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Canada

Une rivière au milieu de mystérieuses morts d'adolescents autochtones canadiens

Depuis 2000, sept adolescents autochtones ont été retrouvés morts dans les eaux de la Thunder Bay. Récemment, deux nouveaux corps d'adolescents ont été retrouvés inertes.

par Tamara Khandaker
31 Mai 2017, 2:34pm

La communauté autochtone de Thunder Bay, au Canada, est sur les nerfs. Les corps de deux adolescents ont été retrouvés inertes dans les eaux de la ville. Et la population est de plus en plus convaincue que la police passe à côté de quelque chose.

Pendant que les enquêteurs persistent à dire qu'il n'y a aucun lien entre les morts, les parents et les représentants des autochtones théorisent à foison sur ce qui a pu se passer, craignant que quelqu'un ne s'en prenne délibérément aux jeunes.

« Je suis terrifiée pour mes enfants », a déclaré Kristy Boucher, qui habite à Thunder Bay. « Je m'inquiète pour eux, car en tant qu'autochtones, ils courent un plus grand risque. »

Depuis 2000, sept adolescents autochtones ont été retrouvés dans les eaux de la Thunder Bay. La communauté craint que les disparitions d'enfants autochtones ne soit pas une priorité pour la police locale. Deux nouveaux corps ont été découverts ce mois-ci. Celui de Tammy Keeash, un ranger junior canadien conscient des risques du fleuve, a été retrouvé dans les eaux du Neebing-McIntyre. Quelques jours plus tard, Josiah Begg a été découvert dans la rivière McIntyre. La mort de Keeash fait toujours l'objet d'une enquête, tandis que la famille de Begg a demandé à la police de ne pas divulguer les résultats de l'autopsie.

« L'enquête doit être plus poussée. Ça ne peut pas être un accident. »

« L'enquête doit être plus poussée. Ça ne peut pas être un accident. Je veux dire, combien d'enfants trouve-t-on dans une rivière ? » se demande Peter Collins, chef de la communauté autochtone de Fort William. « Je ne comprends pas. Tout ce que je dis, c'est que quelque chose de très étrange est en train de se passer ».

La police est sans équivoque : « Malgré la rumeur, il n'y a aucune preuve d'un éventuel "serial killer" jusqu'ici », explique à VICE News Chris Adams, porte-parole de la police de Thunder Bay. Il ajoute que des patrouilles de police le long des rives avaient été mises en place depuis le printemps 2016. « Nous sommes ouvert à toute nouvelle information qui pourrait faire avancer les enquêtes sur ces morts ».

Mais la foi de la communauté en la police s'est détériorée à cause de rumeurs de racisme au sein des forces de police. En novembre dernier, le Bureau Indépendant d'Enquête sur la Police a commencé à enquêter sur le travail de la police de Thunder Bay dans les affaires concernant des autochtones. Les morts récentes, ainsi que les accusations d'obstruction et de rupture de confiance visant le chef de la police J.P. Levesque vont désormais être inclues à l'enquête.

Le maire Keith Hobbs a encouragé les parents à s'assurer que leurs enfants sortent à plusieurs et s'éloignent des rivières. Il s'est également entretenu avec Jason Smallboy, Grand Chef adjoint de la Nation Nishnawbe Aski, à propos de la possibilité de mettre en place un programme de patrouilles volontaires sur les rives, et ce, tous les jours.

« Je pense qu'il y a beaucoup de théories, et en tant qu'ancien officier de police, nous sommes habitués à envisager le pire », explique Smallboy à VICE News. « Vous pensez toujours au scénario le plus horrible, et vous ne pouvez pas vous en empêcher. Même si la police parvient à prouver le contraire, on gardera toujours dans un coin de sa tête la piste la plus sournoise. »

Le Bureau Indépendant d'Enquête sur la Police a étendu son enquête aux deux morts les plus récentes, celles de Tammy Keeash et de Josiah Begg. L'année dernière, une première enquête avait été menée après les morts de sept jeunes autochtones entre 2000 et 2011. La communauté avait engagé un détective privé, chargé de mener une investigation plus poussée que celle de la police.

« Il y a un criminel, un serial killer ou quelqu'un qui les vise, peut-être même un groupe. »

« Il y a juste trop de coïncidences, la rivière est toujours au centre de l'enquête », a déclaré Cindy Bannon, mère de trois enfants dans la Thunder Bay. « La police n'a conclu à aucun acte criminel pour tous les enfants morts jusqu'ici. C'est juste insensé. »

« Je ne comprends pas comment ces enfants peuvent disparaître. Il y a un criminel, un serial killer ou quelqu'un qui les vise, peut-être même un groupe », poursuit-elle, ajoutant qu'il y a « tellement de racisme » dans la ville qu'elle ne croit pas une seconde à la théorie de l'abus de drogues ou d'alcool. « Impossible ».

Gerry McNeilly, directeur de la mission d'enquête chargée de vérifier le travail de la police dans la ville, a déclaré à CBC que les investigations sur les morts des autochtones avaient été « minutieuses et fouillées ». McNeilly a aussi pointé certaines failles, remarquant que la communauté n'avait pas vraiment réagi à la disparition de Begg avant la découverte de son corps.

Thatchter Rose, 22 ans, a grandi dans la Thunder Bay. Elle indique ne pas avoir peur pour sa sécurité, mais s'inquiète pour ses amis et sa famille, des autochtones plus visibles. Ceux-ci ont pris plus de précautions – en évitant de sortir tard le soir, ou en rentrant en voiture la nuit, par exemple – à la lumière des récents évènements.

Pour les enfants autochtones, c'est « exceptionnellement inquiétant, parce que tous ceux qui ont fini dans la rivière avaient un profil similaire » confie Rose à VICE News. « Ils n'ont pas peur de sortir parce que les gens finissent dans la rivière. Ils ont peur de sortir parce que ceux qui ont fini dans les rivières leur ressemblent. C'est une peur à laquelle ils ne peuvent pas échapper. »

Bannon, inquiet pour le climat anti-autochtones global dans la ville, confie ne pas laisser sortir seuls sa fille de 13 ans et son fils de 11 ans. Elle les emmène n'importe où.

« Ils pensent que nous sommes juste des poivrots »

La police de Thunder Bay a besoin de « commencer quelque chose », assure-t-elle, comme les patrouilles, caméras ou éclairages sur les rives que demandent la communauté.

« Ils nous voient seulement comme des poivrots », ajoute-t-elle. « Je ne pense pas que les officiers de police s'intéressent vraiment à nous ou à nos enfants. »


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