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Les Émeutes de squatters à Amsterdam

Ça fait environ un an que les autorités d'Amsterdam se sont lancées dans une guerre contre l'immense communauté de squatters qui peuplent la capitale hollandaise. Amsterdam est réputée pour être une cité ouverte à tous les excès, surtout ceux dirigés...
25 juillet 2011, 11:58am

Ça fait environ un an que les autorités d'Amsterdam se sont lancées dans une guerre contre l'immense communauté de squatters qui peuplent la capitale hollandaise. Amsterdam est réputée pour être une cité ouverte à tous les excès, surtout ceux dirigés par des libéraux-démocrates passionnés de foot. Aujourd'hui, voir des manifestants se faire violemment embarquer par la police est devenu aussi normal que de regarder des étrangers éclatés sous champis se faire percuter par le tramway.

La semaine dernière, la ville a connu une nouvelle série d'évictions de squatters, à grands renforts de matraques et autres poings américains. Les canaux se sont transformés en champs de bataille et 143 personnes ont été arrêtées. Nous aussi, d'ailleurs. Voici à peu près ce qui s'est passé.

On y est allés lundi dernier, la nuit précédant l'expulsion planifiée. Les gens nous ont d’abord accueilli chaleureusement et ont fait preuve d'une grande hospitalité, jusqu'à ce qu'on leur dise qu’on était journalistes. À ce moment là, ils n'ont plus voulu nous offrir un lit pour la nuit et nous ont dit de revenir le lendemain matin à 5h30 précises. On n'avait pas d'autres alternatives sous la main, du coup, c'est ce qu'on a fait.

Là-bas, cinq femmes étaient assises en robe de mariée et tiraient la gueule. Un irlandais plutôt sympa jouait du violon, accompagné à la batterie par un anarchiste en sweat noir. Il y avait quelque chose de très « touchant » dans cette scène.

Plus loin, des squatters avec des masques de ski poussés par une haine féroce pour l'ensemble de la société civile, mais aussi beaucoup de d'autres mecs venus ici pour apporter leur soutien, maquillés comme des voitures volées et affublés de vêtements multicolores. Pour résumer, il s'agissait d'une gigantesque réunion de hippies.

Le vengeur masqué, en train de se délecter d'histoires à propos d'autres vengeurs masqués. À un moment, l'un des squatters a demandé pourquoi la police mettait autant de temps à arriver. « On a mis de l'eau savonneuse dans toutes les voies d'accès, mais elle commence à s'évaporer ». Ça avait l'air de l'énerver.

Des groupes jouaient sur les toits à côté du canal. C'était de la merde, mais l'idée était assez romanesque. Mon pote m'a dit, « c'est un groupe bruyant qui joue comme s'il était sur le pont du Titanic ». Je lui ai conseillé de mettre un frein à sa passion pour le mélodrame.

Les squatters s'ennuyaient un peu à force d'attendre et ont donc décidé de créer une situation en mettant le feu à une poubelle. Les pompiers ont rapidement éteint les flammes, mais les squatters ont eu ce qu'ils voulaient et les vans de police ont commencé à défiler.

Ça, ça veut dire « All Cops are bastards ».

Finalement, deux fronts ce sont formés. Des petites personnes en sweat noirs…

... contre des grandes personnes avec des matraques, du gaz lacrymogène, des boucliers, des vêtements de combat et des gilets jaunes.

Mon pote Alejandro est monté sur les barricades pour prendre des photos, mais la plupart des journalistes filmaient de l'autre côté de la rue. Bien joué. Quand la police a commencé à avancer, on a dû éviter pas mal de squatters pour éviter d’être piétinés. On était prisonniers, pris en tenaille entre la police et les barricades. On avait un peu l'impression que les enragés avaient dévalisé leur cuisine pour trouver des choses à lancer sur les flics, ce qui pourrait expliquer pourquoi Alejandro a passé la journée avec du verre dans la main et le bras couvert de sang et de beurre de cacahouète.

Ça c'était la première ligne de défense. Un matelas gonflable rose.

L'échec total de l'utilisation du matelas gonflable en tant que bouclier n'a pas empêché les gens de le prendre avec eux quand ils ont commencé à fuir. Comme la main d'Alejandro était en sang, il a dû donner son appareil à notre pote Ewout. Ewout s'est immédiatement introduit dans la foule, et là il a trouvé une nouvelle victime :

Une gentille dame lui a donné des pansements et lui a murmuré des mots sympa pour le réconforter. Les brutalités de la police n'empêcheront pas cette âme courageuse de continuer à squatter des appartements vides.

Comme il était très tôt, certains voisins sortaient de chez eux en pyjama pour voir ce qu'il se passait. Cet homme avait beau porter un tee-shirt à l'effigie de Che Guevara, il n'a jamais rejoint ses amis révolutionnaires au sein de la manifestation.

Les vans de police se sont mis à avancer à travers la foule.

Là, c’est quand ils ont commencé à nous encercler. On est resté bloqués très longtemps entre deux groupes de policiers et plus d'une centaine de squatters. Ils n'ont laissé personne sortir du périmètre, pas même cette vieille dame.

Les deux étrangers qui assistaient de loin à la manifestation ont par la suite sauté dans le canal pour rejoindre la foule amassée de l'autre côté. L'ensemble des gens présents ont eu l'air surpris.

Une meuf proche des squatters s'est aussi décidé à plonger. La police a ensuite bloqué définitivement l'accès au canal.

Plus tard, un mec a pris un mégaphone pour dire à l'assemblée : « Ici la police. La totalité des squatters et leurs sympathisants vont être arrêtés. » On a essayé de leur dire qu'on était journalistes et qu'on faisait juste notre boulot, mais ils n'en ont rien eu à foutre.

Ces policiers en civil se sont alors réjouis. Enfin, eux aussi ont pu commencer à faire leur boulot.

« Leur boulot » ayant pour signification « mettre de gros coups de latte aux manifestants qui se moquaient d'eux depuis des heures. »

La plupart des gens se sont assis, pour forcer les flics à les transporter un par un dans les bus qui les conduiraient droit au commissariat. C'est difficile d'expliquer à quel point c'était démoralisant de s'asseoir et de voir les gens résister un peu, pour finalement accepter d'être arrêtés et menés en cellule.

L'une de nos collaboratrices, Wiegertje, s'est levée et a apporté un exemplaire de VICE à l'un des représentants des forces de l'ordre. Comme nos noms y figuraient, on espérait pouvoir les convaincre que nous étions vraiment journalistes. Ça n'a eu aucun effet. D'ailleurs, je ne vois pas du tout en quoi le fait de travailler pour VICE aurait pu nous sortir de là.

Alors qu'Alejandro a été relâché en raison de sa blessure, Jan et Ewout ont respectivement passé trois et huit heures en garde à vue (il faut toujours apporter une carte d'identité à une manif, conseil d'ami !). Ils ont été placés dans deux cellules différentes, avec des squatters et des sympathisants. Ça puait (un mélange d'odeurs de transpiration et de pets mesquins). Heureusement, ils sont rapidement sortis.