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BRESIL - J.L. BENICIO EST L'HOMME DERRIERE LA PORNOCHANCHADA

24.11.09

La Pornochanchada est l'une des meilleures choses qui soit arrivée au cinéma brésilien - en fait, peut-être la seule chose qui soit jamais arrivée au cinéma brésilien. Il s'agit d'un genre composite déconneur qui mélange certains éléments du cinéma porno classique avec d'autres idées inspirées de la comédie. Ce type de cinéma était plutôt à la mode dans les années 1970, avant de subitement disparaître quand la coke est devenue moins bonne. À l'époque J.L. Benício était l'un des mecs les plus influents de toute cette scène; c'est lui qui a illustré la plupart des affiches de Pornochanchada. On l'a retrouvé et on est allés lui poser quelques questions.

Vice : Tu as commencé ta carrière en tant que pianiste, avant de bosser dans une station de radio puis t'as fini dessinateur. Comment t'as eu le temps de faire tous ces trucs ?

J.L Benício : Certaines personnes ont des talents multiples. J'ai toujours su dessiner, puis j'ai appris à jouer du piano. Et j'en ai joué pendant des années. Mais tu vois, j'étais très jeune, presque un gosse, et je n'avais pas la moindre idée de ce que je voulais faire de ma vie - j'ai commencé à jouer vers l'âge de huit ans. J'ai même essayé de gagner ma vie en jouant du piano, notamment à la radio. J'avais une émission dans laquelle je jouais des classiques de jazz nord-américains et des trucs romantiques, tu vois.

Qu'est-ce qui t'a fait arrêter ?

Oh, je crois que j'étais fatigué. Je n'étais pas assez doué pour devenir pianiste de toute façon. J'étais plus fort en dessin et à l'époque, toutes les écoles donnaient des cours de dessin. Et comme j'adorais ça, je prenais même des cours supplémentaires.

Et comment tu t'es retrouvé à dessiner des affiches porno ?

C'est quand je me suis fait embaucher dans une maison d'édition. À l'époque, ils sortaient des magazines féminins, des bouquins de nouvelles et je devais les illustrer. Je dessinais donc beaucoup de femmes, et par conséquent, je suis devenu spécialiste en dessins de femmes. J'ai commencé à dessiner des affiches dans les années 1970.

Est-ce que les actrices posaient nues devant toi, ou t'étais obligé de dessiner à partir de photos ?

Nues ? Mais t'es fou, petit ! Je débutais dans la vie active, il n'était pas question de recevoir des femmes à poil dans mon bureau. Tout était inspiré des photos. Je les dessinais puis les peignait à la gouache. Quand j'ai commencé à bosser sur les posters de films, j'étais déjà dessinateur depuis un certain temps. J'étais déjà marié et je venais d'avoir mon fils. C'est un fantasme, cette idée que mon bureau était rempli de belles femmes nues à n'importe quelle heure de la journée. J'en ai vu quelques-unes, j'en ai même photographié certaines, mais c'était rare.

Ça existait déjà les retouches d'images à ton époque ?

Tu veux dire, amincir les formes et gonfler la poitrine des filles ? Bien sûr ! J'avais pour habitude de pratiquer une sorte de chirurgie esthétique sur chacun de mes dessins. J'enlevais les marques de cellulite, j'affinais les visages. Je les rendais bien mieux qu'elles ne l'étaient. On faisait ça pour élargir notre public.

C'était difficile de dessiner des posters de cul sous le régime dictatorial ?

La censure était partout. Mais c'était le challenge, on devait réussir à séduire le public au maximum, avec le minimum de moyens. C'est comme ça qu'on a commencé à introduire les petites fleurs et les étoiles pour cacher les endroits embarrassants - on n'avait pas le droit de les montrer. Par exemple, interdiction formelle de montrer les tétons.

Et si tu devais choisir un seul de tes posters, tu prendrais lequel ?

A Super Fêmea (La Super Femme). Le poster était très connu à l'époque. C'est devenu une référence dans mon travail. Tout le monde la connaît.

Ouais, elle est vraiment pas mal.

INTERVIEW : BRUNO B. SORAGGI