photographe de soirée
Photos par Annika Wallis
VICE Expo

Des photographes de soirée racontent ce qu'ils ont vu dans les clubs belges

« Les gens vont vraiment très loin quand leurs inhibitions se sont envolées. »
29.3.19

Cet article a été réalisé dans le cadre d'un partenariat entre VICE+ et Huawei.

C’est à la tombée de la nuit que les photographes nocturnes font leur apparition. Si vous n'avez pas la chance d'avoir un Huawei P30 dans la poche de votre pantalon - le meilleur smartphone pour photographier dans le noir - il existe heureusement les photographes de soirées professionnels. Ils sont prêts à immortaliser vos gouttes de sueur, vos pas de danse qui frôlent le ridicule et vos regards de braise. Mais comment se sent-on en tant que photographe sobre au beau milieu de cette foule en délire ? N’est-ce pas terriblement agaçant de devoir prendre des photos de groupe à longueur de temps ? Arrive-t-il que certaines photos trop explicites ne fassent pas partie de la sélection finale ? « Je me suis abstenu de transmettre ce cliché de Lil Peep où on voit cette jeune fille prête à sniffer une ligne. »

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Nous avons parler de leur travail avec trois photographes de soirée. Ils semblent tous d’accord sur une chose : arrêtez d’aveugler les gens avec le flash de votre téléphone portable, retournez sur la piste ou pogoter dans la fosse.

Indi Mouart , 19 ans, photographe de Lil Peep et Tekashi 6ix9ine

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Le rappeur néerlandais Leafs, photo par Indi Mouart

VICE : Salut Indi, quelle soirée qualifierais-tu d’inoubliable ?
Indi : Ce spectacle où tous les plus de quarante ans voulaient une photo à tout prix. C’était lors du concert de The Game à Bruxelles, un rappeur que je qualifierai de « has been » dans le bon sens du terme. Je ne m’imaginais pas qu’il pouvait avoir autant de fans. Une chouette bande de marginaux, et je le dis avec énormément de respect à leur égard. On aurait dit une rave partyhardcore où s’étaient rassemblés des hommes avec la boule à zéro et un blouson d’aviateur.

Dans quelle mesure reflètes-tu la réalité dans tes photos ?
En retravaillant une photo du rappeur américain Lil Peep, j’ai aperçu en arrière-plan une jeune fille âgée de 17 ou 18 ans, assise par terre, penchée en avant, prête à sniffer une ligne. Je n’ai pas transmis cette photo.

Quelles sont les poses à éviter ?
Les rappeurs font vite un doigt d’honneur. Je peux comprendre qu’en tant que rappeur on a une certaine réputation à tenir, mais bon. Et les gens adorent faire signe à la caméra. C’est dommage car ces bandes de copains viennent alors gâcher mes images.

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Lil Peep à Anvers, photo par Indi Mouart

Fais-tu encore des photos quand toi tu sors ?
Lorsque je suis derrière les platines avec trois potes – appelez-nous un DJ boys band – il m’arrive de prendre des photos avec le flash, chose généralement prohibée en mission.

« Quand j'ai accompagné Billie Eilish à son hôtel avec un panier à linge, des fans ont demandé si j’étais son nouveau compagnon. 'Oui, nous nous marrions dans deux mois', a-t-elle rétorqué. »

Est-ce qu’une tenue particulière s’impose pour une soirée de travail ?
La plupart du temps, je mets des vêtements un peu plus chers, j’apprécie la qualité et l’histoire que peut véhiculer une tenue. Cela ne passe pas inaperçu auprès des rappeurs, ce qui joue bien entendu en ma faveur.

La première fois que j’ai rencontré Billie Eilish, l’idole des ados, le courant est tout de suite passé entre nous. Elle me trouvait mignon. La ceinture de ma caméra laissait entrevoir le nom de Louis Vuitton, j’avais transformé un vieux sac à main de ma mère. Elle s’en est aperçue, et pour ma part j’ai remarqué sa casquette Louis Vuitton.

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Tekashi 6ix9ine, photo par Indi Mouart

Y-a-t-il parfois des incidents impliquant des fans ?
Après ce concert, j’ai donné un coup de main à Billie Eilish pour son linge, la machine à lessiver laissait à désirer. Sur le chemin du retour vers l’hôtel, des fans m’ont demandé si j’étais son nouveau compagnon. « Oui, nous nous marrions dans deux mois », a-t-elle rétorqué. J’étais bouche bée, la manne à linge en main.

