Société

Les policiers français ont des pensées suicidaires

24% des fonctionnaires interrogés par leur mutuelle confient avoir déjà eu envie de se donner la mort ou entendu des collègues le considérer.
Alexis Ferenczi
Paris, FR
9.6.21
Les policiers français ont des pensées suicidaires
Un policier, lors de l'hommage à Eric Masson à Avignon le 11 mai 2021. REUTERS / POOL - stock.adobe.com

Il y a quelques jours, une policière du commissariat de Cahors, dans le Lot, mettait fin à ses jours. La mort de la fonctionnaire, âgée d’une quarantaine d’années, mariée et mère de trois enfants, est le 16e suicide dans les rangs de la police nationale depuis le début de l’année. Plusieurs semaines avant elle, un membre de la Brigade spécialisée de terrain (BST) âgé de 26 ans retournait contre lui son arme de service. 

Lundi 7 juin, France Info et Le Monde publiaient un baromètre de la Mutuelle des forces de sécurité (MGP) indiquant que 24 % des policiers sondés avaient envisagé de se suicider ou entendu des collègues vouloir le faire au cours des douze derniers mois. Cette enquête, menée auprès d’un échantillon de 6 246 agents, souligne la « détresse psychologique » dont souffriraient 40 % des effectifs. La catégorie des 30-34 ans serait particulièrement touchée – 16 %  d’entre eux se considèrent en état de décrépitude mentale « importante », soit beaucoup plus que les 50-54 ans.

« L’effort de prévention doit avant tout porter sur les plus jeunes, qui entrent parfois en école sans avoir une idée des difficultés qu’ils vont rencontrer tout au long de leur parcours professionnel », juge Benoît Briatte, président de la Mutuelle générale de la police dans les colonnes Monde. Le quotidien rappelle que la question du suicide a longtemps été taboue au ministère de l’Intérieur. Le service de soutien psychologique opérationnel de la police n’est créé qu’après les 70 décès de 1996. L’année suivante, une étude sur le suicide au sein de la police nationale note même que « les taux policiers semblent osciller autour d'une moyenne proche du taux national (...) Il n'y a donc pas, à proprement parler, de ‘sursuicidité’ dans la police ». 

Publicité

Des chiffres réfutés depuis même si, Gaëlle Encrenaz, docteure en épidémiologie appliquée à l'étude de problèmes sociaux, précise dans Libération que « le suicide reste un événement rare. Donc la moindre variation entraîne une variation absolue très rapide du taux. » Libération exhume notamment un rapport sénatorial de la commission d’enquête relative à l’état des forces de sécurité intérieures publié en juin 2018 dans lequel on peut lire qu’un « taux de suicide anormalement élevé au sein [de] la police nationale et la gendarmerie nationale » existe. S'il « oscille autour de 14 suicides pour 100 000 habitants pour l'ensemble de la population, ce taux s'élève en moyenne, sur les dix dernières années, à 25 pour la gendarmerie nationale et à 29 pour la police nationale », notent les sénateurs.

Même son de cloche en 2010 où l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) mandate l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pour étudier le phénomène. Menée par Gaëlle Encrenaz justement, l’enquête révèle que le taux de suicide dans la police est supérieur de 36 % à celui de la population.

Si le gouvernement multiplie depuis les initiatives – création d’un numéro vert en 2019, mise en place d’une ligne d’écoute en 2020 pour les policiers victimes d’agressions, de menaces ou d’injures qui doit permettre, selon Gérard Darmanin, « un suivi plus individuel qu’il ne l’est aujourd’hui pour les accompagner dans les difficultés personnelles ou individuelles » – ces dispositifs paraissent aussi efficaces qu’un sparadrap sur une fracture.

D’après l’enquête menée par l’organisme d’assurance complémentaire santé, les raisons invoquées pour expliquer ce mal-être serait plutôt à chercher dans les conditions de travail. Les policiers interrogés insistant notamment sur le manque de temps pour accomplir leurs tâches, les difficultés à jongler entre vie privée et vie professionnelle ou l’absence d’écoute de la hiérarchie pour expliquer ces pensées.

VICE France est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.
VICE Belgique est sur Instagram et Facebook.