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Tiger Woods est au fond du trou

L'ancienne star des greens est sortie pour la première fois de sa carrière du top 1000 mondial. Ça sent la fin pour "le Tigre".
18.7.17
Flickr

Il n'a que 41 ans, un âge plus qu'acceptable pour un golfeur, mais la meilleure partie de sa carrière semble être derrière lui. A un stade où la plupart des golfeurs peuvent encore espérer s'améliorer et réaliser de belles performances, Tiger Woods, lui, n'en finit plus de sombrer. Sorti du top 100 mondial pour la première fois au printemps 2015, il vient de se faire éjecter du top 1000 deux ans plus tard. Une première dans sa carrière.

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Plus qu'une dégringolade, ce cap symbolique témoigne de la descente aux enfers qu'est en train de vivre l'ancien numéro un mondial, vainqueur de 14 titres du Grand Chelem et star incontestée de sa discipline. Une déchéance sportive qui est d'autant plus violente à constater qu'elle coïncide avec la renaissance de Roger Federer, un autre maître dans son domaine, qui a su rester au top malgré les blessures et les chutes de confiance.

Tout comme le tennisman suisse, Tiger Woods a subi de gros pépins physiques, en 2015 et 2016 notamment, qui ont considérablement atteint sa confiance. Le meilleur exemple reste cet US Open 2015, où Tiger Woods a passé sur ces greens qu'il avait l'habitude de survoler (vainqueur en 2000,2002 et 2008) l'une des pires journées de sa carrière de golfeur. Cabré sur la pente, dans les hautes herbes jouxtant le trou numéro 8, Woods doit se surpasser. Le coup n'est pas facile, la position inconfortable. Le "Tigre" grimace, un rictus plus qu'un sourire étire son visage émacié. Le swing est saccadé, le club frappe le sol brutalement.

Ses mains qui semblaient pouvoir téléguider une balle 200 mètres plus loin il y a quelques années lâchent le club, qui s'envole quelques mètres plus loin. Une scène surréaliste, à laquelle Tiger Woods assiste presque comme un spectateur. Abasourdi, passif, les mains sur les hanches, il observe sa balle prendre une trajectoire improbable avant de mourir loin du green.

Ce genre de maladresse inconcevable à ce niveau trahit le manque de confiance extrême d'un joueur, comme l'avait expliqué François Delamontagne, l'un des golfeurs les plus doués de sa génération, à VICE Sports. Cette fébrilité mentale peut bien sûr s'expliquer par les nombreux ennuis physiques qu'a rencontrés le Tigre depuis 2008 – coude, genou, poignet, et, en avril dernier, une opération au dos – mais le corps n'est pas à l'origine de tous les maux de Woods. La surexposition médiatique de ses infidélités conjugales, jetées en pâture à une presse puritaine choquée de voir le gendre idéal de l'Amérique salir ainsi son image, a largement ébranlé l'homme. Depuis, Tiger Woods a une nouvelle fois été arrêté par la police pour conduite sous l'emprise de médicaments. La vidéo de l'interpellation, diffusée dans le monde entier, a une nouvelle fois mis le joueur sous le feu des projecteurs.

Tiger Woods a ainsi payé peu à peu la rançon de la gloire qui avait fait de lui le sportif le mieux payé de la planète entre 2001 et 2011. Scruté dans ses moindres gestes, épiés dans ses moindres réactions, Tiger Woods a peu à peu sombré sportivement. Pourtant, le Tigre semblait avoir trouvé avec le golf une source inépuisable de défis et de plaisir, comme en atteste cette phrase, prononcée lors des belles années de sa carrière : « Le golf est génial, c'est une lutte sans fin. On peut toujours s'améliorer, sans jamais y arriver totalement. C'est un voyage sans ligne d'arrivée, c'est ça qui est formidable. » Aujourd'hui peut-être, Tiger Woods prend conscience que son épopée sur les greens n'est pas éternelle. Et que cette lutte sans fin dont il s'enthousiasmait pendant des années peut avoir un goût amer quand on n'a plus la force de la mener.