Fleurs et nudité : sur le tournage du nouveau clip de Tessa Dixson

La chanteuse bruxelloise et les directeurs artistiques du Vue Studio nous en disent plus sur le tournage de « Tender Me » mais aussi sur la beauté qui émane des hommes qui se battent à moitié nus.
24.2.20

Tessa Dixson (22 ans) n’est pas une artiste aux dimensions belges. Avec son accent british et son sens poussé de la mode, elle a l’air de sortir tout droit du quartier londonien de Peckham. Avec son équipe créative, elle compte bien dépasser nos frontières. On a rencontré Tessa avec Nils Van de Cauter et Marie Maite, deux de ses ami·es derrière l’agence créative Vue Studio, à la fin des trois jours de shooting pour l’identité visuelle de « Genesis », le premier album de Tessa. On a parlé de leur collaboration, du clip de son nouveau titre « Tender Me » et de la manière dont on peut rassurer ses parents quand on pose nu·e sur sa pochette d’album.

VICE : Hello Tessa, Nils et Marie. Comment vous vous êtes rencontré·es ?
Tessa : Je suivais Nils et Marie sur Instagram, et j’avais vu leur travail pour un groupe avec lequel je travaillais aussi. À ce moment-là, il me manquait d’une direction artistique pour parvenir à lier mon expérience en graphisme et ma vision de musicienne. Et je savais qu’iels réussiraient à donner vie à cette créativité. Puis en fait, il s’est avéré qu’iels voulaient bosser avec moi, c’était comme si les étoiles s’étaient alignées !

Marie : Là, ça doit faire presque deux ans qu’on travaille sur tous les aspects de l’identité visuelle de Tessa. Ça commence simplement en passant du temps ensemble et en apprenant à se connaître.

Nils : L’identité visuelle d’un·e artiste est là pour renforcer sa personnalité. Avec Tessa, c’est pas très compliqué, elle est simplement elle-même. Mais bon, on fait quand même des choix suivant ce qu’on veut montrer et ce qu’on veut garder pour soi…

Tessa : Nils et Marie ont vraiment pris le temps d’apprendre à me connaître, afin de pouvoir en faire la traduction pour le public. C’est vraiment important pour moi. C’est parfois très deep. Et trois clips et quelques singles plus tard, nous voilà prêt·es pour le premier album.

« C’est important de laisser l’artiste être soi-même et ne pas chercher à trop polir son travail. » – Marie Maite

Les réseaux sociaux ont réduit cette distance entre les fans et les artistes. Le public en attend toujours plus et les artistes sont beaucoup plus libres pour partager leur art. C’est quoi le rôle de la direction artistique dans ce contexte ?
Marie : Pour chaque artiste, on créé plusieurs collections de différentes références sur lesquels iel peut se baser. Comme ça, on garde une cohérence tout en leur laissant une marge pour s’amuser et évoluer. C’est important de laisser l’artiste être soi-même et ne pas chercher à trop polir son travail.

In front of camera

Nils : On a toujours besoin du plan de communication classique, mais c’est à l’artiste de décider pour le reste.

Marie: On peut toujours faire de la curation, mais il faut aussi oser lâcher prise.

« Pour “Tender Me”, j’ai joué avec l’idée d’une relation saine, où ton partenaire te laisse t’épanouir comme une fleur. » – Tessa Dixson

Vous venez de passer trois jours de shooting pour l’identité visuelle du projet et, notemment pour le clip de « Tender Me ». C’est quoi l’histoire derrière ce son ?
Tessa : Pour « Tender Me », j’ai joué avec l’idée d’une relation saine, où ton partenaire te laisse t’épanouir comme une fleur. Mais il faut voir ce single comme faisant partie d’un ensemble. Pour « Genesis » [le titre de l’album, ndlr], l’idée d’un nouveau début était très importante ; pas une renaissance, mais quelque chose de complètement neuf. Tout ce que j’ai fait jusqu’ici est basé sur des impressions de ma vie. Ici je le vois comme le début de tout ce qui peut encore arriver.

Nils : Avec cette idée en tête, on s’est mis·es à rechercher une base pour l’identité visuelle. On a très vite établi le lien entre la renaissance, la peinture baroque et l’idée de Genesis. Pour ce clip, on s’est basé·es sur « L’Union de la Terre et de l’Eau » de Rubens. On a associé chaque chanson de l’album avec un tableau, et pour ce single, les fleurs du tableau ont tout de suite attiré notre attention.

