Du pouvoir des mots sur la perception du vin

Une étude explique que plus on entend parler d'un vin en bien, plus on est enclin à le trouver bon – même quand il est mauvais.
9.6.17
Billede via Flickr-bruger karmacamilleeon

Le monde du pinard est clairement pompeux. Qui parvient aujourd'hui à s'envoyer une bonne quille sans devoir se farcir le discours du sommelier qui ressemble à une rédaction de lycéen bourré et/ou en pleine crise romantique ? Pas grand monde. L'écrasante majorité des consommateurs se coltine toujours des phrases du genre « ce vin a un parfum et des arômes qui rappellent les sous-bois humides d'un mois d'été ». Ce qui peut parfois paraître, avouons-le, un peu grotesque.

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Et pourtant, il y a bien une logique derrière tout ce cérémoniel. Une nouvelle étude vient valider l'existence de ces descriptions adipeuses : les buveurs pensent que le vin est meilleur quand ils ont écouté, au préalable, des choses plutôt chouettes à son sujet. Les monologues fleuris – et souvent un poil exagérés – des sommeliers ont un véritable but : influencer positivement les attentes du consommateur, impacter sa volonté de boire et sa future réponse émotionnelle.

L'étude, récemment publiée par la revue Food Research International, a été menée par des chercheurs de l'université d'Adelaide en Australie. Ils ont demandé à 126 personnes qui boivent régulièrement du pinard, de déguster un chardonnay, un riesling et un sauvignon blanc de trois manières différentes. D'abord sous la forme d'un test à l'aveugle, ensuite accompagné d'une « présentation sensorielle basique » du vin et finalement avec une description beaucoup plus élaborée.

Selon l'étude, plus le buveur recevait d'information sur le vin, plus il trouvait qu'il avait meilleur goût.

Et bien devinez quoi ? Selon l'étude, plus le buveur recevait d'information sur le vin, plus il trouvait qu'il avait meilleur goût. Les participants ont même expliqué qu'ils étaient prêts à débourser un peu plus de thunes pour le pinard décrit avec moult détails.

Les chercheurs concluent : « le volume d'informations données avant de goûter le vin et leur qualité peut entraîner une augmentation des attentes chez le consommateur, une appréciation décuplée, ainsi qu'une réponse émotionnelle plus positive. Une description intelligente du vin déclenche une perception plus agréable de la qualité de l'alcool et pousse même à investir une somme plus importante. »

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Finalement, même si l'étude prouve que l'on est tous un peu des pigeons, elle justifie aussi les discours pompeux, biscornus ou alambiqués qui accompagnent la dégustation de pinard. Comme quoi, ça paie parfois de jouer les snobs.