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Vice Blog

LA VÉRITÉ SUR LA VIANDE

23 août 2010, 5:17pm

Le rêve devient réalité. Les prophéties dystopiennes qui caractérisaient le cinéma d'anticipation des années 1970 et 80 sont lentement en train de se réaliser. Peut-être que je suis parano, mais j'ai vraiment l'impression que les marchés sont à présent infestés de zombies (il n'y a qu'à rentrer dans un centre commercial et regarder les visages des gens), que les dieux d'aujourd'hui sont ceux qui renversent des innocents sans raison dans la rue, et que tout le monde prend des médicaments pour tenir le coup au boulot. Et à présent, ça. De la viande synthétique pousse en silence dans d'immenses cuves en bordure des grandes villes, et apparaît comme le seul moyen de nourrir la population pour les 40 prochaines années.

Dans le jargon, on appelle ça de la « viande in vitro ». Ce sont des fibres créées en laboratoire qui ont la même odeur et le même goût que la viande classique, mais qui n'ont jamais appartenu à un quelconque animal. Les cellules sont cultivées et pétries dans des plats géants, on rajoute des fibres de muscle par dessus (en plus de divers éléments chimiques), et on remue le tout jusqu'à obtenir la consistance d'une sorte de steak ramoli. Ce qui n'est pas sans rappeler la tragicomédie quotidienne qu'est le Club Med Gym.

En effet, ça ressemble beaucoup au film cauchemardesque des années 1970 Soleil Vert, à ceci près qu'il n'y a pas des hordes de manifestants mécontents dans les rues protestant pour qu'on leur file à bouffer, parce que de toute façon, personne n'oserait faire ça n'est-ce pas ?

Toujours est-il que, même si manger des molécules de fausse viande n'a rien d'appétissant, ce n'est peut-être pas pire que certains « vrais » trucs que l'on peut acheter tous les jours près de chez soi.

Soyons honnêtes deux secondes. Quand un adulte pénètre de son plein gré dans un KFC et commande un bucket de 40 pièces de poulet, il n'a pas envie de manger de la viande ; ce qu'il cherche, c'est la mort. Il dit haut et fort, « le seul truc qu'il me reste à faire, c'est de me suicider lentement en me nourrissant de graisse hydrogénisé assaisonnée de douzaines d'herbes en tous genres connues seulement du Colonel en personne. Et le fait qu'un misérable petit animal souffre chaque seconde de sa vie dans le but unique de remplir mon estomac ne fait qu'ajouter à la misère poétique de tout ça ».

En y réfléchissant bien, le Colonel et ses poulets nucléaires peuvent nous aider à résoudre ce casse-tête apocalyptique. Dans Logan's Run, les gens sont invités (ou plutôt, forcés) à se suicider lorsqu'ils atteignent les trente ans. Des milliers de jeunes adultes, habillés de magnifiques tuniques pastels, font la queue devant un gigantesque carrousel d'où sortent des cristaux fluorescents, jusqu'au moment où la lumière s'éteint et qu'une force mystérieuse les aspire dans un invisible trou noir. On pourrait faire la même chose au KFC avec des zones de suicide désignées, sauf que les gens porteraient des costumes gris et agiteraient des os de poulet à la place.

Ça devait être cool de grandir dans les années 1970 et d'aller au ciné voir des films comme Omega Man ou THX 1138. L'horreur prophétique était la plupart du temps tout à fait plausible, mais l'histoire se déroulait bien trop loin dans le futur pour que le spectateur y croit tout à fait. La tragédie, c'est qu'aujourd'hui ces même gens sont en charge de planifier des scénarios comparables à ceux des films précités, et que même s'ils prenaient du recul, ils seraient incapables de changer quoique ce soit.

Pour autant, ce sont nous qui riront les derniers, quand nous leur ferons manger à la cuillère leur viande moléculaire alors qu'ils seront à la retraite dans leur maison de campagne. Ils boitilleront, entre deux bouchées, jusqu'aux toilettes où ils ouvriront leurs intestins et se nourriront à la paille d'une plante transgénique dont ils pourront ingérer les vitamines et minéraux nécessaires à leur survie.

« Oh comme tu es gentil de venir m'aider à manger, mon enfant.

- Dépêche-toi papa, ton poulet va être froid ! ».

NEIL BOORMAN