Illustration : vin et bouteilles de liqueur avec personnes isolées dans des verres à vin et à cocktail
Illustration : Cathryn Virginia
Drogue

Que faire si vous buvez beaucoup trop pendant le confinement ?

Personne ne vous interdit de boire un petit pack de bières chez vous en attendant la fin de l'épidémie de Covid-19, mais faites le avec modération.
08 avril 2020, 7:26am

Lundi 16 mars, aux États-Unis, dans le Minnesota, une déclaration officielle a ordonné la fermeture des bars, restaurants et de la plupart des lieux de rassemblements, pour lutter contre la propagation du Covid-19. Ce jour-là, j’ai reçu un message d’un ami : « J’ai dépensé 169 euros en tise ». En France, le Premier ministre a annoncé des mesures similaires dès le samedi 14 mars, et inquiet des excès des Français, le préfet de l’Aisne a même interdit la vente d’alcool dans son département.

Les magasins d'alcool n’étaient d’ailleurs pas inclus sur la liste des établissements qui devaient fermer, mais je comprends très bien la réaction de mon ami. J’ai moi-même écrit ce soir-là à mon copain : « J’ai acheté autant de bière que mon vélo ne pouvait en porter, et une bouteille de whisky [...] J’ai pas pris de bouffe par contre. »

Si vous buvez plus d’alcool pour lutter à votre manière contre le stress de la pandémie de Covid-19, ou si vos amis font plus de blagues que d’habitude sur leur consommation d’alcool, et bien, sachez que vous n’êtes pas les seuls ! En télétravail, isolés de tous et de toutes activités sympas pour passer le temps, comme le cinéma, la gym ou les bars, notre nouvel univers nous donne beaucoup de temps libre. Et il faut bien le reconnaître, il est facile de remplir ces heures avec une, deux, voire 12 bières.

Le désir de se saouler en période de pandémie mortelle est tout à fait compréhensible. Selon Kenneth Skale, président d’une Association de psychologie dans la région de Los Angeles, l’envie pressante de boire un (ou plusieurs) verres en ce moment est « tout à fait normale ». « Il faut bien se rendre compte de ce que les gens traversent, a-t-il dit. Il y a beaucoup d’incertitudes, de pressions financières - personne ne sait ce qu’il va advenir. »

« Quand vous vous réveillez le lendemain, vous avez la gueule de bois, le même stress que vous cherchiez à éviter, et une capacité diminuée pour y faire face » – Ryan Howes, psychologue

Selon Kenneth Skale, il y a généralement deux scénarios possibles. La consommation d'alcool vient soit remplacer les relations sociales, soit faire taire les sentiments suscités par la pandémie.
« [Généralement] quand on se sent menacé, on veut se rapprocher des autres, a expliqué Kenneth Skale. Ou alors, on veut se dérober, se détacher de ce sentiment. » Puisqu’on ne peut plus être en contact physique avec nos proches (et/ou… tout autre personne), on comprend que les gens se tournent vers l’alcool pour remplacer ces contacts, et diminuer la peur.

Même s’il est compréhensible que l’on boive plus dans une période aussi exceptionnelle, triste, solitaire et ennuyeuse, ce n’est peut-être pas la meilleure idée. « Le hic, c’est que boire de l’alcool fonctionne, [...] ça enlève un peu de stress et aide à se détendre, au moment où l’on boit en tout cas. », explique le psychologue clinicien Ryan Howes.

Mais les effets relaxants de la boisson sont temporaires et peuvent être nocifs à la longue, voire bien plus tôt, dès que les effets de l’alcool s’estompent. « Quand vous vous réveillez le lendemain, vous avez la gueule de bois, le même stress que vous cherchiez à éviter, et une capacité diminuée pour y faire face », continue le psychologue. Rappelez-vous combien il est difficile de faire la moindre petite tâche ou de gérer un colocataire ennuyeux quand vous avez la gueule de bois un jour normal.

Ce n’est pas non plus une bonne idée de boire beaucoup d’alcool si vous avez peur de tomber malade. « L’alcool tend à affaiblir le système immunitaire », selon George F. Koob, docteur en psychologie comportementale et directeur de l’Institut américain pour l’abus d’alcool et l’alcoolisme. Lors d’une pandémie, ce n’est certainement pas la meilleure chose à faire pour tuer le temps. « On est déjà vraiment exposés au virus et à l’infection, met-il en garde. Ce n’est sans doute pas une bonne idée d’en rajouter [en buvant beaucoup d’alcool]. »

Du coup, qu’est-ce qu’on entend par « excès d’alcool » dans ce contexte ? Quelle quantité peut-on vraiment boire actuellement ? Évidemment, s’enivrer n’est pas bon pour la santé, mais Kenneth Skale ne dit pas que ça soit à éviter absolument. Il n’y a pas de règles strictes, l’important, c’est de savoir se modérer. Observez votre consommation d’alcool. Est-ce qu’elle augmente ? Cela arrive souvent, et ça peut être plus difficile à remarquer si l’on est isolé ou stressé. Vous pourriez par exemple noter sur votre calendrier le nombre de boissons alcoolisées que vous consommez chaque jour.

