Haruko Daki pour VICE FR

J’ai passé la Saint-Valentin dans une soirée libertine et BDSM

« Ça m’embête un peu d’être là pour la Saint-Valentin. J’aurais préféré un dîner aux chandelles. »

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19 Février 2019, 8:32am

Haruko Daki pour VICE FR

Il est 21h10 et les invités s'amoncellent déjà dans la petite entrée du club La Marquise à Paris. Quatre-vingts personnes sont attendues à cette soirée BDSM et libertine spéciale attaches pour fêter la Saint-Valentin. L’occasion rêvée pour se prouver l’attachement qui les lie. Anne, une femme très mince de 55 ans, se baisse pour ramasser un papier au sol et manque de se faire écraser par une autre. Pleine de malice, elle lui lance : « À peine arrivée, je suis déjà à vos pieds. »

Débarrassées de leurs manteaux, les femmes dévoilent leurs courbes dans des ensembles, pour la plupart, moulants en cuir ou similicuir. Anne porte une jupe évasée courte en cuir noir et un harnais de poitrine [une espèce de soutien-gorge sans bonnet, ndlr]. Le dress code est respecté : « Une tenue BDSM élégante, fun et sans vulgarité ». Au bar, certains se reconnaissent, se prennent dans les bras et s’embrassent à pleine bouche. En avançant j’entends Belartemis, l’organisatrice de l’événement, dire discrètement à Clara*, l’une de ses invitées : « Je suis dégoûtée, j’ai oublié mon gode ceinture. » Elle enchaîne ensuite : « Je pourrais te donner des conseils notamment sur les massages. » La novice de 43 ans, venue avec son compagnon de trois ans son aîné Thomas*, semble ravie de cette annonce.

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Dans le salon principal, les invités s’installent sur les banquettes, un cocktail à la main. Julien*, Parisien quadra à l’accent du sud prononcé, attache deux martinets à une ceinture en cuir, tandis que sa compagne Virginie* peaufine son style en posant sa casquette de policière sur sa tête et en remontant ses manchettes en similicuir. Ensemble depuis six ans, ils sont tous les deux dominants, ce qui est inhabituel dans le milieu. « On transgresse les règles du BDSM, explique Virginie, normalement il y a un soumis et un dominant. On est venu faire notre marché [à cette soirée afin de trouver un soumis] ». Une fois l’opération terminée, la grande brune propose à une femme au carré blond de lui resserrer son corset. Le stroboscope nous éblouit tous, il fait déjà chaud et la musique est de plus en plus forte.

« Le BDSM est un vaste milieu, une espèce de mosaïque qui représente mille pratiques et mille fétichismes » – Visitae, 55 ans, dominant depuis plus de 20 ans

Vers 22 heures, les premiers gémissements se font entendre. À la recherche de ces bruits, je descends les marches qui mènent à la cave voûtée. Je découvre Anne attachée à une croix de Saint-André, vêtue uniquement de ses bas résille et de ses talons aiguilles, un bâillon boule dans la bouche. Ses tétons sont recouverts de pinces à linge en bois et ses lèvres vaginales de pinces en métal. Son dominant, Charles, 49 ans, enfonce un vibromasseur au fond de son vagin. Plusieurs couples et un homme seul en costume observent la scène assis sur une banquette et attentifs à chaque détail. La soirée est censée permettre aux novices de s’initier et de découvrir les clés d’une séance BDSM classique. Après quelques minutes, elle jouit en se recroquevillant du mieux qu’elle peut sur elle-même. On dirait presque qu’elle pleure. Charles caresse avec douceur le visage d’Anne puis la détache et lui demande de le sucer. À plusieurs reprises pendant cette fellation, il la tire par les cheveux et lui crache sa salive au visage. Elle ne cesse de le remercier pour cela. Les amants se connaissent et se fréquentent depuis trois ans. Dans leur relation, ils switchent c’est-à-dire qu’ils s’échangent les rôles de dominant et de soumis. Lui est marié et sa femme ne sait rien de sa présence à cette soirée.

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À l’étage, les invités sont à leur aise mais encore tout habillés. Ils discutent, rigolent et boivent. Virginie et Julien ont été rejoints par Katia* et Ophélie, « la grande prêtresse des transgenres », selon Virginie. Le couple de femmes se tient par les hanches en laissant parfois une main glisser sur les fesses de l’autre cherchant presque ce qui se cache sous la jupe. « Je suis une transgenre lesbienne, c’est rare », m’annonce joyeusement Ophélie, grande blonde musclée qui ne veut pas révéler son âge. Katia et elle se sont rencontrées dans une soirée il y a quatre ans et vivent depuis le grand amour. Quand elles parlent, chacune termine la phrase de l’autre. C’est d’ailleurs Katia, en tant que domina, qui a initié Ophélie à la soumission et au BDSM. La secrétaire juridique de 51 ans me raconte : « Ophélie n’aimait pas le fait d’être dominée. La domination c’est très compliqué ! On doit deviner ce qui amène la douleur et le plaisir.

