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LE NUMÉRO SYNERGIE LYSERGIQUE

On a analysé la dread de Keith Morris

On dit que les yeux sont le miroir de l'âme. Dans ce cas-là, les cheveux c'est quoi ? Le toit ? Nos cheveux sont aussi importants qu'un toit même si, en général, on ne s'intéresse qu'à leur apparence extérieure.
2.6.11

On dit que les yeux sont le miroir de l’âme. Dans ce cas-là, les cheveux c’est quoi ? Le toit ? Nos cheveux sont aussi importants qu’un toit même si, en général, on ne s’intéresse qu’à leur apparence extérieure. Si vous n’en prenez pas soin, ils vont vite se mélanger à de la graisse, des balles de tennis et des oiseaux morts. Prenons l’exemple de Keith Morris, l’ancien chanteur de Black Flag, leader de Circle Jerks et de OFF! – qu’il a fondé en 2010. Il entretient ses dreadlocks depuis vingt-trois ans, et aujourd’hui elles ressemblent à une espèce de truc tiré du caniveau après une pluie diluvienne.

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C’est la raison pour laquelle, après avoir essayé d’évaluer quelle quantité de crasse dégueu pouvait bien se trouver dans le casque en kératine de Keith, on a demandé à l’intéressé et aux autres membres de OFF! (à titre de comparaison, bien sûr), de nous filer au moins trois grammes de leurs locks. L’idée était d’envoyer les échantillons à un labo au Texas, spécialisé dans « l’analyse minérale du tissu capillaire ». Ce test, pas vraiment validé médicalement, détermine le type de vitamines et de minéraux dont un individu a besoin et la quantité de métaux dangereux présents dans le cuir chevelu de la personne testée. On s’est dit que c’était une alternative intéressante à un papier musique, parce qu’écrire sur les groupes est en général à peu près aussi intéressant que chier dans ses propres pompes avant d’aller marcher.

Quand on les a revus, ils nous ont dit qu’ils n’étaient plus très chauds. Au début, on s’est dit que Keith était mal à l’aise à cause de l’état de ce qu’il avait sur le crâne. Mais en fait, on a su par la suite que Dimitri Coats, Steven Shane McDonald et Mario Rubalcaba – des soi-disant punks, respectivement membres de Burning Brides, Redd Kross et Rocket From the Crypt – avaient eux aussi, pour une raison qui nous échappe, peur de faire tester leurs précieuses crinières par des scientifiques texans un peu chelou. Keith, en revanche, a carrément joué le jeu et nous a envoyé un colis direct, qui contenait un petit cigare touffu.

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Dans l’intérêt de la science, et parce que le reste du groupe a décliné l’invitation, on a testé trois autres échantillons en plus de celui de Keith : la dread d’un renoi, quelques mèches rousses d’un de nos potes photographe et des cheveux qu’on a ramassés sur le sol d’un salon de coiffure. Après une semaine environ, le labo nous a envoyé des pages de graphiques qu’on a essayé de décrypter et de résumer dans un langage à peu près compréhensible.

BRAYDEN OLSON

Brayden est un photographe qui a les mêmes cheveux que Tahiti Bob. Il se met aussi toujours dans des situations pas possibles (le jour où on a fini cet article, un chauffeur de taxi lui a planté un couteau dans le bras parce qu’il avait voulu marchander le prix de la course), donc on s’est dit qu’il serait le parfait candidat pour cette expérience. La partie du graphique intitulée « éléments nutritionnels » montrait que son organisme contenait pas mal de minéraux – du calcium, du magnésium, du cobalt et du fer. On pensait que c’était une bonne chose mais la page suivante indiquait que le calcium n’était « pas utilisé à bon escient », et que cela pouvait conduire à la fois à des engourdissements et des chutes de tension. Encore plus troublant, la présence de cobalt qui peut être due à une exposition prolongée à de la peinture ou de la nourriture pour animaux ; et de manganèse, qu’on trouve dans l’essence et l’engrais. La seule explication plausible est que Brayden passe beaucoup de temps dans un bouge plein de fumier, à se défoncer à la vapeur qui émane de fringues imbibées d’essence. Évidemment, ce n’est pas le meilleur moyen d’équilibrer ses besoins en vitamines et en minéraux. Selon le rapport, il devrait manger plus d’huîtres, de graines de potiron et diminuer sa consommation de hareng mariné au vinaigre. Si Brayden ne change pas ses mauvaises habitudes, il risque d’être fatigué, déprimé, et de choper une bradycardie, une maladie qui fait ralentir le cœur jusqu’à 50 battements par minute. Pas génial.

