Food by VICE

Ce que les clubbers mangent

Snickers, BigMac et grosses bananes : quelques tips de gens qui font la fête pour revenir à la vie après une nuit de débauche.

par Jacob Muselmann
06 Novembre 2017, 4:58pm

Toutes les photos sont de l'auteur.

Plus tard, vous en rigolerez probablement. Mais là, c'est un sujet extrêmement sérieux. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Difficile de savoir comment vous vous êtes retrouvés dans cette situation. La nuit s'est déroulée selon le schéma habituel : démarrage en fanfare et épilogue dans le brouillard.

15 heures plus tard, vous avez la tête qui tourne à cause du DJ et vous essayez de quitter la boîte de nuit en essayant de marcher le plus normalement possible. La réalité est en train de se dessiner de plus en plus clairement et votre appétit se réveille. En ces temps de disette, qu'est-ce qui va vous aider le plus à l'étouffer ?

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Et bien, mes petits chenapans, vous n'êtes pas les seuls à vous interroger. Du coup, on vous offre un aperçu de la vie d'autres clubbers et oiseaux de nuit dans votre genre pour que vous sachiez quelle nourriture coule dans leurs veines pendant la journée qui suit la fête, celle qui annonce un retour à la vie normale.

Henning Müller-Lüdenscheidt
Âge : 27 ans
Nationalité : Allemande
Occupation : Étudiant en biotechnologie

Le jeune Henning a commencé sa carrière professionnelle de teufeur vers le tendre âge de 13 ou 14 ans – quelque chose d'assez commun quand on a grandi dans la campagne allemande. Mais son amour du dancefloor a connu un sacré bond quand il s'est installé à Berlin – ce qui est assez logique vous me direz – il y a deux ans. Ses conseils ? Ne pas faire la fête pendant plus de 24 heures par exemple. Et quand on parle de bouffe, le maître-mot c'est « le confort avant la qualité ».

Un duo a donc clairement émergé avec le temps : Big Mac et milk-shake vanille.

Pour Henning, ce choix prolonge d'une certaine manière ce côté « auto-destructeur », justifie-t-il. « J'en meurs généralement d'envie dès que je récupère mon blouson au vestiaire ».

Il s'avère que le combo ne satisfait pas seulement la gourmandise du fêtard. C'est aussi une sorte de rébellion qu'Henning s'inflige.

« Le Big Mac a provoqué la fin de mon régime végétarien il y a un an », dit-il avec une pointe de satisfaction. « Je me suis dit que je devais choisir la pire option. Quand on brise les règles, autant y aller à fond. »

Quant au milk-shake, Henning est intolérant au lactose. Mais notant une présence limitée de salive après une nuit de débauche, il en commande un pour « fluidifier tout ça » et « éviter d'avoir à mâcher ». (En vrai, si on est totalement honnête, vous n'avez pas vraiment besoin de dents pour bouffer un Big Mac non plus.)

Leo Thwic
Âge : 29 ans
Nationalité : Norvégienne
Occupation : Ingénieur

Leo est un pragmatique. Doté d'un esprit scientifique, il a fait ses petites recherches avant de choisir le snack parfait. En 2003, il était un des premiers investisseurs en ligne du Soylent.

« Les créateurs du Soylent traitent leur produit comme un logiciel », dit-il à propos de la célèbre substance nutritive qui se consomme sous forme de pâte visqueuse. « Ils en ont fait plusieurs versions qu'ils améliorent de manière itérative. Ils ont même publié des notes comme pour un logiciel, où ils expliquent ce qui a changé entre les différentes versions. »

Avec 15 années de fêtes au compteur, Leo a su mettre à profit ses connaissances. Se procurer du Soylent en Allemagne étant un véritable chemin de croix, il se rabat sur du Mana qu'il fourre dans son sac pour « après le club » – et parfois pendant, quand il s'autorise un petit détour par les vestiaires.

« La culture du clubbing à Berlin est tellement dans l'excès que c'est agréable d'avoir quelque chose de calmant et presque neutre à la fin de la nuit », explique-t-il. « Ça a presque le goût de la pâte à pancake et ça m'évite de vomir des nouilles au curry ».

Robert Wimmeroth
Âge : 26 ans
Nationalité : Allemande
Occupation : Étudiant en mode

« Je ne suis pas le genre de personne à manger des döner kebabs au lit », annonce d'emblée Robert, un résident de Neukölln avec un penchant pour les tenues extravagante et les restau coréens. Ces sorties hebdomadaires le mènent généralement jusqu'au lundi matin ; quand les Herrensauna et autres Berghain dégueulent leurs noctambules sur le trottoir.

Après une petite sieste, il se glisse devant le feu pour un truc un peu spécial : un énorme pancake de kimchi gros comme la poêle qu'il utilise. Épicé, acide et dotée d'une bonne dose de gras, cette crêpe plie le döner en deux n'importe quand. Pas besoin de beaucoup d'ingrédients, mais la patience en est un important. Il faut par exemple se retenir de se jeter sur la bouffe dès qu'on entend son doux grésillement – capable de vous faire ressentir humain à nouveau.

Julia Grip
Âge : 24 ans
Nationalité : Suédoise
Occupation : Vivre

Il y a 6 ans, Julia était dans une situation compliquée. Au bord du vomi comme de l'évanouissement, elle avait chancelé jusqu'au vestiaire à la recherche d'un remède miracle. Ce qu'elle y a trouvé répondait à tous ces critères : petit, portable, énergisant, nécessitant peu de mastications et presque aucune interaction avec le monde extérieur (un truc qui parle autant au flemmard qu'au sobre). Ce trésor ? Un Snickers et une banane. Bonus : ces deux gourmandises viennent avec leur propre emballage.

« Pas question de mettre les pieds au restau avec une tête de déterré par rapport aux autres clients », soupire-t-elle. « Le Snickers et la banane, je dirais que c'est vraiment le snack le plus 'safe'. Personne ne va se sentir offensé. Le seul risque, c'est que ça se transforme en bouillie dans les poches. »

Le Dr. Lisa Young, nutritionniste et professeur adjoint en nutrition à l'université de New York, applaudirait ce choix des deux mains pour sa richesse en magnésium et en potassium (même si elle ne valide probablement pas la cigarette qui l'accompagne).

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Elle conseille aussi d'autres aliments aux clubbeurs, en plus de l'antidote le plus limpide – l'eau – en recommandant notamment les oranges et les légumes feuilles qui fournissent au corps le potassium que l'alcool a fait perdre.

« La soupe de poulet est bourrée de qualités. Elle restaure les fluides et le sodium », ajoute Young. Elle contient aussi pas mal de cystéine, ce qui est bon pour le foie, et, comme d'autres viandes maigres, permet de faire baisser la pression artérielle. « Vous avez mal à l'estomac ? Prenez plutôt des crackers ou des toasts, pour vous remplir le ventre. » Bref, mâcher reste facultatif. Mais vous allez avoir besoin de votre salive.