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Quelle photo n’effaceras-tu jamais ?
Mes photos du rappeur controversé Tekashi 6ix9ine au Fire is Gold et aux Ardentes. On y perçoit le chaos, la poussière qui s’élève du mosh pit et le visage dégoulinant du chanteur. Ou bien une photo intime de Billie Eilish en compagnie de sa maman. J’étais à Paris pour la Fashion Week, tout comme elle. C’était au moment où XXXTentacion a perdu la vie. Billie était très affectée, ils étaient vraiment proches.

Vous voyez-vous toujours maintenant ?
Je ne l’ai malheureusement plus vue ni entendue depuis Paris. Nous avons été très proches, puis mon téléphone a été volé aux Ardentes.

Quelles sont tes ambitions ?
J’aimerais pouvoir immortaliser d’autres styles musicaux. Des raves super intenses, des concerts métal ou punk, où la salle est bondée. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’approfondir mes connaissances les concernant.

Annika Wallis, 22 ans, photographe nocturne

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Photo: Annika Wallis

VICE : Bonjour Annika, est-ce que prendre les autres en photo est un bon plan drague ?Annika : Je n’ai pas l’impression que les garçons m’adressent la parole parce que je suis photographe. Je ne repère pas facilement si on me drague ou pas.

Te mets-tu sur ton trente-et-un pour une soirée dédiée à la photo ?
Non, pas du tout. Je prends une douche et je me fais un chignon. J’attrape un truc dans ma garde-robe, de préférence quelque chose de confortable pour être à l'aise quand je bouge. Une jupe moulante n’est pas à l’ordre du jour vu que dois souvent escalader des trucs.

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La rave du Fuse dans le tunnel, photo par Annika Wallis

Qu’est-ce que les gens devraient éviter de faire à tout prix ?
Filmer ou prendre des photos avec le flash de leur smartphone allumé. C’est extrêmement dérangeant, pas seulement pour l’artiste mais également pour les autres personnes présentes. On plombe l’ambiance en voulant immortaliser chaque moment de la soirée plutôt que de vivre l’instant présent. C’est la raison pour laquelle je photographie toujours sans flash.

« Certaines personnes passent leur temps à me taper sur l’épaule, comme si j’étais un photomaton sur pattes. Je ne suis pas là pour photographier des poses. »

Tu penses que ce serait mieux de devoir laisser les GSM à l’entrée ?
C’est peut-être un peu démesuré comme solution. Imagine que tu perdes tes amis pendant la soirée. Peut-être qu’une politique plus stricte ferait l’affaire. Au Fuse, une boîte de nuit située dans la région bruxelloise, il y a un écriteau qui dit : ‘Please respect the vibe, don’t use a flash’ (respectez l’ambiance, éteignez votre flash). Au Berghain, une boîte à Berlin, les appareils photos des GSM sont recouverts par une pastille autocollante.

Prends-tu des photos lors de tes sorties en dehors du cadre du boulot ?
Les rares fois où je sors, j’emmène un appareil analogique. J’utilise alors le flash vu que c’est en comité restreint.

Quel est l’élément le plus ennuyeux dans ce métier ?
Certaines personnes passent leur temps à me taper sur l’épaule, comme si j’étais un photomaton sur pattes. Je ne suis pas là pour photographier des poses. Une photo à la va-vite n’est pas envisageable non plus, je travaille sans flash, c’est ma marque de fabrique.

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Photo: Annika Wallis

Comment gères-tu ce rythme de fou qu’impose la vie nocturne ?
C’est éprouvant. Je suis toujours étudiante à temps plein au RITCS à Bruxelles. Parfois je retourne auprès de ma famille aux États-Unis pour m’y réfugier, trouver un peu de repos. Juste le temps de revoir mes priorités et de remettre les pendules à l’heure. Je ne veux pas perdre ma créativité. Je pense que je ne pourrai pas faire ça toute ma vie, mais je suis encore jeune.

