Tout ce qu'il faut savoir sur le programme de Jean-Luc Mélenchon

Retour sur les principales propositions du candidat, ainsi que son équipe, son parti, sa marotte et sa pire idée de communication.

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20 Avril 2017, 10:25pm

REUTERS/Robert Pratta

Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, est le candidat du mouvement d'extrême gauche « La France Insoumise ». Il a d'abord fait ses classes au Parti socialiste, période durant laquelle il fut ministre délégué de l'Enseignement professionnel (2000-2002). En 2008, il quitte le PS suite au vote de la motion Ségolène Royal, annonciateur d'une « dérive libérale » du parti, qu'il combat encore aujourd'hui. À l'époque, Mélenchon penchait plutôt pour la motion... Benoît Hamon, candidat à la présidentielle 2017 sous l'étiquette du PS. Une alliance était un temps pressentie entre les deux candidats de gauche, mais les négociations n'ont pas abouti.

Après le PS, Mélenchon a été membre du Parti de Gauche (2009-2014), en parallèle de sa fonction de sénateur de l'Essonne, qu'il a exercé 18 ans. Le candidat siège au parlement européen depuis 2009. Il entend s'inspirer des figures politiques de gauche ou d'extrême gauche populaires depuis quelques années : Pablo Iglesias (Podemos) en Espagne, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou encore Bernie Sanders aux États-Unis.

TOP 5 DES PROPOSITIONS

  • Assemblée constituante. C'est le préalable à tout son projet : la France tournerait la page de la Vème République pour créer une VIème République, selon de nouvelles règles à définir par une assemblée constituante, et validées par référendum par le peuple.

  • Droit de vote à 16 ans. Pour redonner du « souffle à la jeunesse ». Par ailleurs, le droit de vote sera obligatoire, et le vote blanc reconnu comme suffrage exprimé.

  • Règle verte. Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu'elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu'elle peut supporter. Le programme accorde une grande part à l'écologie.

  • Taxation des hauts revenus. Outre le fait que le plus haut salaire ne devra pas excéder de 20 fois le plus bas salaire dans une entreprise, les citoyens gagnant plus de 20 fois le revenu médian (33 000 euros par mois) seront taxés à 100 pour cent.

  • Revalorisation du SMIC. Son montant s'élèverait à 1 326 euros net, contre 1 149€ net aujourd'hui.

SA MAROTTE

La mer. « La France a 10 pour cent de territoires supplémentaires sans avoir tiré un coup de fusil, mais elle est incapable aujourd'hui de les surveiller et d'entretenir sa présence en mer », se désolait Mélenchon auprès du Parisien en mars. Le candidat voit dans la grande bleue un potentiel jusqu'ici insoupçonné ou sous-estimé par la France. Selon lui, la mer serait source d'emplois, servirait à développer l'écologie, et serait essentielle dans le rayonnement du pays à travers le monde.

SON PROGRAMME

Société

Pour Jean-Luc Mélenchon, la Vème République est dépassée. Place à un nouveau régime constitutionnel : la VIème République. Pour la rédiger, point de députés, mais une Assemblée constituante de citoyens. Le peuple français sera impliqué dans son ensemble : consulté par référendum, il décidera des modalités de cette Assemblée constituante (mode de scrutin, parité, tirage au sort et incompatibilités ; modalités de la délibération ; association des citoyens aux travaux).

Le « peuple » reste au centre du discours de Jean-Luc Mélenchon. Il l'oppose sans cesse à la « caste ». Un référendum d'initiative citoyenne pourra être proposé par une partie des citoyens. Une mesure également proposée par Benoît Hamon. Si vous exercez un métier et souhaitez vous présenter à une élection, vous pourrez le faire sans craindre votre employeur, grâce à un « congé républicain ». Enfin, les étrangers disposeront du droit de vote aux élections locales.

Économie

Sur le plan économique, Mélenchon et Le Pen font le même constat : la France doit se libérer des « carcans » européens. Défenseur de la souveraineté nationale, le protectionnisme est son mantra. Il ne signera donc aucun traité de libre-échange (CETA entre Europe et Canada, et TAFTA entre Europe et États-Unis).

Travailler tous en travaillant moins : en détournant le slogan de Sarkozy en 2007, Mélenchon souhaite instaurer une sixième semaine de congés payés, une majoration des heures supplémentaires. Et le maintien des 35 heures, « tout en favorisant le passage aux 32 heures ». La retraite sera fixée à 60 ans, comme le réclame le Front national.

Ennemi de la finance, Mélenchon favorisera une économie sociale, solidaire et collaborative. Il exigera une interdiction du versement de dividendes dans les entreprises ayant recours à des licenciements économiques. Le projet s'inscrit dans une transition écologique financée par 300 milliards d'euros sur 5 ans, dont 200 grâce à la suppression du pacte de responsabilité et du crédit d'impôt compétitivité.

