Culture

« J'aime mon bide donc nique la liposuccion »

On vous présente Jasmin Sehra, l'artiste féministe idolâtrée par M.I.A et Timbaland.

par Zing Tsjeng; traduit par Florian Gilleron
15 Mars 2018, 3:40pm

Cet article a été initialement publié sur Broadly.

Jasmin Sehra a compris qu’elle était sur la bonne voie quand M.I.A. a partagé son travail sur Instagram. « C’est incroyable ! », telle fut la réaction de l’artiste londonienne après avoir été validée par l’interprète de « Paper Planes ». « Beaucoup de personnes célèbres ont reposté et reconnu mon travail au fil des années, dont M.I.A. Il y a même quelques stars de Bollywood qui ont pris contact avec moi. »

La peinture en question, intitulée The Real Spice Girl, met en scène une M.I.A. impérieuse sur fond de pétales de roses acidulées, avec un slogan en majuscules : « The Real Spice Girl Got the Power » (Le pouvoir est entre les mains de la vraie Spice Girl). Ou imaginez une affiche Bollywood vintage qui véhicule un message féministe contemporain. Dans une autre affiche issue de BollyHood, la série de portraits hip-hop de Jasmin Sehra, celle-ci peint diverses représentations de Missy Elliott en train de flotter dans l’espace, à côté d’un autre slogan : « LOVE MY GUTS So Fuck a Tummy Tuck » (J’AIME MON BIDE donc nique la liposuccion).

Quand Jasmin Sehra a commencé sa série BollyHood, elle voulait simplement rendre hommage à ses propres origines de fille d’immigrés et à son amour pour le hip-hop. Bien qu’elle soit née et ait grandi au nord-ouest de Londres, sa famille est originaire du Kenya en passant par l’Inde et possède une forte culture artistique : son père et son oncle sont des musiciens classiques et son frère est producteur de musique.


« Ma famille a émigré du Kenya au Royaume-Uni au début des années 1970, raconte-t-elle. Je me rappelle qu’on mettait des disques et des cassettes tout le temps et que tout se passait dans le salon, où se déroulaient des petits concerts improvisés avec des instruments indiens traditionnels. »

The Real Spice Girl avec M.I.A.


Son frère producteur – qui figure dans les crédits de chansons comme « Classic Man » de Jidenna – est celui qui lui a fait découvrir des artistes comme Kid Cudi et Kanye West. « C’est à ce moment-là, à l’université, que j’ai commencé à me diriger vers le hip-hop plus à l’ancienne, déclare-t-elle. J’ai vraiment été conquise par les paroles et les beats. » À l’université, elle a réalisé une série de portraits intitulée Patterned Sound, qui représentent des visages de chanteurs entourés de « motifs musicaux » qui illustrent, selon elle, leur musique du mieux possible.

« Cette série s’inspirait fortement des tribus kényanes et du fait d’utiliser l’art du tissage de perles pour raconter une histoire, raconte Jasmin Sehra. Je crois que j’ai tout simplement continué à travailler mon art en partant de là, vu que j’adorais ça. »

Elle nous explique que BollyHood était pour elle un moyen de réunir tous les artistes qu’elle aimait ainsi que ses différentes sources d’inspiration, comme la collection de vieilles cassettes de ses parents. « J’adorais les illustrations et les typographies utilisées, déclare-t-elle. L’idée de raconter une histoire à travers une affiche m’a donné envie de mélanger toutes ces inspirations ensemble – des inspirations qui composent mon identité, en particulier en tant que personne issue de la diaspora. Ce mélange entre l’Orient et l’Occident est quelque chose que je retrouvais dans le style vestimentaire de ma mère et dans son comportement au quotidien. »

Jasmin Sehra a pour projet de continuer la série de manière indéterminée – elle meurt d’envie de peindre Aaliyah, Kid Cudi et Erykah Badu – et de faire évoluer BollyHood en un projet typographique autour de messages émancipateurs. « La plupart de ces œuvres sont le fruit de mes expériences personnelles et plus simplement de choses que je me raconte jour après jour, déclare-t-elle. J’ai aussi reçu des messages vraiment merveilleux. Je trouve ça beau que mes créations parlent à différentes personnes, c’est tellement important de communiquer et de réaliser des œuvres auxquelles les gens peuvent s’identifier. »

La série typographique BollyHood.
U.N.I.T.Y. avec Queen Latifah.
Depend on Myself avec TLC.
Damn avec Kendrick Lamar.
Wild Thoughts avec Rihanna.
Love My Guts/So F*ck a Tummy Tuck avec Missy Elliott.