« Notre rapport au travail sous le capitalisme peut changer, comme cela a déjà été le cas, estime Sarah Jaffe, journaliste et auteure du livre Work Won't Love You Back. La situation pourrait s'aggraver. » Aidan Harper, chercheur à la New Economics Foundation et coauteur de The Case for a Four-Day Week, estime que nous devons surmonter les normes culturelles – « le conservatisme naturel qui tend à croire que si les choses changent, ce sera pour le pire » – pour faire évoluer notre attitude vis-à-vis du travail. Jaffe et Harper, ainsi que les syndicats et les mouvements militants du monde entier, y voient une occasion de faire pression pour un changement positif. Selon Harper, la pandémie a montré aux gens que des aménagements comme le télétravail et les horaires flexibles sont tout à fait possibles.Les politiciens et les syndicats de gauche de toute l'Europe affirment que le moment est venu de passer à une semaine de quatre jours. En Allemagne, la proposition est menée par le puissant syndicat des métallurgistes, qui a déjà réussi à obtenir une réduction des heures de travail pour les employés de l'industrie. Et alors que la fortune du PDG d'Amazon, Jeff Bezos, a récemment battu un record de 200 milliards de dollars, l’Internationale Progressiste a lancé une campagne pour « Faire payer Amazon ».« Nous vivons dans le capitalisme. Son pouvoir semble inéluctable, tout comme l’était le droit divin des rois. » - Ursula Le Guin
Un employé d'Amazon portant un masque a l'effigie de Jeff Bezos, lors d'une grève pour exiger de meilleures conditions de travail. Novembre 2018. Photo : Marcos Del Mazo/Alamy Live News
Graeber a également constaté que la technologie avait créé toute une série d'emplois qui étaient, en fait, inutiles. « En Europe et en Amérique du Nord en particulier, des pans entiers de la population passent leur vie professionnelle à accomplir des tâches qu’ils croient secrètement inutiles. Le préjudice moral et spirituel qui découle de cette situation est profond. C'est une cicatrice dans notre âme collective », a-t-il écrit.James Suzman a passé une grande partie de sa vie à étudier les Ju'hoansi ; leurs rencontres brutales avec l'économie moderne à partir des années 1960 ont inspiré son nouveau livre, Work : A History of How We Spend Our Time, qui raconte l'histoire de l'humanité à travers le prisme du travail.« Des pans entiers de la population passent leur vie professionnelle à accomplir des tâches qu’ils croient secrètement inutiles. Le préjudice moral et spirituel qui découle de cette situation est profond. » - David Graeber
Dans son livre, Jaffe présente un large éventail de travailleurs luttant pour de meilleures conditions, et montre également à quel point le type d'hégémonie que Gramsci a défini reste puissant. Elle demande souvent aux gens ce qu'ils feraient s'ils n'avaient pas à travailler, et si beaucoup répondent qu’ils aimeraient passer plus de temps avec leurs proches ou poursuivre des intérêts, même les plus exploités ont tendance à insister sur le fait qu'une vie sans travail serait impossible voire impensable.Si James Suzman a écrit son livre avant la pandémie, l'arrivée de celle-ci n'a fait que confirmer ce qu’il pensait déjà, à savoir qu'« un grand nombre de nos emplois nous privent de cette satisfaction essentielle de créer et de faire ».« La réduction de la semaine de travail sera de plus en plus considérée comme inévitable, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne s’impose dans l'ensemble de l'économie. » - John McDonnell
John McDonnell. Novembre 2019. Photo : Reuters/Henry Nicholls
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