International

Parmi les points qui ont dû coincer lors des négociations entre Hamon et Mélenchon, l'attitude face à l'Europe. Le candidat d'extrême gauche envisage de désobéir à Bruxelles dès son arrivée, en cessant d'appliquer deux mesures européennes : le pacte de stabilité, et la directive sur le détachement de travailleurs en France. Pour la France Insoumise, décidément friande des détournements de slogans de campagne de Sarkozy, « L'UE, on la change ou on la quitte ». Mélenchon prévoir deux plans. Plan A : il parvient à négocier avec l'Europe sur une refonte presque totale des traités. Plan B : les négociations sont un échec, la France sort de l'Union Européenne. Dans tous les cas, la décision sera soumise à un référendum.

Sur la scène internationale, Mélenchon souhaite sortir de l'OTAN, du FMI et de la Banque mondiale. Autre question brûlante : la guerre en Syrie. Dans son programme, Mélenchon indique vouloir signer un cessez-le-feu et organiser de nouvelles élections. Fin 2016, il affirmait croire en Vladimir Poutine dans la résolution du conflit syrien. Là encore, Benoît Hamon a dû grincer des dents. Mais il récemment a tenu à clarifier sa position quant au régime de Moscou, qualifiant de « terrible erreur » la poignée de main entre Le Pen et Poutine.

Éducation

Si Mélenchon estime qu'un jeune peut voter à 16 ans, il sera tout de même scolarisé jusqu'à ses 18 ans. 60 000 enseignants supplémentaires seront recrutés, et leur salaire revalorisé. Contrairement à plusieurs candidats à la présidentielle (Macron, Fillon, Le Pen), Mélenchon ne croit pas à l'apprentissage, qu'il voit comme un outil de précarisation. Il souhaite encourager la poursuite d'études.

Face à la menace terroriste, les propositions de rétablissement d'un service militaire (ou de ses variantes) pullulent. Mélenchon propose la création d'un service citoyen mixte obligatoire, avant 25 ans, pendant 9 mois. En parallèle, une « garde républicaine » sera constituée de jeunes, qui la rejoindront à la fin de leurs études s'ils le souhaitent.

Sécurité

Jean-Luc Mélenchon souhaite restaurer la politique de proximité et démanteler la BAC, trop éloignée des habitants des quartiers selon lui. Pour recréer un lien entre les citoyens et leur police, il souhaite interdire le taser et le flash-ball, et instaurer un récépissé de contrôle d'identité pour lutter contre le contrôle au faciès. Mélenchon augmentera les effectifs de police, notamment ceux en charge de la lutte contre la délinquance « en col blanc ».

En matière de justice, sa politique mettra fin au « tout-carcéral , qu'il remplacera par des peines alternatives à la prison. Il décrètera la fin de l'état d'urgence, qu'il perçoit comme une menace pour les libertés individuelles. Enfin, il est le seul candidat du « cinq majeur » avec Benoît Hamon à proposer la légalisation du cannabis.

SON PARTI

La France Insoumise n'est pas vraiment un parti. Lancé le 10 février 2016, le mouvement doit composer avec les autres forces d'extrême gauche, qui comptent deux candidats à la présidentielle : Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière (LO) et Philippe Poutou pour le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Tandis que le NPA, parti internationaliste, reproche à Mélenchon son patriotisme, LO ne voit pas d'un bon oeil son passé de sénateur et d'élu. Le Parti Communiste français, de son côté, a accordé sa confiance au candidat grâce à un vote des militants, contre l'avis des dirigeants.

SON ÉQUIPE

Peu de personnalités se mettent en avant derrière Mélenchon ; le principe même de la VIème République voulue par la France Insoumise étant de laisser la parole au « peuple », et non de mettre en lumière des politiques. La liste de lquipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon présente d'ailleurs chaque nom de manière uniforme, pour symboliser le fait qu'elle est constituée d'élus et de citoyens « de tous horizons ». On peut tout de même citer le numéro 2 de Mélenchon, Alexis Corbière (ex-PS), qui occupe le terrain médiatique, ainsi que l'économiste Jacques Généreux, qui l'aide à chiffrer son programme. Mélenchon dispose surtout d'une équipe de campagne numérique très active, qui l'a poussé à créer sa propre chaîne YouTube. Elle culmine aujourd'hui à plus de 250 000 abonnés.

SA PIRE IDÉE DE COM'

Mélenchon n'a pas fait d'erreur de communication notable au cours de la campagne. Au contraire, le lancement de sa chaîne YouTube et la naissance de son hologramme ont été des succès. En revanche, on lui reproche des dérapages fréquents envers les journalistes, profession qu'il a pourtant exercé avant d'être politique, mais qu'il ne porte plus vraiment dans son coeur aujourd'hui.


Suivez Bartolomé Simon sur Twitter : @iLometto