Maxime Byttebier - Nachtschaduw - 26 ans, photographe attitré du Kompass

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Tale of Us lors de leur show au Kompass, photo par Nachtschaduw

VICE : Alors, Maxime, quel effet ça fait d’être sobre dans une boîte de nuit où tout le monde est bourré ?
Maxime : C’est bizarre, très bizarre parfois. Je bois généralement un petit verre pour me mettre dans l’ambiance. Dans certains festivals, les personnes ivres peuvent être très difficiles à gérer. J’ai déjà été frappé, insulté et menacé. Une fois que la barrière de la décence a été franchie, les gens n’ont plus de limites. J’ai décidé de ne plus participer aux foires commerciales, les gens peuvent s’y montrer très grossiers. Une personne des loges VIP s’est permise de me tendre un échantillon de parfum, précisant que j’en avais bien besoin.

« Il y a de ça cinq ans, certaines boîtes me disaient que je n’y avais pas ma place en tant que photographe gay. On m’a imposé des limites et je me suis caché pour mes clients Aujourd’hui, les gens apprécient mes tenues. »

Comment t’habilles-tu ?
Je porte une tenue différente chaque soir. Tout a commencé quand je suis moi-même sorti de l’ombre pour dévoiler le vrai moi, avant j’étais très réservé et plutôt discret à ce sujet. Il y a de ça cinq ans, certaines boîtes me disaient que je n’y avais pas ma place en tant que photographe gay. On m’a imposé des limites et je me suis caché pour mes clients.

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Maintenant, je mets des treillis, des compensées de 20 cm et des accessoires comme des colliers ras-de-cou. Aujourd’hui, les gens apprécient ma personnalité, les réactions négatives mises à part bien entendu. Et il y en a toujours. Les membres du personnel du Kompass disent souvent : « C’est génial d’avoir les couilles pour oser ça ». La semaine d’après, les voilà qui arrivent eux aussi avec un soutien-gorge en maille.

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Photo: Nachtschaduw

Quelles difficultés rencontres-tu dans ce métier ?
Je suis héméralope. On m’a diagnostiqué un kératocône, une maladie dégénérative de l’œil qui se traduit par une perte de la sphéricité de la cornée. La lumière ne pénètre pas bien, elle n’arrive pas correctement sur la rétine. Je travaille donc au feeling, à l’instinct. Il arrive parfois que je me casse la figure dans les escaliers ou que je me prenne un mur, c’est assez gênant. Mais ma faiblesse est devenue ma force.

Qu’est-ce qui t’ennuie le plus ?
Les flashs. C’est horrible. Et pourtant je dois avouer que je m’en sers aussi de temps à autres. Lors de certains événements, on peut apercevoir des centaines d’écrans, des dispositifs allumés en permanence. Que faire de tels clichés ? Ils n’apportent rien. Un bon appareil photo basse lumière peut faire toute la différence. Quand on sort, il faut se déconnecter des réseaux sociaux.

Comment te sens tu face à l’annonce de la fermeture du Kompass ?
J’en suis malade. Mon monde s’écroule. Le soir même, j’ai dû accuser le coup, on ne m’a plus entendu de la soirée. On me retire mon bébé visuel, c’est ce que j’ai d’ailleurs écrit dans une lettre adressée au bourgmestre de Gand, Mathias De Clercq. Je m’y suis tellement investi dans cette boîte, des heures, des jours, des semaines entières. Le jeune homme qui y a trouvé la mort, était un de mes amis proches. L’équipe s’est effondré ce soir-là. On a à peine eu le temps de se remettre d’un drame, qu’un nouveau coup dur nous tombe dessus. [Entre temps, le conseil de la vile à décidé de réouvrir le Kompass, ndlr]

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Photo: Nachtschaduw

Quelle soirée ou quel festival figure toujours sur ta liste de desideratas ?
Le Berghain, un club techno de Berlin. Bien que ce n’est pas près d’arriver car il est interdit d’y prendre des photos. J’aimerais également faire des photos pour le magazine Pornceptual. Ils organisent des soirées interdites aux mineurs à Berlin et sont ouverts à l’art de la photographie érotique. Je devrais peut-être les contacter.

Quelle serait ta démarche ?
Je ne changerai jamais ma personnalité pour une boîte de nuit. Si on commence à m’imposer des règles, ça ne va pas bien se passer. Mon style est sombre et séduisant avec une pointe d’audace. Une jeune fille m’a récemment demandé si je voulais bien la photographier seins nus. Pourquoi pas.

Merci!

Voulez-vous prendre de bonnes photos lorsque vous sortez ? Le nouveau Huawei P30 change le game. Même dans les clubs les plus sombres, vous allez réaliser de bonnes photos, sans flash.