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FRANCE

Une journée d'évacuation dans la Jungle de Calais

Reportage à Calais, pour la première journée d'évacuation.

par Pierre Longeray et Étienne Rouillon
24 Octobre 2016, 5:50am

Le centre de triage au petit matin (Pierre Longeray / VICE News)


L'essentiel :

• L'évacuation du bidonville de Calais a commencé ce lundi matin vers 6h00.

• Environ 6 500 personnes doivent être déplacées dans des centres d'accueil. L'opération doit durer plusieurs jours.

• À 14h00, un nouveau bilan de la préfecture faisait état du départ de 25 bus pour 1 051 migrants.


17h00 — Un thé dans la Jungle

En fin d'après-midi, sur le chemin qui mène du centre du triage vers la Jungle, un jeune homme nous interpelle. Il veut savoir pourquoi nous allons vers le bidonville. Il nous charrie gentiment : « Jungle finished ! ».

La jungle, c'est effectivement bientôt fini pour Michale. Ce jeune qui vient d'Érythrée nous explique que demain ce sera le jour du départ. Il veut aller en Bourgogne et devenir chauffeur de bus.

Ce lundi, il y avait trop de monde. Il préfère donc passer une ultime nuit dans la Jungle où nous nous rendons ensemble. Une dernière nuit avec ses amis avant de prendre le bus avec eux.

On partage un thé autour d'un feu de bois alimenté par un bon demi-litre d'huile. Il y a aussi David, un ami érythréen. Lui n'est pas sûr de prendre le car demain.

La petite amie érythréenne de David a réussi à rejoindre l'Angleterre. Mais traverser la Manche, c'est quasi impossible pour lui. David qui est tombé petit en adoration devant une photographie de la Tour Eiffel, publiée dans son manuel d'école, est face à un épineux dilemme : tenter de rejoindre son amie ou rester en France.

Autour du thé qui bout, David explique qu'il ne sait pas quoi faire, il se décidera au dernier moment.


15h30 — Dans le hangar où sont répartis les migrants

Nous avons pu entrer en début d'après-midi dans le hangar où les migrants sont répartis.

Avant d'entrer, il faut patienter dans une longue queue composée de migrants qui ont quitté depuis ce matin la Jungle, une valise ou un sac à dos à la main. Ce sont les CRS qui régulent le flux, après quelques mouvements d'impatience de la part des migrants en fin de matinée.

Les arrivants sont divisés en plusieurs catégories : familles, majeurs isolés, personnes vulnérables, mineurs isolés. Ces derniers repartent, une fois enregistrés, pour le Centre d'accueil provisoire qui se trouve non loin. Les autres entrent alors dans des tentes bleues.

Ici, les migrants doivent choisir entre deux régions de France proposées. Ils sont aidés par des traducteurs. On leur donne ensuite un bracelet dont la couleur varie en fonction de la région choisie.

La suite se passe toujours sous le hangar, mais sous des tentes jaunes. Elles sont chauffées. L'ambiance est beaucoup plus calme et détendue. Chaque tente attend d'être appelée pour rejoindre un bus.

On rencontre deux jeunes afghans, la vingtaine. Habib et Bashir ont choisi de se rendre en pays de la Loire. « Enfin » souffle Bashir, après un an et deux mois passés dans la Jungle. « Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais moi je suis très content. »

Habib est plus mesuré. « Toute ma famille est en Angleterre » assure-t-il. Il veut avoir des papiers en France pour ensuite tenter de les rejoindre.

À 14h00, un nouveau bilan de la préfecture faisait état du départ de 25 bus pour 1 051 migrants.


15h00 — En photos : l'évacuation de la Jungle

Retour en photo sur l'évacuation de ce lundi matin,à lire en cliquant ici.

12h30 Impatience dans les files d'attente

En fin de matinée ce lundi, on note quelques mouvements d'impatience dans la longue file d'attente. Les policiers sur les cotés remettent en place des barrières et demandent aux migrants de ne pas se pousser les uns les autres.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour consulter l'ensemble de nos articles et reportages consacrés à la crise migratoire à Calais.


11h30 — Pendant ce temps, dans la Jungle

Amin est un Soudanais de 23 ans. On le croise dans la Jungle ce lundi matin, alors que la queue des migrants voulant quitter l'endroit ne désemplit pas. Il ne veut pas partir aujourd'hui, il y a trop de monde pour le moment, trop de mouvement. Il partira demain « Inch'Allah ». Amin voudrait aller à Bordeaux, pour y retrouver son frère.

