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VICE News

Les tueurs fous du Brabant

Un ancien dirigeant d’un groupe clandestin néonazi a été entendu par la justice belge pour comprendre pourquoi des braqueurs ont tué 28 personnes entre 1982 et 1985.

par Virgile Dall’Armellina
24 Octobre 2014, 4:27pm

Photo via lalibre.be

L'ancien numéro 2 du Westland New Post (WNP), une organisation clandestine à tendance néonazie et terroriste créée à la fin des années 1970 en Belgique, a été entendu ce mercredi en Belgique dans le cadre de l'enquête de l'affaire dite des « Tueries du Brabant ».

Michel Libert a été relâché 24 heures plus tard, mais la cellule d'investigation de Jumet, un quartier de la ville de Charleroi, semble donc privilégier la piste de ce groupe d'extrême droite. Elle mène cette enquête depuis près de trente ans.

L'expression les « Tueries du Brabant » ou les « Tueurs fous du Brabant » désigne une série de braquages particulièrement meurtriers ayant causé en tout 28 morts entre 1982 et 1985. Les auteurs n'ont à ce jour jamais été identifiés.

Les raids des tueries du Brabant étaient généralement menés par trois hommes. Ils ont braqué supermarchés, commerces, auberges et armureries de petites villes du centre de la Belgique, ainsi qu'une épicerie à Maubeuge, dans le nord de la France en 1982. Bilan de ce braquage, une dizaine de boîtes de thé, et quelques bouteilles.

Les braqueurs, armés la plupart du temps de fusils à pompe, ouvraient le feu, sans aucune raison apparente, sur les clients et les commerçants. Plusieurs enfants trouveront la mort. En 1985, à Alost, pour leur dernier braquage, ils tuent huit personnes.

VICE News a interviewé Pierre Magnien, le procureur du Roi affecté à l'enquête. « Nous avons interpellé Michel Libert pour le réentendre dans ce dossier. […] Il était codirigeant d'un groupe, le WNP, dont nous pensons que certains membres ont pris part aux tueries. »

Michel Libert, a été arrêté à son domicile de Woluwe-Saint Lambert en région Bruxelloise mercredi matin, d'après la chaîne belge RTBF. Il était chargé de former les militants du groupuscule sur le plan idéologique et avait déjà été entendu comme témoin dans le cadre de l'enquête.

Toujours d'après la RTBF, la police aurait questionné Michel Libert à propos d'ordres qu'il aurait donné pour organiser la surveillance de grands magasins, dont les supermarchés Delhaize, qui subirent en tout cinq attaques des tueurs du Brabant.

Le procureur Magnien a indiqué à VICE News que l'enquête est prise par le temps, quinze ans après les faits. « La prescription [NDLR : durée au-delà de laquelle une action en justice n'est plus recevable] pour ce type de faits est de 15 ans, renouvelables une fois dans le même délai à partir du dernier acte accompli. Le dernier acte remarquable s'est produit en novembre 1985, si la loi ne change pas, la prescription prendra donc effet en 2015. »

VICE News a contacté Julien Sapori, historien et commissaire divisionnaire en France, auteur de la préface du livre de Michel Leurquin et Patricia Finné, L'Histoire vraie des tueurs fous du Brabant.

« Franchement, la motivation crapuleuse me semble très peu plausible. Quand on compare le montant du butin au nombre de morts et aux blessés, c'est risible. À peine ils sortent de leur voiture qu'ils tirent sur tout le monde, y compris sur un enfant. Aucun braqueur n'agirait de la sorte, un braqueur tire éventuellement sur quelqu'un qui tente de s'opposer à lui. Le but recherché ici est le massacre. Il me semble invraisemblable qu'un simple bandit agisse de la sorte. »

Pour le commissaire français, qui parle cette fois en tant qu'historien, l'absence de mobile valable rend les auteurs de ces crimes d'autant plus difficiles à identifier.

« Les hypothèses sont dès lors innombrables : services secrets, extrême droite, etc. Mais toujours est-il que dans tous ces braquages, l'argent ne paraît pas être la motivation. »

L'historien Julien Sapori ne rejette catégoriquement qu'une hypothèse, celle selon laquelle les braqueurs seraient couverts par les autorités. « Je ne crois pas à la théorie du complot. Je ne peux pas envisager que des dizaines de policiers ou de juges appartenant à des services différents soient tous d'accord pour enterrer l'affaire. Je crois qu'il y a plutôt eu beaucoup de dysfonctionnements dans la police belge. L'architecture de la police belge a d'ailleurs été remise à plat depuis : efficacité, coordination entre les services et avec la justice, etc. »

Les auteurs des tueries du Brabant ne pourront plus être punis pour leurs crimes à partir du 10 Novembre 2015 si la loi belge ne change pas.

Un projet d'allongement du délai de prescription est à l'étude, pour éviter que l'enquête ne s'arrête en 2015, faute d'actes nouveaux.

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