Si vous remarquez une augmentation récente de votre consommation d’alcool, réfléchissez bien avant votre prochaine bière de 15 heures. Pourquoi avez-vous besoin de cette bière ? Si vous consommez des substances pour apprécier davantage un bon moment – un petit « skypéro » avec les amis par exemple – ou pour vous remonter le moral dans un coup dur, les experts disent que ce ne doit pas être trop grave. Mais si l’alcool est une fuite, si vous buvez pour pallier l’anxiété ou la dépression, ou si vous buvez régulièrement sans savoir pourquoi, il vaut mieux ralentir la cadence. « Si [la boisson est] utilisée comme remède, c’est un problème, a conclu Kenneth Skale. Le problème ne vient pas des sentiments. Ils sont là pour alerter, pour dire que quelque chose ne va pas. »

Ce qu’il faut faire, c’est être à l’écoute des sentiments qui vous poussent à boire et que vous essayez de noyer (désolée !), et réagir de manière adaptée avec des activités non alcoolisées. Alors oui, les conseils de développement de soi (ou de la maison) peuvent sembler bien rébarbatifs, surtout quand on a envie de boire, mais tous les experts le répètent.

Vous vous sentez seul ? Appelez des amis. Vous vous ennuyez ? Lisez un livre, cuisinez de bons petits plats, ou apprenez quelque chose de nouveau. Vous êtes déprimé ? Renseignez-vous, votre psy prend fait peut-être des consultations par téléphone ou vidéo. Ce n’est peut-être pas traditionnel, mais beaucoup le font. Si vous n’avez pas de psy ou que vous n’avez pas les moyens de vous en payer un, Ryan Howes recommande de tenir un journal. Cette pratique vous permettra « d’exprimer et de dompter vos sentiments pour qu’ils cessent de vous submerger. »

« J’ai moi-même réfléchi au côté bénéfique de l’auto-isolation et il me semble que le point positif majeur, c’est qu’on peut dire : "un jour, je vais faire [nommez la tâche], [et vraiment le faire]" », continue le psychologue. « ça peut être nettoyer à fond vos placards, scanner vos photos, regarder votre boîte de souvenirs d’enfance, ou réparer cette foutue porte qui grince. » Il peut s’agir de tout petits projets. Rayer un tout petit objectif de votre to do list peut vraiment vous aider à sortir du cercle vicieux : « Pff, je ne sais pas quoi faire, donc bon, je vais alterner [entre mes deux occupations] : regarder mon fil Twitter et faire les cent pas dans mon appartement. »

Les experts – qui sont peut-être des flics ! – recommandent une activité pour se motiver : l’exercice. « Une chose qui revient toujours dans les discours des scientifiques, parce qu’on sait que ça aide, c’est l’exercice. », a souligné Kloob. « Faire de l’exercice, ça remonte le moral, c’est bon pour tout, y compris le cœur et le cerveau ». Faire du sport à la maison ne doit pas être si compliqué : 20 minutes de yoga, quelques pompes et squats, ou un solo de danse peuvent faire l’affaire.

Personne ne vous interdit de boire un petit pack de bières à la maison. « [Mais,] si vous voulez boire pendant cette période, clarifiez bien les motivations qui vous poussent à le faire et ce que vous en attendez », a insisté Ryan Howes. « Si l’alcool ou les drogues sont vos points d’ancrage majeurs actuellement c’est que vous avez un problème », a lancé Kenneth Skale. Vous devrez peut-être accepter que rien ne « marche » au sens traditionnel pour vous calmer. Il y aura peut-être des moments où vous vous sentirez mal ou pas comme d’habitude, et ce n’est pas agréable, c'est sûr, mais cela vient des circonstances. Nous traversons une période merdique, stressante et remplie d’incertitude. Faire un tour au rayon alcool du magasin peut la rendre un peu moins merdique et stressante – du moins, temporairement – mais ça ne la rendra pas moins incertaine, et pourrait affaiblir votre système immunitaire, vous rendant plus vulnérables au virus. Alors, allez-y, buvez un petit coup, mais prenez soin de votre santé, et, comme pour tout maintenant, n’oubliez pas de penser au long terme.

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