La Jungle ressemble à un bidonville abandonné en cette fin de matinée. On y voit beaucoup moins de monde que d'habitude. Des baraques ont été détruites, vraisemblablement par des migrants qui y ont mis le feu en partant. Une habitude déjà observée dans la Jungle.


11h00 — Un flot de personnes tirant leurs valises

Image via ministère de l'Intérieur Twitter.

En milieu de matinée, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a salué une opération « dans le calme et la maîtrise », pour le moment.

Entre le centre de triage et la Jungle, pas ou peu de police visible, beaucoup de journalistes. Un membre d'une association nous dit que pour le moment les choses se passent plutôt bien.

Un flot discontinu de personnes traînant des valises quitte la Jungle pour rejoindre le centre où sont triées les personnes, en attente d'un car les emmenant dans leur centre d'accueil.

Pour ce qui est des migrants mineurs isolés, après avoir été enregistrés dans le hangar, ils repartent à pied vers le Centre d'accueil provisoire (CAP) situé non loin.


10h00 — Les premiers cars sont partis

Le jour s'est levé sur la queue de migrants qui attendent dans une ambiance calme et organisée de pouvoir entrer dans le centre de tri. De nombreux cars sont partis, emmenant les premières personnes passées par ce hangar qui assigne les migrants à leur Centre d'accueil et d'orientation (CAO).

Les migrants continuent d'arriver en permanence depuis la Jungle. Ils viennent par quartiers. Le quartier afghan commence à se vider en milieu de matinée, après les quartiers soudanais et érythréen.

Des dizaines d'autres véhicules de transport attendent dans une rue perpendiculaire. Devant chaque car, on distribue de l'eau, des pommes et des gâteaux aux migrants.

Du côté des mineurs isolés, on relève un peu de stress et d'incompréhension. Simon a 15 ans, il est originaire d'Érythrée. Il explique qu'il est content mais il appréhende d'entrer dans le centre de tri, ne sachant pas trop où il va se retrouver ensuite.


9h30 — Calais : une impasse migratoire depuis plus de 15 ans.

Retrouvez tous nos articles sur la crise migratoire à Calais en cliquant ici.

Aucune solution durable n'a été trouvée depuis que les migrants ont commencé à affluer dans la région de Calais à la fin des années 1990. En 1999, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur du gouvernement de Lionel Jospin avait décidé de la mise en place d'un centre d'accueil à Sangatte, dans une ancienne usine d'Eurotunnel.

Images via le Gitsi auteur d'un dossier sur le centre de Sangatte.

Administré par la Croix-Rouge, le centre a été fermé par Nicolas Sarkozy en 2002, sous la pression de David Blunkett, le ministre de l'intérieur britannique de l'époque.

Les migrants se sont alors regroupés dans une « jungle », un terme trouvé pour désigner une friche boisée dans une zone industrielle où les candidats au voyage en Angleterre survivent comme ils le peuvent, sans aide d'importance.

En 2009 cet espace est à son tour vidé. Les migrants se regroupent alors dans des squats et abris de fortunes - quand ils ne dorment pas tout simplement dans la rue - éparpillés dans la région de Calais.Le 2 juillet 2014, le camp Salam dans lequel se trouvent des centaines de personnes est évacué. La situation des migrants se dégrade : violences policières, rixes entre migrants, hostilité des riverains et de groupes d'extrême-droite.

Début novembre 2014, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve annonce l'ouverture prochaine d'un accueil de jour pour migrants dans le centre Jules-Ferry.

C'est à ce moment que la Jungle telle qu'on la connaît commence à se structurer. En août 2015 on y trouve par exemple de petites épiceries de fortune, une école, une église. À la fin du mois, les ministres de l'Intérieur français et britannique visitent Calais. Ils présentent un nouvel accord de coopération franco-britannique, présenté comme une nouvelle étape dans la lutte contre l'immigration clandestine. Clé de voûte du nouveau dispositif, un « centre de commandement et de contrôle commun » et des mesures de sécurisation des sites sensibles comme l'accès au tunnel.