Tessa : Quand iels m’ont parlé de leur inspiration, j’ai immédiatement cherché à contacter Kenia Raphaël, une scénographe qui travaille beaucoup avec des fleurs. J’aime beaucoup sa manière d’associer des éléments naturels et industriels.

« On adore créer collectivement, allant au-delà des frontières des différentes disciplines. Chacun·e a une vision si différente, ça peut rendre les choses intéressantes. »

Marie : Ça montre à quel point notre travail créatif est basé sur la collaboration. On adore créer de manière collective, allant au-delà des frontières des différentes disciplines. Chacun·e a une vision si différente que ça rend les choses d’autant plus intéressantes.

Nils : Au final, il s’agissait de rassembler tous ces éléments et en faire ressortir le tout avec fraîcheur, sans perdre le lien avec la peinture.

Il y a aussi une histoire dans le clip ?
Marie : Pas dans le sens traditionnel du terme. Il n’y a ni début ni fin. Le visuel soutient bien sûr la musique, mais ce n’est pas une histoire à part entière.

Nils : On a choisi l’esthétique avant l’intrigue.

Flowers

Voor ‘Tender Me’ dacht Tessa aan een gezonde relatie, waarin je partner je laat groeien als een bloem

Tessa : Dans mon travail, j’essaie toujours d’appliquer l’idée du « Show, don’t tell », pour que les gens puissent se faire leur propre idée. En restant vague, le public peut imaginer sa propre histoire. C’est cet aspect universel qui fait toute la beauté du clip, chacun·e peut le lier à sa propre vie.

Marie : On ne voulait pas perdre cette ouverture…

« Imagine-toi avoir une énorme caméra dirigée sur ton corps découvert avec une dizaine de personnes autour. Ça aurait pu être super gênant, mais tout le monde était tellement attentionné que ça ne l’était pas. » – Nils Van de Cauter

Y a-t-il quelque chose que vous allez toujours associer avec ce shoot ?
Nils : Quand d’ici un an on regardera le résultat final, on se rappellera d’office de ces journées. Certain·es trouveront notre manière de travailler bizarre, mais on a pris l’habitude de demander l’avis de chaque personne qui travaille sur le plateau.

Marie : J’aurai toujours du plaisir en repensant à toutes les personnes créatives qui se sont mises ensemble pour tout créer. On a tous appris les un·es des autres, c’était une bonne ambiance.

Tessa : Tout s’est super bien passé ! Ce n’est pas toujours facile de trouver des personnes avec qui on peut travailler avec tant de facilité. À un moment du tournage, j’ai cru que j’allais pleurer. J’étais émerveillée de voir que tous ces gens étaient là pour m’aider à réaliser ce truc que j’avais imaginé.

Marie : On essaie tout le temps de créer une safe space où tout le monde est libre de contribuer.

Tessa : À un moment donné, j’étais couchée sur une table, nue, couverte uniquement de fleurs, c’était super intime.

Nils : Imagine-toi avoir une énorme caméra dirigée sur ton corps découvert avec une dizaine de personnes autour. Ça aurait pu être super gênant mais tout le monde était tellement attentionné que le feeling y était.

Naked with flowers

Comment tu t’es sentie durant cette scène, Tessa ?
Tessa : Je pense qu’on a tou·tes déjà vu un corps nu dans notre vie, non ? J’ai de la chance car mes parents n’ont jamais eu de problèmes avec la nudité. J’avoue qu’il y a une scène où j’étais complètement nue, donc c’était intense, mais personne n’était là pour mater mon corps. D’ailleurs, quand j’ai dit à mon père que j’allais être complètement nue pour une scène, il a simplement demandé à voir une référence. Je lui ai montré une image et il m’a dit : « Ah ! Mais ce n’est pas complètement nu ça. » Ensuite je lui ai montré une seconde référence… Mais je lui ai expliqué mon intention et il a compris.

Marie : C’était pas « sexuel » comme nudité non plus. On a aussi tourné une jolie scène avec deux hommes...

Tessa : J’avais en référence deux hommes dans une position sensuelle, et pour finir, on s’est basé·es là-dessus pour faire une scène avec deux de mes amis. C’était magnifique.

Nils : J’ai pris une photo pendant le shoot et quand j’ai regardé à nouveau par après, je me suis dit : « Je ne sais pas s’ils se battent ou s’ils baisent mais j’adore ! »

Ça sonne bien homo-érotique tout ça.
Tessa : J’espère bien.

« Tender Me » de Tessa Dixson est le premier single de l’album « Genesis » qui sortira le 13 mars.

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