Visitae, 55 ans, thérapeute et dominant depuis plus de vingt ans, m’expliquera plus tard dans la soirée la différence entre un dominant et un dominateur : « Un dominateur domine pour son propre plaisir tandis qu’un dominant domine pour le plaisir de sa soumise. » Les dominants doivent agir en fonction de la personne qui se soumet à eux. Le quinqua continue : « Le BDSM est un vaste milieu, une espèce de mosaïque qui représente mille pratiques et mille fétichismes. La relation qui lie un dominant et sa soumise n’est que cérébrale et spirituelle. C’est un lien très fort et très puissant. »

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Entièrement dénudée, Anne remonte de la cave toute guillerette et fonce au bar se chercher un rafraîchissement. À contresens, un homme guide une blonde à forte poitrine qui a les yeux masqués vers la salle au fond du club éclairée par des lumières rouges. Il l’a fait monter sur une petite estrade et la positionne dos à lui. En fouillant dans son sac, il sort un snake [sorte de fouet, ndlr]. Il commence à lui asséner plusieurs coups sur les fesses par-dessus sa jupe en cuir. Elle se dandine de plaisir et gémit à plusieurs reprises. Le dominant remonte la jupe et lui ordonne de se mettre accroupie. Il continue à lui donner des coups et cherche à viser la raie des fesses. Parfois, il fait glisser son jouet entre.

À l’appel des bruits de coups de fouet et des gémissements, plusieurs couples s’installent discrètement sur les canapés qui forment un U face à l’estrade. La scène les excite, ils se caressent mutuellement les jambes. Le dominant demande alors à sa soumise de se retourner et de rester accroupie. Puis, il tire un martinet avec de nombreuses lanières en cuir de son sac ainsi que des longues pinces en métal. Après avoir positionné ces dernières sur les tétons de la blonde, il utilise son martinet en ciblant ses coups sur le vagin. C’en est de trop pour Élise*, une des invitées qui ressemble étrangement à Ovidie, la réalisatrice et ancienne actrice porno. Elle se lève lâchant sur son passage un regard noir à son mari Fabien*. Le couple pratique une version « soft » du BDSM. Ils préfèrent les jeux d’attaches aux pratiques sadomasochistes. « Ça m’embête un peu d’être là pour la Saint-Valentin. J’aurais préféré un dîner aux chandelles », m’avoue Élise, venue pour faire plaisir à son époux.

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Pendant ce temps, Anne a eu le temps de se trouver un soumis. Elle tient une laisse reliée au harnais pour pénis d’un homme au crâne rasé ne portant que des mules noires à talons. Dans le couloir étroit qui relie la chambre rouge au salon, elle le balade comme un chien. La domina veut l’emmener dans la salle de bains. En attendant que la pièce se libère, elle le somme de mettre son dos bien droit pour qu’elle puisse s'asseoir.

Dans le salon, une femme en body est attachée avec des menottes à une barre de pole dance. Une domina lui met des coups de fouet et des claques sur les fesses tandis qu’un homme muni de gants en cuir lui tripote les seins. Les plus jeunes de la soirée, Grégoire* et Sandra*, respectivement âgés de 35 et 27 ans, sont eux à la recherche d’un endroit pour pratiquer le shibari, leur passion. Ils se déplacent avec une mallette et s’installent finalement sur un divan dans le couloir. C’est lui qui va l’attacher. « Je ne sais pas faire les nœuds », me confie Sandra avec le sourire.

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Après avoir attaché ses bras dans le dos, Grégoire s’occupe de ficeler les jambes de celle qui est sa compagne depuis 4 ans. Elle paraît détendue et semble prendre énormément de plaisir. Il veut la suspendre entre une cage et un lustre, elle refuse. La séance s’arrête, il la libère. Un jeune couple regarde attentivement la scène et la femme demande à Grégoire s’il peut l’attacher, il accepte immédiatement.

Depuis le début de la soirée, les gémissements provenant de la cave n’ont pas cessé. En permanence des hommes montent, d’autres descendent. Sur la banquette qui fait office de lit, Katia sodomise Ophélie avec un gode ceinture. À côté d’elles une femme pratique une fellation à un homme, se fait pénétrer par un autre et titiller l’anus par un troisième. Un autre, encore, se masturbe à leurs côtés. Les hommes se mettent en cœur pour me demander, sans une grande délicatesse, de remonter. Fissa, fissa. J’ai compris le message, ma Saint-Valentin s’achève.

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*Les prénoms ont été modifiés.

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