L’avenir de la mode est peut-être dans les bactéries

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La Semaine de la mode durable

L’avenir de la mode est peut-être dans les bactéries

Des tissus fabriqués à partir de procaryotes, de moisissures et de cultures cellulaires pourraient être la solution pour produire des vêtements respectueux de l'environnement.

Cet article a été réalisé pour le compte du Sommet de la Mode de Copenhague et a été créé indépendamment de la rédaction de VICE.

L'industrie de la mode a parcouru un long chemin depuis que les premiers hominidés ont commencé à revêtir les fourrures qu'ils obtenaient en chassant pour se protéger du froid. Si les avancées sont indiscutables, les créateurs de mode actuels n'ont à leur disposition que trois types de matériaux pour créer vêtements et accessoires : des fibres animales, ce qui inclut le cuir et la soie, des fibres végétales comme le coton et le lin, et des fibres synthétiques, faites à partir de pétrole. Et aucune d'entre elles, il faut le souligner, n'est vraiment respectueuse de l'environnement.

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Des avancées dans la science biologique au cours des dernières décennies, en particulier en génétique, ont ouvert la voie à de nouveaux matériaux moins polluants : des textiles bio fabriqués à partir de micro-organismes vivants ou de cellules. Ont par exemple été créées des fibres faites à partir de levures génétiquement modifiées, du cuir issu de cellules crées en laboratoire et des tissus cousus avec des bactéries à l'intérieur. C'est un nouvel univers dans lequel les scientifiques deviennent aussi importants pour l'industrie de la mode que les fabricants et les stylistes, et où tubes à essais, cylindres mélangeurs et microscopes deviennent des outils de travail tout autant appréciés que les aiguilles et les ciseaux.

Ce que les pionniers de la bio-fabrication espèrent, c'est créer de nouveaux types de matériaux plus résistants, durables, souples et polyvalents qui pourraient vraiment repousser les limites de la mode. « Ce sot des matériaux qui offrent de nouvelles performances et qualités esthétiques, avec un impact sur l'environnement bien plus réduit », explique la styliste de mode Suzanne Lee, l'une des premières chercheuses dans ce domaine et l'auteur du livre Fashioning the Future : Tomorrow's Wardrobe , que l'on pourrait traduire par « façonner le futur : la garde-robe de demain ». Chaque année, elle organise la conférence Biofabricate qui rassemble des scientifiques, des stylistes, des designers et des artistes travaillant tous dans le développement de matériaux à partir de cellules vivantes. La conférence va au-delà de l'industrie de la mode et présente d'autres produits bio-fabriqués, comme des parfums créés avec des micro-organismes, des colorants de bactéries, des bijoux faits de tissus osseux ou des meubles issus de champignons.

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Mais selon Lee, l'intérêt pour les textiles bio-fabriqués est en train d'augmenter à toute vitesse. « Les écoles de design commencent à explorer ce champ d'études », dit-elle. « Il y a un grand intérêt de la part de l'industrie de la mode et la communauté scientifique s'implique plus. »

Les premières expériences de Lee dans ce domaine ont eu lieu en 2004, lorsqu'elle a commencé à étudier la possibilité d'utiliser des microbes pour synthétiser de la cellulose et remplacer la fibre issue de plantes. Elle a développé une formule dans laquelle elle utilise un mélange de levure et de bactéries pour faire fermenter du thé vert avec du sucre. Après quelques jours, les micro-organismes présents dans le mélange produisent des couches de cellulose à la surface du mélange. Cette couche peut être recueillie, séchée au soleil, et utilisée comme tissu.

Le tutoriel par étapes de sa recette a été mis en ligne pour permettre à n'importe qui de faire pousser ses propres vêtements dans un bac rempli de thé vert et de levure (néanmoins, le site de son entreprise est en train d'être revu et n'est pour l'instant pas accessible). Avec ce matériau, Lee a déjà fait des vestes, des jupes, des chemises et même des chaussures.

Selon Lee, sa préoccupation pour l'environnement a été un élément central pour son étude, comme c'est le cas dans la plupart des recherches sur les textiles bio-fabriqués. Généralement ces produits sont biodégradables et utilisent bien moins d'eau, d'espace et d'énergie que l'industrie textile en général. « La fermentation est un processus bien moins nocif pour l'environnement que l'agriculture ou l'élevage », affirme-t-elle.

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De la viande, du soja, des moisissures et de la toile d'araignée
Lee travaille actuellement comme directrice de création chez Modern Meadow, une entreprise basée à New-York et qui crée des matériaux faits de cellules animales. L'un de ses domaines d'étude est la production en laboratoire de viande qui ne nécessite pas l'abattage d'animaux. « Beaucoup de nos supporters sont des militants de la protection des animaux, de la mode éthique et des militants de la durabilité », dit Lee.

L'entreprise est aussi en train de développer du cuir fait à partir de la culture de cellules. Ils prélèvent des cellules chez les animaux dotés des meilleures caractéristiques et les font grandir en laboratoire, créant ensuite des fibres et des tissus.

Une autre technologie, déjà assez importante aux États-Unis est BioLogic, développée par des chercheurs de l'institut de technologie du Massachusetts qui testent l'utilisation de micro-organismes pour construire des tissus intelligents qui répondent à l'environnement. Ils ont étudié la bactérie Bacillus subtilis natto, souvent utilisée dans la gastronomie japonaise pour faire fermenter le soja. Cette bactérie réagit à l'humidité de son environnement, réduisant ou augmentant sa taille.

Donc les chercheurs ont créé une sorte de pellicule à partir de cette bactérie. Ils ont imprimé des couches de cette pellicule sur du tissu. Puis, en collaboration avec des designers de la marque New Balance, ils ont créé un matériau nommé la Deuxième Peau, qui détecte l'humidité sur le corps de l'utilisateur du vêtement et s'étend. Le tissu est capable de détecter quand le corps de la personne se réchauffe et commence à transpirer. Sur ces zones humides, il crée de petites ouvertures pour laisser passer l'air, et rafraîchir ainsi la peau.

Les études prometteuses dans ce domaine abondent. Les scientifiques de Bolt Threads, par exemple, développent de la soie faite à partir de toile d'araignée produite en laboratoire. Elle grandit sous l'action de levure génétiquement modifiée avec des gènes d'araignée.

Pendant ce temps, l'artiste Erin Smith, qui travaille pour Microsoft Research, a fabriqué sa robe de mariage à partir de moisissures trouvées dans la nature. Elle a utilisé le Mycelium, une partie blanche de la structure de la moisissure. Et puisqu'on ne porte généralement pas sa robe de mariée plus d'une fois, elle s'en est débarrassée en la laissant se décomposer à l'air libre.

Suzanne Lee estime que cela prendra encore un certain temps avant que ces matériaux développés par des chercheurs arrivent en boutique. Puisque la technologie pour les produire reste encore très exclusive, ils atteindront probablement d'abord le marché du luxe. Mais les plus enthousiastes ont bon espoir de pouvoir un jour trouver des vêtements faits de bactéries, de moisissures et de cellules vivantes dans les centres commerciaux.

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