Photographe inconnu. Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation d'Ammar Al Attar. 

La belle histoire des Émirats arabes unis, en images

Le dernier projet d’Ammar Al Attar explore les débuts de la scène photographique de la jeune nation dans les années 1970.

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déc. 7 2017, 6:00am

Photographe inconnu. Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation d'Ammar Al Attar. 

Cet article a été initialement publié sur VICE Arabie.

Quand j’entre dans son studio, Ammar Al Attar est en train de faire le tri dans le courrier empilé sur son bureau et les boîtes contenant les cassettes de ses musiciens préférés. Le reste de l’espace, à la Sharjah Art Foundation, est recouvert de douzaines de clichés – vieux comme récents. Ces deux dernières années, le photographe documentaire a travaillé sur un projet intitulé Aks al Zaman (Instants inversés). Son but est de retracer l’histoire des débuts de la photographie émiratie en examinant le développement des plus vieux studios photo du pays via leurs fondateurs et leurs archives.

Ammar a interviewé les photographes ou leur famille à la recherche de témoignages directs de leurs expériences de cette scène photographique. Il a également collectionné des images d’archives – ce qui implique de développer les négatifs qui ne l’avaient pas été – et les a numérisées dans le but de créer une collection digitale survivant au temps. Il espère que Aks al Zaman sera le premier d’une longue lignée de travaux sur l’évolution de la photographie aux Émirats.

Un mariage émirati dans les années 1970. Cette photo est issue d’une large série de photographies qu’Ammar a trouvée sur Internet. Le nom du photographe n’est donc pas connu.

Jusqu’à présent, Ammar a recensé près de 20 studios fondés par des photographes originaires d’Inde, du Pakistan, d’Iran et des Émirats. Certains ont été fondés avant même l’avènement des Émirats arabes unis en 1971. Son plus gros défi a été de trouver des informations concernant le travail de photographes influents – certains sont décédés, d’autres ont déménagé après la fermeture de leur studio.

Il peut toutefois facilement retracer l’histoire de la photographie aux Émirats grâce aux photographes qu’il a retrouvés. Ammar adore les longues interviews où il apprend quelles sont les astuces des professionnels et les obstacles culturels qui se sont posés à eux à l’époque. Il a envie que son travail soit un « reflet du sujet plus que de la technique du photographe ».

Une église catholique à Dubaï dans les années 1970. Photographe inconnu.

Pour l’instant, deux photographes sont au cœur du projet : Pret Ratnam et Abdullah Murad. Ratnam, un photographe indien originaire de Kerala qui a immigré aux Émirats dans les années 1970, avait initialement prévu de travailler dans l’industrie pétrolière, mais a fini par travailler avec son oncle dans un studio de photographie à Abou Dhabi. En 1982, en partenariat avec United Colour Film – le premier service d’impression du pays – il a ouvert son propre studio à Charjah. Une part importante des clichés qui constituent le projet sont issus des archives de Ratnam – une série de portraits et de sites historiques.

« Quant à Murad, son travail représente un tournant majeur dans l’industrie de la photographie et du film aux Émirats » assure Ammar. Murad a étudié en Europe avant de revenir aux Émirats au début des années 1970. À son retour, il a appris que les photographes envoyaient leurs négatifs à Londres ou au Liban pour le processus d’acidification et étaient de fait contraints d’attendre des mois pour recevoir leurs tirages – s’ils étaient chanceux. Il a donc décidé d’ouvrir le premier laboratoire couleurs à Ajman. « Il a changé le concept et a encouragé les gens à prendre la photo au sérieux. »

Prem Ratnam (debout, tout à droite) posant pour l’une des premières photos prises dans son studio à Charjah en 1982.

La majorité des photos d’Ammar proviennent néanmoins d’une collection qu’il a achetée sur Internet. Il ne sait pas qui est le photographe, mais après avoir examiné ses clichés, il pense qu’il s’agit d’une femme britannique qui est venue aux Émirats entre 1972 et 1976. Le stock comprend des photos de Jordanie et d’Arabie Saoudite à partir des années 1960, et même des clichés de Palestine datant des années 1950. Le photographe non-identifié a également pris en photo le tunnel Al Shindagha de Dubaï, qui est le tunnel le plus vieux et le plus emprunté de la ville.

« Le projet n’est pas qu’une question de photographie, déclare Ammar. C’est une occasion de préserver la riche histoire culturelle de la région. » Son but est d’établir une institution dédiée à la protection de l’histoire photographique des Émirats et du Golfe, « car l’histoire racontée en photos est le reflet le plus honnête du passé. » Ammar souhaite également partager sa collection via une base de données en ligne accessible à tous. « Je ne veux pas avoir le monopole de ces histoires, avance-t-il. Je veux les partager avec les gens, car ce sont des souvenirs qui valent le coup d’être partagés ».

Plus de photos ci-dessous :

Mariage émirati dans les années 1970. Photographe inconnu.
Trois hommes se reposant au bord de la plage dans les années 1970. Photographe inconnu.
Un homme observant la construction du tunnel de Al Shindagha à Dubaï, qui fût utilisé à partir de 1975. Photographe inconnu.
Portrait de Mohammed al-Dukhan par Prem Ratman. Mohammed était un visiteur régulier du studio de Prem.
La zone de nettoyage d'un marché de poissons à Dubaï. Photographe inconnu.
Une autre photo par le photographe inconnu qui selon Ammar pourrait être une touriste britannique.
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