Le studio Epic Games traîne un ado de 14 ans devant les tribunaux

Un tout jeune – mais gros – cheater se voit réclamer des dommages et intérêts parce qu'il a enfreint, à l'aide de dispositifs non autorisés, les conditions d'utilisation du jeu d'action "Fortnite". Sa mère le défend bec et ongles.

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30 Novembre 2017, 4:44pm

Un joueur de Fortnite âgé de 14 ans a longtemps cru qu'il pouvait survivre aux headshots ou voir à travers les murs sans s'attirer de problèmes. Tricheur notoire, il a toujours fait en sorte d'avoir l'avantage sur les autres joueurs quel qu'en soit le prix. Pour cela, il achetait les outils nécessaires sur des sites spécialisés et tournait même des vidéos tuto pour expliquer à son audience comment exploiter facilement quelques techniques de cheat.

Mais sa carrière de professeur de la triche s'est brusquement arrêtée : Epic Games a porté plainte contre lui et quelques autres cheaters ayant utilisé les outils en question et enfreint les conditions d'utilisation du jeu.

Il est assez rare que des tricheurs soient poursuivis en justice, mais dans ce cas, les conséquences pour les fautifs étaient prévisibles depuis des mois : les développeurs de People Can Fly et le studio Epic Games ont remarqué dès avril dernier qu'une proportion croissante de tricheurs se cachaient parmi les 12 millions de joueurs. Sur sa page officielle, Epic n'a pas hésité à menacer les fautifs. On pouvait notamment y lire : « Personne n'aime jouer avec des tricheurs. Ni vous, ni nous. Personne. (…) Démasquer les tricheurs est la priorité d'Epic Games. » Les développeurs ajoutaient qu'ils avaient déjà banni « des milliers » de joueurs par le passé, et n'avaient « aucune intention d'arrêter ».

Les tricheurs visés sont accusés par Epic d'avoir violé les droits d'auteurs et d'avoir enfreint les conditions d'utilisation. En cas de condamnation, l'amende peut monter jusqu'à 150 000 dollars (environ 126 000 euros). On ne sait pas si Epic attaquera également les personnes ayant développé les outils de triche – mais ça ne serait pas étonnant.

En ce qui concerne le procès contre les joueurs, l'âge du plus jeune accusé rend les choses un peu plus compliquées que prévues pour Epic Games : la mère de l'adolescent de 14 ans se bat en effet pour que les poursuites soient abandonnées. Dans une lettre publiée par Torrentfreak, elle s'adresse au tribunal et accuse les développeurs du jeu de chercher un bouc émissaire, afin de tenir lieu d'exemple pour le reste des joueurs.

Dans sa lettre, elle argumente en rappelant que les conditions d'utilisation, sur lesquelles s'appuie en grande partie Epic Games, ne sont pas juridiquement engageantes dans le cas d'un jeune homme de 14 ans. En effet, il y est inscrit que les personnes mineures ne peuvent installer et utiliser le jeu qu'avec l'accord de leur tuteur légal – accord qu'elle n'a jamais donné. Il n'y aurait pas non plus de violation des droits d'auteur, puisque que son fils n'a fait qu'utiliser des outils provenant d'un autre site, spécialisé dans la fourniture de dispositifs de cheat pour tous les jeux en ligne possibles et imaginables. Epic Games devrait donc selon elle se tourner vers lui, au lieu de chercher un bouc émissaire.

Grâce à des dispositifs de triche, les joueurs de Fornite peuvent se réserver des avantages non négligeables. Des adversaires à couvert peuvent par exemple être rendus visibles, ou les barres de vie affichées. Image : Epic Games

La lettre se termine par une accusation de la mère à l'encontre des développeurs : Epic Games aurait publié les noms des tricheurs, et en cela aurait violé la loi américaine, qui garantit l'anonymat des accusés. Au lieu d'entamer une procédure pour cette violation de la loi, elle affirme qu'elle sera satisfaite si les poursuites contre son fils sont abandonnées.

De son côté, Epic Games a expliqué au site américain Kotaku dans quelles circonstances la plainte contre le jeune joueur a été déposée. Leur attention s'est portée sur lui après que celui-ci a protesté par écrit contre la suppression de ses vidéos sur YouTube – des vidéos dans lesquelles il explique comment tricher dans Fornite et contourner les règles du jeu. Depuis, la chaîne n'est plus en ligne, sans que l'on sache si c'est l'adolescent ou YouTube qui est à l'origine de la suppression. Quoi qu'il en soit, Epic Games s'était servi du DMCA (Digital Millennium Copyright Act), une loi de protection des droits d'auteurs contre les violations sur Internet. Et lorsque le développeur d'un jeu invoque le DMCA, il doit également déposer une plainte visant le contrevenant.

Epic Games n'aurait donc pas eu beaucoup d'options au vue de la situation : « Dans ce cas, la loi exige de nous soit de déposer plainte, soit de débloquer les vidéos verrouillées ». Les développeurs se sont donc décidés pour la première solution. Les prochaines semaines nous monteront si, oui ou non, dans un cas de triche de la part d'un adolescent mineur, les parents peuvent aussi être tenus pour responsables.