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Drogue

Valérie Pécresse veut des dépistages de consommation du cannabis dans les lycées

La candidate de la droite aux élections régionales en Île-de-France propose de rendre ces tests salivaires obligatoires pour tous les élèves, et d’en communiquer les résultats sous forme de statistiques aux directeurs d’établissement.

par Lucie Aubourg
05 Novembre 2015, 4:55pm

Image via Wikimedia Commons / Fondapol

La candidate aux élections régionales en Île-de-France Valérie Pécresse (Les Républicains) a annoncé ce jeudi 5 novembre que, si elle était élue aux élections de début décembre, elle souhaitait mettre en place dans les lycées des tests de dépistage de la consommation du cannabis.

Dans une vidéo publiée par le quotidien Le Parisien ce jeudi matin, l'ancienne ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche explique vouloir soumettre cette proposition aux conseils d'administration des 470 lycées d'Île-de-France — dont est responsable la région.

« La région fiancera la réalisation de tests au cannabis dans les lycées, » explique-t-elle. Ces tests salivaires seraient réalisés en respectant le secret médical, selon la candidate, puisque « Les résultats ne seront donnés qu'aux lycéens et aux parents. »

Valérie Pécresse souhaite que ce dépistage, s'il est mis en place dans un lycée, soit appliqué à tous les élèves : « Si un lycéen refuse, il sera considéré comme positif, » affirme-t-elle. Les dépistages proposés par Valérie Pécresse seraient réalisés, selon la candidate, soit par des associations indépendantes, soit par la médecine scolaire.

via leparisien

« La confiance serait perdue »

« Je suis assez choquée de ces propositions », nous a confié ce jeudi après-midi la docteure Patricia Colson, secrétaire générale du Syndicat National Autonome des Médecins de Santé Publique de l'Education Nationale (SNAMSPEN). « Cela détruit toute relation de confiance et d'aide. On est dans un but de répression et non pas de promotion de la santé. »

« Même si ce test est fait, la confiance que l'on rechercherait pour expliciter les consommations serait perdue. Ce n'est pas comme cela qu'on doit faire avec un adolescent. » poursuit Patricia Colson. « Le dépistage salivaire est envisagé dans le but de faire prendre conscience aux familles de consommations qui passent souvent inaperçues, mais cela me semble aller à l'encontre du but recherché, puisque les parents seront dans une logique de répression et d'incompréhension. »

Selon Valérie Pécresse, les résultats de ces tests devront également servir à adapter la politique de chaque lycée en matière de lutte contre le cannabis : « Le proviseur aura le résultat pour la classe, » dit-elle dans la vidéo. Des résultats anonymes, sous forme de statistiques chiffrées. Si les résultats sont jugés inquiétants, des caméras de vidéosurveillance ainsi que des contrôles de policiers à l'entrée des lycées sont envisagés par la candidate aux élections régionales.

« Il est hors de question, du point de vue déontologique, que le médecin scolaire fasse des tests et rende les résultats publics à une autre personne que le patient lui-même, ou à sa famille si le patient l'accepte », réagit Patricia Colson. « On comprend l'objectif, qui est de démasquer les dealers, mais on ne peut pas se servir des usagers victimes pour pouvoir prendre les auteurs de délits. »

Valérie Pécresse propose par ailleurs la création d'un « référent addiction » par lycée « chargé de faire la formation des élèves et des parents sur les dangers et les risques de la consommation excessive de drogue. »

« Cela existe déjà, » rétorque la secrétaire générale du syndicat. « C'est l'infirmière. »

Une proposition récurrente à droite depuis trois ans

Ce n'est pas la première fois qu'une telle proposition est faite. En 2012, Jean-François Copé (Les Républicains) avait lui aussi demandé l'instauration de ces dépistages, non seulement dans les lycées, mais aussi dans les collèges. En 2014, une proposition de loi en ce sens avait même été présentée par le député Éric Ciotti (Les Républicains), afin de les mettre en place de façon obligatoire au moins une fois par an.

Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanes (OFDT), à 17 ans, près de 5 jeunes sur 10 ont déjà fumé du cannabis. D'après cette même étude réalisée en mars 2014 grâce à un questionnaire rempli par plus de 25 000 jeunes lors de leur journée Défense et citoyenneté (ex-JAPD), près de 10 pour cent des jeunes de 17 ans déclarent en consommer régulièrement.

En Europe, selon une étude de 2011 réalisée dans le cadre du projet européen d'enquête en milieu scolaire sur l'alcool et les autres drogues (ESPAD), 39 pour cent des jeunes français de 15-16 ans ont déclaré avoir déjà expérimenté le cannabis au cours de leur vie — soit la deuxième place sur le podium européen, après la République tchèque.

Des dépistages dans le cadre scolaire existent ailleurs en Europe. D'après une étude de 2008 du Groupe Pompidou, affilié au Conseil de l'Europe et chargé de la lutte contre l'abus et le trafic de drogue, quatre pays procèdent à des tests occasionnels (Belgique, Hongrie, Irlande, Royaume-Uni), et quatre autre pratiquent le dépistage (République tchèque, Finlande, Norvège, Suède). Les experts précisent que les tests n'étaient pratiqués que si les élèves étaient soupçonnés de prendre des drogues, et non, comme c'est proposé en France, de façon systématique.

Mais pour Patricia Colson, il existe bien d'autres moyens de lutter contre le cannabis. « Les adolescents en ont marre des messages concernant les conduites addictives, faits sans coordination, et sans prendre en compte leur âge. Il faut faire un travail de promotion de la santé non pas basé sur les risques mais sur le bien-être. »

Suivez Lucie Aubourg sur Twitter : @LucieAbrg

Image via Wikimedia Commons / Fondapol