant cette démarche aujourd'hui, je ne souhaite pas renoncer à la spiritualité. Je souhaite renoncer à appartenir à une famille religieuse. Je ne suis pas anti-catho, ni anti-religion. Je ne m'y retrouve simplement pas. Voilà. Je crois en l'être humain. Je me détache d'un groupe pour être libre de croire en ce qui m'est propre, quitte à faire un mélange spirituel de toutes les religions. Ou ne rien faire.

C'est lorsqu'a débuté le mouvement de la Manif pour tous que mon idée de ne plus vouloir appartenir à la maison chrétienne s'est figée. Voir toutes ces familles brandir le nom de la religion pour appuyer leurs propos haineux m'a donné la gerbe.

De même, je ne pense pas être une personne atypique ou une éternelle adolescente rebelle. Mais je ne cache pas non plus que mon engagement féministe y est pour beaucoup dans cette décision. C'est lorsqu'a débuté le mouvement de la Manif pour tous que mon idée de ne plus vouloir appartenir à la maison chrétienne s'est figée. Voir toutes ces familles brandir le nom de la religion pour appuyer leurs propos haineux m'a donné la gerbe.

Il m'est aujourd'hui difficile de me dire que je suis la disciple d'une église commandée par des hommes, qui continue d'interdire le port du préservatif alors que le sida tue des millions de personnes chaque année. Une église qui condamne l'homosexualité, les personnes transgenres et l'avortement. Pour toutes ces raisons, il m'est apparu totalement incohérent que mon nom figure encore sur des listes de baptême.

Puisqu'environ un million de personnes sont apostasiées en France, la question ne doit pas être seulement religieuse. Elle est aussi politique. Généralement quand on aborde ce sujet, les gens vous regardent avec des yeux ronds, et vous sortent l'éternel « non mais en France depuis 1905 il y a la séparation de l'Église et de l'État ! » Ouais, sauf qu'aux nouvelles on vous annonce aussi que le gouvernement a reculé sur la loi sur la famille suite aux pressions des « manifestations successives » ; vous réalisez alors que lesdites manifestations sont celles de la Manif pour Tous et de l'inénarrable Jour de colère, orchestré par les plus extrémistes catholiques du pays. Alors bon, la séparation de l'Église et de l'État elle a bon dos. Pour une fois qu'une loi porte un regard réaliste sur les différents modèles familiaux d'aujourd'hui, il a fallu que les intégristes s'en mêlent, et ceci n'a fait que creuser le fossé entre nous.

Dieu a une place importante dans la vie de beaucoup de personnes et c'est tant mieux. De fait, la croyance en un Dieu est capable de jolies choses. Il y a presque dix ans maintenant, j'ai voyagé en Afrique, au Burundi. Avec un groupe d'amis nous avons travaillé un été dans un centre pour jeunes du bidonville hutu de la capitale Bujumbura. Là, j'ai découvert que la religion avait un sens pour eux qui avaient connu des massacres sans nom. Souvent, les habitants du quartier nous disaient : « si je suis en vie et que j'œuvre pour la paix aujourd'hui, c'est par la volonté de Dieu ». Impossible alors de ne pas croire que la religion maintienne certaines personnes en vie. Je ne me souviens plus si c'est à ce moment-là que je me suis demandé où j'en étais moi-même avec Dieu, mais ces rencontres m'ont questionnée. Dans ma vie à moi, la religion n'avait pas autant de poids.

Au-delà du sentiment de n'avoir jamais eu le choix de la religion, j'ai compris que je pouvais revenir dessus. En discutant autour de moi, on m'a souvent dit que c'était un « acte fort ». Je n'en suis pas si sûre. C'est seulement un acte qui me permet de vivre en cohérence avec moi-même. J'aime l'idée de sentir que j'ai le choix de faire ce que bon me semble avec mon baptême. Et c'est là que tout le monde n'est pas d'accord avec moi.

La première à se lancer dans le débat a été ma mère. J'ai vite compris que les raisons que j'évoquais comme arguments en faveur de l'apostasie étaient partagées de tous et que nous étions d'accord sur le fond. Mais à ma grande surprise, la forme n'a pas pris.

L'autre bout du chemin – celui que je pensais le plus simple – vers le renoncement à la foi fut de l'annoncer à ma famille. C'était une broutille pour moi, certes, mais ce n'était pas forcément le cas pour mes parents. Car ce sont eux qui m'ont fait baptiser.

La première à se lancer dans le débat a été ma mère. J'ai vite compris que les raisons que j'évoquais comme arguments chocs en faveur de l'apostasie étaient partagées de tous et que nous étions d'accord sur le fond. Mais à ma grande surprise, la forme n'a pas pris. Un petit truc revenait à chaque détour de phrase : « mais puisque tu t'en fous de la religion chrétienne, ce n'est qu'un bout de papier : ça ne sert à rien. » Bah si. C'est plus qu'une lettre, c'est un lien qui me rattache au Vatican. En discutant autour de moi, j'ai retrouvé ici et là les arguments de ma mère. « Tu ne peux pas tout effacer », « revenir en arrière est impossible – il te faudrait changer de nom », « tu ne peux pas contrôler les choix que l'on a fait pour toi quand tu étais enfant » ou encore « tu n'as pas fait ta confirmation, donc tu ne confirmes pas ta foi – ça devrait suffire, non ? »

Les mots de mon père en revanche, m'ont fait directement comprendre les valeurs que mes parents ont voulu me donner. « Tu ferais mieux de construire au lieu de passer ton temps à déconstruire. » Je réfléchis, je cherche ; pourquoi ont-ils l'air si vexés ? Je n'abandonne pas ma famille que je sache ; je ne veux juste plus appartenir au bataillon de grenouilles du pape.

Comme un chemin tout tracé dans la tradition catholique française, la plupart des familles d'Hexagone choisissent de faire entrer leur progéniture dans ce patrimoine. C'est une belle offre qui est faite à l'enfant – mais à l'adulte ? Je suis aujourd'hui toujours dans l'attente d'une réponse de l'évêché de Paris où j'ai été baptisée. Peut-être n'aurais-je jamais de retour, mais une petite idée me reste derrière la tête ; si toutes les personnes ne souhaitant plus appartenir à la maison chrétienne le faisaient savoir par une apostasie, l'Église aurait-elle toujours le même pouvoir ?