En octobre, après la mort d'un 13e migrant, les conducteurs de trains passant dans l'Eurotunnel écrivent une lettre pour exprimer pour la première fois leur peur de percuter des migrants. En décembre, dix jours après avoir reçu l'ordre par le Conseil d'État d'aménager la « Jungle » calaisienne, Bernard Cazeneuve se retrouve réprimandé par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

Près de 7 000 hommes, femmes et enfants passent Noël 2015 dans des conditions terribles dans la Jungle de Calais. En janvier 2016 dans un autre campement voisin, à Grande-Synthe, 2 500 personnes survivent dans des conditions désastreuses, sur de la boue gelée. À la fin du mois, week-end de tension à Calais : deux manifestations pro et anti-migrants, un bateau pris d'assaut par les candidats à la traversée.

Le démantèlement d'une partie située au sud de la « Jungle » de Calais commence fin février 2016 et se poursuit jusqu'à début mars. Cette opération est marquée par des affrontements entre militants, migrants et forces de l'ordre. Des migrants cousent leurs lèvres en signe de protestation. Un « anti-calais » se construit en mars 2016. Non loin de Grande-synthe, il s'agit du premier camp humanitaire de France.

En visite à Calais pour la première fois de son quinquennat, fin septembre 2016, le président François Hollande annonce vouloir « démanteler complètement, définitivement » la Jungle. Un mur est construit pour protéger la rocade autoroutière début octobre.

Retrouvez tous nos articles sur la crise migratoire à Calais en cliquant ici.


8h30 — Comment fonctionne le dispositif de l'évacuation ?

Les premiers bus sont arrivés devant le centre de tri qui a ouvert à 8h00 ce lundi matin.

Les migrants qui vivent dans la Jungle ont été informés du dispositif mis en place pour l'évacuation via la distribution notamment de flyers traduits en 9 langues.

7h45 — La queue devant le centre de tri des personnes

Dans le calme et un silence brisé par les très nombreux journalistes (700 sont accrédités), des migrants continuent de se presser depuis deux heures devant les grilles du centre de tri. La police demande à plusieurs reprises à la presse de quitter la voie de circulation devant le centre.

Il s'agit d'un hangar par lequel vont passer les 6 500 personnes concernées par l'évacuation. Plusieurs files sont mises en place, notamment pour séparer les adultes, les familles, les migrants mineurs non accompagnés.

Les autorités vont enregistrer ceux qui vivaient dans le bidonville de la Jungle, puis leur proposer une destination en France. Les migrants doivent ensuite attendre dans ce hangar le bus qui va les mener vers le Centre d'accueil et d'orientation (CAO).


7h00 — En chemin vers les bus avec Amar

Amar a 26 ans, il vient du Soudan. Nous faisons avec lui le chemin qui conduit de la Jungle vers le centre de tri des migrants. Avant Calais, Amar vivait dans la banlieue de Khartoum. Il y vendait des téléphones.

Il est dans la Jungle depuis 8 mois maintenant. Il estime que c'est trop compliqué de passer en Angleterre, il a décidé de rester en France. Il explique que peu importe la ville dans laquelle on l'envoie, il sera content.

Retrouvez tous nos articles sur la crise migratoire en France et dans le monde sur cette page.


6h00 — L'évacuation débute avant l'heure.

Il fait encore nuit ce lundi matin alors que les premiers migrants du bidonville de Calais font la queue pour être pris en charge dans ce qui est annoncé comme l'opération d'évacuation la plus importante de la Jungle de Calais. Ce démantèlement doit en principe mettre fin au bidonville.

Ces personnes, en majorité des Soudanais, attendent l'ouverture annoncée vers 8h00 du centre de triage. C'est dans ce hangar qu'environ 6 500 personnes — selon les chiffres des autorités — doivent être enregistrées avant d'être réparties dans des bus qui vont les emmener dans toute la France.

Elles seront ensuite hébergés dans des Centres d'accueil et d'orientation (CAO) où leur situation individuelle sera évaluée pour savoir s'ils peuvent rester ou non en France.

Le dispositif de police est important mais pas intrusif au petit matin. De très nombreux journalistes rendent compte de l'opération. Ils sont près de 700 à avoir été accrédités par les autorités.

L'évacuation qui doit durer plusieurs jours a soulevé des craintes chez divers travailleurs associatifs. Le sort des migrants mineurs isolés inquiète particulièrement.

À lire : Dans la « jungle » de Calais, en attendant le démantèlement


Toutes les photos et éléments de reportage sont de Pierre Longeray, suivez le sur Twitter : @PLongeray

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