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CHEVEUX MYSTÉRIEUX TROUVÉS CHEZ LE COIFFEUR

Que peut-on savoir d’un étranger après avoir analysé ses cheveux ? Pas grand-chose. Les cheveux de ce type – on s’est dit qu’il ne s’agissait pas d’une dame parce que ça ressemble à des cheveux d’homme et qu’on les a trouvés chez un coiffeur masculin – ont une composition chimique très similaire à ceux de Brayden. La grande différence, c’est qu’ils contiennent pas mal de cadmium, ce qui est à mettre sur le compte de la fumée de cigarette ou de la présence d’une fonderie de zinc à proximité de son domicile. Il risque la même chose que Brayden (et que tous les autres participants, bizarrement) : fatigue, allergie et bradycardie. S’il nous lit, on lui propose le même genre de conseils nutritionnels étranges que pour Brayden : manger moins de chou mais plus de pain de seigle, de germe de blé et de mûres, qui contiennent beaucoup de phytates (acide phytique sous forme de sel).

LA DREAD D’UN RENOI

Enfin quelqu’un qui est en forme ! Cette dread vient d’un type qui nous a dit qu’il avait arrêté la drogue et l’alcool il y a quelques années, et ce mode de vie sain se répercute dans ses analyses. Ses cheveux contenaient plus que la quantité habituelle d’aluminium, mais ça n’est pas un problème parce que la plupart des aliments en contiennent, de toute façon. Il souffrait également d’un léger excès de vanadium, mais c’est loin d’être inquiétant. Le rapport du labo disait qu’il était exposé à des réactions allergiques, une peau qui démange et à des maux de tête – mais tous ceux qui vivent dans une grande ville ont ce genre de problèmes tout le temps, non ? Comme pour les autres, le rapport suggérait aussi qu’il achète tout un tas de suppléments nutritionnels. D’après notre opinion de professionnels, il va s’en sortir.

KEITH MORRIS

La première chose qu’on a remarquée à propos des résultats de Keith, c’était qu’il y avait énormément d’uranium dans ses cheveux. Le rapport spécifiait qu’il ne s’agissait pas du genre d’uranium qui transforme les gens en superhéros ou qui les tue, mais ça nous inquiète quand même un peu parce que « c’est de l’uranium », putain ! Il y avait aussi de l’arsenic dans la crinière, mais bizarrement le rapport s’est plus concentré sur l’excès inquiétant de cuivre, qui peut avoir un « effet antagoniste au zinc ». Une forte concentration en cuivre, prévient le rapport, peut également être associée à la chute des cheveux. Peut-être que Keith le sait, et que c’est pour ça qu’il a laissé sa coiffure s’emmêler et faire un gros tas pour garantir une couverture maximale de son crâne. L’analyse de 25 pages comprend aussi un graphique intitulé « tendances » qui liste toutes les maladies auxquelles Keith doit se préparer, sauf s’il réoriente ses habitudes quotidiennes vers une optimisation métabolique. Dans le cas de Keith, il pourrait souffrir d’une dépression et de symptômes allergiques inconnus, ce qui n’est finalement pas très grave étant donné qu’il se balade avec le réacteur de Fukushima sur la tête. Les cheveux de Keith étaient peut-être les plus sains des quatre, tout compte fait.